Après la récente élimination des Léopards en 16è de finale de la Coupe du Monde 2026 face à la veleureuse Angleterre de Harry Kane, le débat sur l’avenir du sélectionneur national s’est rapidement invité sur la place publique. Alors que certains réclament le départ de Sébastien Desabre et évoquent un retour de Florent Ibenge, une question essentielle s’impose : à seulement deux mois des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2027, la RDC a-t-elle réellement le temps de repartir de zéro ?
Dans le football de haut niveau, les décisions prises sous le coup de l’émotion sont rarement les plus judicieuses. Si les critiques sont légitimes après une défaite, elles doivent être analysées avec recul, au regard des résultats obtenus, de la dynamique de l’équipe et des échéances imminentes.

Florent Ibenge, un bâtisseur qui a marqué l’histoire des Léopards
D’emblée il faut le signaler qu’Il serait injuste de minimiser l’héritage laissé par Florent Ibenge à la tête de la sélection congolaise. Sous sa direction, les Léopards ont retrouvé une identité de jeu, une stabilité et une compétitivité qui leur ont permis de terminer à la troisième place de la Coupe d’Afrique des nations 2015, l’une des meilleures performances de la RDC durant les deux dernières décennies.
Durant son mandat, la sélection congolaise a également intégré le Top 30 et 3 respectivement du classement mondial de la FIFA et continental de la CAF, preuve de sa régularité sur la scène internationale.
Ibenge a su valoriser une génération talentueuse, instaurer une véritable culture de la gagne et redonner de la crédibilité au football congolais.
Son expérience, sa connaissance du football africain et sa proximité avec plusieurs internationaux font de lui une référence incontestable parmi les entraîneurs congolais.
Sébastien Desabre, l’homme de la progression actuelle
Cependant, les performances passées, aussi prestigieuses soient-elles, ne doivent pas occulter les avancées réalisées sous Sébastien Desabre.
Depuis son arrivée, le technicien français a progressivement construit un groupe discipliné, solidaire et tactiquement mieux organisé, à même de faire face à n’importe quel groupe, sans complexe. Son principal mérite est d’avoir redonné de la constance aux Léopards face aux meilleures nations africaines.
Le parcours historique de la RDC jusqu’au dernier carré de la CAN 2023 a confirmé cette progression. Plus encore, les Léopards se sont qualifiés à la Coupe du Monde, après 52 ans d’attente et ont atteint une phase à élimination directe de la Coupe du Monde, un objectif que la sélection nationale n’a plus atteint depuis plusieurs décennies.
Cette dynamique témoigne d’un travail de fond qui dépasse les simples résultats ponctuels.
Changer aujourd’hui : un risque plus qu’une solution
Les partisans d’un changement de sélectionneur oublient un élément déterminant : le calendrier.
Dans moins de deux mois, les Léopards disputeront des rencontres décisives des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2027 . Une période aussi courte laisse très peu de marge à un nouvel entraîneur pour analyser l’effectif, rencontrer les joueurs, imposer ses méthodes de travail, construire un nouveau projet de jeu et créer les automatismes indispensables au haut niveau.
Même un technicien expérimenté comme Florent Ibenge aurait besoin d’un temps d’adaptation. Le football moderne ne se résume plus aux qualités individuelles ; il repose sur des mécanismes collectifs qui demandent plusieurs mois, voire plusieurs années, pour être pleinement assimilés.
La stabilité, un facteur de performance
Les grandes sélections africaines qui réussissent durablement misent généralement sur la continuité technique.
Les résultats s’obtiennent rarement grâce à des changements précipités après une contre-performance.
La RDC dispose aujourd’hui d’un groupe compétitif, d’une génération prometteuse et d’un projet sportif qui semble porter ses fruits.
Rompre cette dynamique à quelques semaines d’échéances aussi importantes pourrait fragiliser les acquis construits depuis plusieurs années.
Deux entraîneurs, une même ambition
Comparer Florent Ibenge et Sébastien Desabre ne devrait pas opposer deux hommes, mais deux périodes de l’histoire des Léopards.
Le premier restera celui qui a replacé la RDC parmi les meilleures nations africaines. Le second poursuit cette reconstruction en rapprochant progressivement la sélection d’un objectif encore plus ambitieux : retrouver la Coupe du monde tout en s’installant durablement parmi les grandes équipes du continent.

L’essentiel demeure l’intérêt supérieur des Léopards
Le débat sur le sélectionneur est légitime dans toute nation passionnée de football. Toutefois, au regard des échéances imminentes, de la progression constatée et de la stabilité nécessaire à la performance, maintenir Sébastien Desabre apparaît aujourd’hui comme l’option la plus rationnelle.
L’histoire retiendra les mérites de Florent Ibenge. Mais le présent commande de préserver une dynamique qui peut permettre aux Léopards de franchir un nouveau palier. Plus que jamais, la continuité semble être la meilleure alliée des ambitions du football congolais.
Lionel IPAKALA Y.
