Chaque 2 août, la République Démocratique du Congo s’arrête. Dans le recueillement, les Congolais renouvellent la même promesse: « Ne jamais oublier, ne pas répéter, commencer à guérir ». Mais 20 ans après, cette promesse reste inachevée. Les massacres continuent, des millions de déplacés vivent encore sous la menace des groupes armés et les intérêts économiques liés à l’exploitation illicite des ressources l’emportent, pour certains, sur la valeur sacrée de la vie humaine.
C’est le constat dressé par Me Jean-Pierre Yodi Kasongo, Ministre-Conseiller à l’Ambassade de la République démocratique du Congo (RDC) à Berne, à l’occasion de la commémoration de cette journée dédiée aux victimes des violences massives en RDC. Pour lui, il est temps de passer de la mémoire à la guérison et de transformer le « Plus jamais ça » en une réalité constitutionnelle et institutionnelle.

Exigence de vérité face à la répétition des tragédies
« Commémorer ne suffit plus. Il faut avoir le courage de s’interroger sur les causes profondes de la répétition de ces tragédies et sur les réponses institutionnelles que notre pays a apportées depuis plus de deux décennies », souligne-t-il.
En relisant le préambule de la Constitution du 18 février 2006, révisée en 2011, l’ambition des pères fondateurs apparaît clairement pour rompre définitivement avec les guerres, préserver l’unité nationale, garantir la paix et empêcher la répétition des violences qui ont déchiré le pays.
Pourtant, le bilan est jugé insuffisant. L’expérience des vingt dernières années révèle plusieurs limites. Les réformes du secteur de la défense et de la sécurité n’ont pas permis de bâtir un appareil pleinement capable de protéger la Nation. Pire, les processus successifs de brassage, de mixage et l’intégration récurrente de mouvements armés ou de leurs dirigeants dans les institutions de la République, souvent au nom d’accords politiques ou militaires, n’ont pas apporté la paix durable espérée.
« Au contraire, ils ont parfois entretenu un cycle où la rébellion est apparue comme une voie d’accès au pouvoir ou à des responsabilités publiques », regrette le diplomate.

Justice, vérité et réformes pour fonder une paix durable
Pour sortir de ce cycle, Me Yodi insiste sur quatre piliers, à savoir : la justice, la vérité, la responsabilité et la réparation. Une paix durable ne peut se construire sur l’impunité.
« L’État de droit ne peut durablement coexister avec l’idée que les auteurs des crimes les plus graves puissent être récompensés au lieu de répondre de leurs actes devant la justice », affirme-t-il.
» Notre responsabilité collective, poursuit-il, est de bâtir un État suffisamment fort pour protéger son territoire, garantir la sécurité de ses citoyens, défendre sa souveraineté et préserver l’autorité de ses institutions. Cela suppose des réformes profondes de la gouvernance, de la justice et des services de défense et de sécurité afin qu’ils soient exclusivement au service de la Nation et de l’intérêt général.
C’est dans cette perspective que le débat sur l’évolution de la Constitution est relancé. Loin d’un changement pour le plaisir de changer, il s’agit selon ce diplomate d’adapter le contrat politique national aux réalités du terrain.
L’enjeu est donc de construire un nouveau pacte institutionnel capable de garantir durablement la sécurité nationale, de prévenir la répétition des conflits, de consolider l’État de droit et d’assurer que plus jamais la violence ne puisse être un moyen d’accéder aux institutions de la République.
Pour ce diplomate, l’histoire jugera la génération actuelle sur sa capacité à transformer la mémoire des victimes en réformes concrètes.
« Le plus bel hommage que nous puissions rendre à celles et ceux qui ont perdu la vie n’est pas seulement de les pleurer, mais de bâtir un État qui protège enfin son peuple », conclut le Ministre-Conseiller.
Pour lui, le « Plus jamais ça » ne doit plus être une simple formule commémorative prononcée chaque 2 août. Il doit devenir un engagement constitutionnel, institutionnel et moral, afin que les tragédies d’hier ne soient jamais le destin des générations futures.
Aujourd’hui, la RDC continue de faire face non seulement à l’activisme des groupes armés dans l’Est du pays mais aussi de l’agression rwandaise et que la question de la réforme des institutions revient au cœur du débat national.
M.Luamuele
