Le débat sur l’organisation d’un dialogue national en République Démocratique du Congo continue d’alimenter les discussions dans les milieux politiques et de la Société Civile. À Kisangani, l’analyste scientifique, le Professeur Augustin Bedidjo Ular apporte son soutien à l’initiative portée par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, tout en estimant que les groupes armés ne devraient pas prendre directement part à ces assises.
Pour cet analyste scientifique, le dialogue national représente une occasion pour les Congolais de se retrouver autour d’une même table afin d’examiner les principales questions qui affectent la marche du pays et de rechercher des solutions susceptibles de favoriser la cohésion nationale :
« Je salue l’initiative prise par le Président de la République qui a bien voulu ouvrir la voie aux Congolais afin qu’ils se mettent ensemble pour discuter des grandes questions à travers le dialogue national », a-t-il déclaré.
Le Professeur Augustin Bedidjo Ular estime que cette démarche pourrait contribuer à réduire les divergences entre les différentes composantes de la société congolaise et à créer les conditions nécessaires au renforcement de l’unité nationale.
Une inclusivité qui exclut les groupes armés
Tout en plaidant pour un dialogue aussi représentatif que possible des forces vives de la nation, l’analyste scientifique pose une limite à cette inclusivité. Il considère que les personnes impliquées dans des rébellions armées et accusées de violences contre les populations civiles ne devraient pas être admises directement à la table des discussions :
« Ceux qui prendront part au dialogue sont les Congolais qui jouissent de leurs droits politiques et civiques. Cependant, les rebelles qui ont versé le sang des Congolais et ceux qui se sont engagés dans la rébellion contre la nation n’ont pas droit au chapitre », soutient-il.
Augustin Bedidjo Ular dénonce les violences attribuées aux groupes armés, notamment les meurtres et les violences sexuelles commis contre les populations civiles. À ses yeux, le recours aux armes pour accéder au pouvoir ou imposer des revendications politiques demeure incompatible avec les principes démocratiques.
Dans cette perspective, l’inclusivité devrait, selon cet analyste scientifique, se traduire par la représentation des différentes composantes de la société congolaise, acteurs politiques, société civile et autres forces sociales, plutôt que par l’intégration des groupes armés aux assises nationales.
Pour un dialogue organisé en RDC
L’analyste scientifique se prononce également en faveur de la tenue du dialogue sur le territoire congolais. Pour lui, les préoccupations sécuritaires ne devraient pas automatiquement conduire à organiser ces assises à l’étranger.
Augustin Bedidjo Ular estime surtout que le dialogue ne devrait pas être réduit à une négociation autour du partage des postes ou du pouvoir :
« Le dialogue n’a pas pour objectif de partager le pouvoir ou les postes ministériels. Il doit plutôt permettre d’apporter des réponses aux problèmes qui divisent les Congolais, de rétablir la cohésion sociale et de consolider l’unité nationale », explique-t-il.
L’intérêt national au-dessus des agendas particuliers
L’analyste scientifique appelle, par ailleurs, les éventuels participants à faire preuve de sincérité et à placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des considérations individuelles ou partisanes.
Il met notamment en garde contre la participation d’acteurs qui pourraient se présenter au dialogue avec des « agendas cachés ».
À ses yeux, la réussite de ces assises dépendra essentiellement de la volonté réelle des participants de rechercher des solutions durables aux crises qui affectent la République démocratique du Congo.
À Kisangani, cette prise de position traduit ainsi un soutien au principe d’un dialogue national, mais avec des conditions clairement affichées : une participation fondée sur les droits civiques et politiques, une exclusion des groupes armés engagés dans la lutte contre les institutions de l’État et une priorité accordée à la cohésion nationale plutôt qu’au partage des responsabilités publiques.
Gabriel Makabu, Correspondant/ Kisangani
