Calendrier scolaire en RDC : faut-il l’adapter aux réalités climatiques ? (Tribune de Bibiche Mbete)

Alors que les élèves congolais ont repris le chemin de l’école le Mardi 1er Septembre 2026, une question prend une place dans le débat public en RDC : le calendrier scolaire national tient-il suffisamment compte des réalités climatiques de la République Démocratique du Congo ?

À partir d’une scène banale d’une écolière regagnant son domicile sous une forte chaleur, Bibiche Mbete interroge la pertinence d’un calendrier qui fait coïncider la rentrée avec le retour des températures élevées et les grandes vacances avec une période généralement plus fraîche dans plusieurs régions du pays. Une réflexion qui invite à repenser, sans précipitation, l’organisation de l’année scolaire à partir des réalités congolaises.

La scène est ordinaire, mais elle interpelle.
Une petite fille rentre de l’école sous un soleil accablant. Elle porte un pull qui la protège peut-être des rayons du soleil, mais qui accentue certainement la chaleur qu’elle ressent.
Face à cette image, une interrogation surgit dans l’esprit de Bibiche Mbete :

 » pourquoi la rentrée scolaire intervient-elle, en RDC, au moment où les températures commencent à devenir particulièrement élevées, s’est questionnée Bibiche Mbete ? La question mérite d’être posée. »

Un calendrier national qui ne tient pas forcément compte du climat

En RDC, l’année scolaire 2026-2027 a officiellement débuté le 1er Septembre, conformément au calendrier arrêté par le ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté.
Cette organisation prévoit une longue période de cours entrecoupée de congés et de vacances, avec un nombre précis de jours de présence en classe. À Kinshasa, par exemple, les autorités éducatives ont rappelé que le calendrier prévoit 222 jours de présence pour les élèves du primaire, du secondaire et de l’enseignement technique.

Mais derrière ces chiffres administratifs se pose une autre question : le calendrier scolaire doit-il uniquement répondre aux impératifs pédagogiques et administratifs, ou doit-il également tenir compte des conditions climatiques dans lesquelles les enseignements sont dispensés ?
C’est ici que le débat devient intéressant.

Septembre : rentrée scolaire, mais aussi retour de la chaleur

Dans plusieurs régions de la RDC, les mois de juin, Juillet et Août correspondent à une période relativement sèche et plus fraîche.
C’est pourtant durant cette période que les élèves sont en vacances.
Puis vient Septembre, avec la reprise des cours.
Or, dans plusieurs zones du pays, cette période correspond également au retour progressif de températures plus élevées.

L’enfant doit alors reprendre les cours, parcourir parfois plusieurs kilomètres pour rejoindre son établissement, rester plusieurs heures dans une salle de classe et poursuivre ses apprentissages malgré la chaleur.
La question n’est donc pas de savoir si les élèves peuvent apprendre lorsqu’il fait chaud. Ils le font déjà.
La vraie question est plutôt celle-ci : peut-on améliorer leurs conditions d’apprentissage en tenant davantage compte du facteur climatique ?

Quand la chaleur s’ajoute aux difficultés scolaires

La rentrée signifie également le retour des mathématiques, de l’algèbre, de la géométrie, de la trigonométrie, du PGCD, du PPCM et de toutes ces matières qui sollicitent fortement les capacités de concentration des élèves.
Avec une pointe d’humour, on pourrait dire que tout chauffe en même temps : la salle de classe, les neurones des élèves, la voix des enseignants et, parfois, la patience des parents, fait savoir Bibiche Mbete.

Mais derrière cette image humoristique se trouve une réalité plus sérieuse.
Les conditions matérielles d’apprentissage influencent nécessairement le confort et la concentration des élèves.
Dans certaines écoles, notamment celles qui disposent de bâtiments peu ventilés ou insuffisamment adaptés aux fortes températures, la chaleur peut devenir une contrainte supplémentaire.
Elle s’ajoute à d’autres difficultés déjà connues : longues distances entre le domicile et l’école, problèmes de transport, insuffisance d’infrastructures, surpeuplement des salles de classe ou encore manque d’équipements appropriés.

Faut-il changer le calendrier scolaire ?

Pas si vite
Il serait cependant réducteur de conclure qu’il suffirait de déplacer les grandes vacances pour résoudre le problème.
Un calendrier scolaire est un dispositif complexe. Il doit respecter les programmes, garantir un nombre suffisant de jours d’enseignement, organiser les examens et tenir compte de nombreuses contraintes administratives, économiques et sociales.
La RDC est également un pays immense, marqué par une grande diversité climatique.

Les réalités de Kinshasa ne sont pas nécessairement celles de Goma, Kisangani, Lubumbashi, Mbandaka ou des territoires ruraux.
Une éventuelle réforme devrait donc être précédée d’une étude sérieuse et scientifique des réalités climatiques et scolaires des différentes régions du pays.
Il pourrait notamment être pertinent d’étudier l’impact des températures, des saisons des pluies et des périodes de forte chaleur sur les conditions d’apprentissage.

Penser un calendrier véritablement congolais

Le véritable enjeu n’est peut-être pas de supprimer le calendrier actuel, mais de se demander s’il peut être amélioré.
Pourquoi ne pas ouvrir une réflexion nationale associant enseignants, parents, élèves, experts en éducation, climatologues, responsables administratifs et autorités publiques ?
L’objectif serait de déterminer si l’organisation actuelle, pensée selon les réalités et impératifs climatiques coloniales, correspond pleinement aux réalités du pays et, le cas échéant, quelles adaptations pourraient être envisagées.
Il ne s’agirait ni de copier d’autres modèles ni de bouleverser l’année scolaire sur la base d’une simple impression.
Il s’agirait plutôt de penser notre système éducatif à partir de nos propres réalités.
Car la RDC n’a ni le climat ni les saisons de la France, de la Belgique ou d’autres pays européens.
Si notre système éducatif doit former les enfants congolais pour répondre aux défis de leur société, il peut aussi être légitime de s’interroger sur la manière dont son organisation tient compte de leur environnement quotidien.

Une réflexion qui mérite d’être ouverte

La petite fille qui rentrait de l’école sous le soleil ne connaissait certainement rien de ces considérations administratives.
Elle voulait simplement rentrer chez elle.
Mais son image pose une question qui dépasse largement son trajet quotidien :
notre calendrier scolaire est-il suffisamment adapté aux réalités climatiques de la RDC ?
La réponse ne peut pas être improvisée.
Elle mérite des études, des données et un véritable débat public.
Car repenser le calendrier scolaire ne signifie pas nécessairement le bouleverser.
Cela peut simplement commencer par une question essentielle :

 » et si, pour une fois, nous pensions l’organisation de notre année scolaire d’abord à partir de nos propres saisons, de notre climat et des réalités vécues quotidiennement par nos enfants ?
C’est peut-être là que devrait commencer le débat, a conclu Bibiche Mbete, professionnelle des médias et experte en communication des questions sanitaires.

Lionel IPAKALA Y.

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