Jamais depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016, Gianni Infantino n’avait été confronté à une contestation d’une telle ampleur. Le retrait précipité de son projet de création d’une société commerciale destinée à gérer les droits économiques de la Coupe du monde a déclenché une véritable onde de choc au sein de la gouvernance du football mondial. En Afrique, en Europe et dans plusieurs autres régions, les appels à sa démission se multiplient, faisant planer une incertitude sur son avenir à la présidence de l’instance suprême du football mondial.
Le projet qui a mis le feu aux poudres
Présenté comme une réforme ambitieuse destinée à moderniser le modèle économique de la FIFA, le projet de FIFA Forward Enterprise (FFE) prévoyait la création d’une entité commerciale indépendante chargée d’exploiter les droits audiovisuels, marketing et commerciaux des compétitions de la FIFA, en particulier la Coupe du monde.
L’idée consistait à ouvrir une partie du capital de cette nouvelle structure à des fonds d’investissement privés, capables d’injecter plusieurs milliards de dollars.
Selon Gianni Infantino, ces ressources devaient permettre d’accroître les investissements dans le développement du football, notamment au profit des petites fédérations.
Mais ce qui était présenté comme une réforme économique s’est rapidement transformé en crise politique.
De nombreuses fédérations nationales, plusieurs confédérations continentales ainsi que des acteurs majeurs du football ont dénoncé un projet élaboré sans véritable consultation. Pour ses détracteurs, il s’agissait ni plus ni moins d’une tentative de privatisation partielle du plus prestigieux tournoi de football au monde, au bénéfice d’intérêts financiers privés.
Des excuses inédites pour tenter d’éteindre l’incendie
Face à l’ampleur des critiques, Gianni Infantino a été contraint de faire machine arrière.
Dans une lettre adressée aux 211 fédérations membres de la FIFA, il a reconnu que le projet n’avait pas fait l’objet d’un consensus suffisant et que sa méthode avait suscité incompréhension et méfiance. Le Président de la FIFA a présenté ses excuses et annoncé l’abandon du projet.
Un geste rarissime dans l’histoire récente de la gouvernance du football mondial.
Cependant, loin d’apaiser les tensions, ce revirement a été interprété par plusieurs observateurs comme l’aveu d’un grave échec politique.

Constant Omari sonne la charge depuis la RDC
En République Démocratique du Congo, l’ancien Président de la FECOFA et ancien membre du Conseil de la FIFA, Constant Omari Selemani, figure parmi les premières personnalités africaines à demander ouvertement la démission de Gianni Infantino.
Selon lui, cette affaire démontre une crise profonde de gouvernance au sein de la FIFA.
Il estime que la confiance entre les associations membres et leur Président est désormais rompue et qu’une nouvelle direction est nécessaire pour préserver la crédibilité de l’institution.
La prise de position de Constant Omari est d’autant plus remarquée qu’il connaît parfaitement les mécanismes internes de la FIFA, où il a siégé pendant plusieurs années.

Luis Figo rejoint les opposants
En Europe, l’ancien capitaine de la sélection portugaise, Luis Figo, a également exprimé son désaccord avec la gestion de Gianni Infantino.
Pour l’ancien sociétaire du Barça et du Real Madrid et Ballon d’Or, le problème dépasse désormais le simple retrait d’un projet économique.
Il s’agit d’une question de confiance, de gouvernance et de respect des principes qui fondent le football mondial. Selon plusieurs observateurs européens, les excuses du président de la FIFA ne suffisent plus à restaurer une crédibilité sérieusement fragilisée.

L’UEFA maintient une pression maximale
La contestation est encore plus marquée du côté de l’UEFA.
L’instance européenne, présidée par Aleksander Čeferin, n’a toujours pas renoncé à son opposition au projet et maintient sa ligne dure. Plusieurs responsables européens estiment que le football ne peut être administré selon une logique exclusivement financière.
En coulisses, des discussions se poursuivent autour d’éventuelles mesures de rétorsion, y compris un boycott de la prochaine coupe du Monde et certaines initiatives de la FIFA si des garanties de gouvernance ne sont pas apportées. Cette fracture entre la FIFA et l’UEFA constitue l’un des épisodes les plus sensibles depuis les tensions provoquées par le projet de Super League européenne.
Une présidence fragilisée à quelques mois des élections
À moins d’un an de l’élection présidentielle de la FIFA preuve au mois de Mars 2027 à Rabat au Maroc, cette crise affaiblit considérablement la position de Gianni Infantino.
S’il conserve encore des soutiens importants en Afrique, en Asie, en Océanie et dans plusieurs fédérations des Amériques, son image apparaît fortement écornée auprès d’une partie du football européen.
En privé, plusieurs dirigeants reconnaissent que cette affaire pourrait accélérer l’émergence d’un candidat capable de fédérer les mécontents.
Plus qu’une crise, un tournant pour le football mondial
Au-delà de la polémique, cette affaire pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller la commercialisation du football ?
Pour les défenseurs du projet, l’ouverture à des capitaux privés représentait une opportunité historique pour générer de nouvelles ressources au profit du développement du football dans les pays émergents.
Pour ses opposants, la Coupe du monde n’est pas un actif financier comme un autre. Elle constitue un patrimoine universel dont la gouvernance doit rester entre les mains des associations nationales et des confédérations, à l’abri des intérêts spéculatifs.
En retirant son projet, Gianni Infantino a peut-être évité une rupture institutionnelle majeure. Mais la crise est loin d’être terminée. Désormais, une partie du monde du football ne réclame plus seulement l’abandon d’une réforme controversée : elle exige un changement de leadership à la tête de la FIFA.
Les prochains mois s’annoncent déterminants pour l’avenir de la gouvernance du football mondial.
Lionel IPAKALA Y.
