Ebola-17, $US 700 millions en 100 jours, contre $US 717 millions pour Covid-19 en 3 ½ ans, la RDC face à la business-thérapie

Au 23 Août 2026, environ 700 millions $US ont déjà été mobilisés par les partenaires internationaux et le Gouvernement congolais, dont 452 millions effectivement décaissés, pour la riposte contre la 17 ème épidémie d’Ebola portée par la souche Bundibugyo qui s’est déclarée le 15 Mai 2026. Dans 100 jours, Ebola-17 qui ne se retrouve que dans quelques territoires et villes de six de 26 provinces de la RDC, a presque nécessité autant de financement que le covid-19 sur l’ensemble du territoire national durant 947 jours (10 Mars 2020 -13 Octobre 2022) soit 717 millions $US, selon l’Observatoire de la Dépense Publique (Odep).

L’argent est aussi au cœur de l’épidémie. A Beni, capitale provisoire de la Province du Nord-Kivu, les soupçons d’Ebola-business monte dans l’opinion :

« La maladie est là et il y a des cas, à quoi ça sert de fabriquer des cas pour chercher le financement ? », se révolte Dr Babah Mutuza, médecin directeur du centre médical Sainte Ana de Beni.

Toutes proportions gardées, ce centre hospitalier serait à Kinshasa, l’équivalent de Monkolé, HJ Hospital ou encore Diamant. Vexées de ne point percevoir leurs dus sinon à la hauteur des risques encourus, certains membres des équipes de riposte a propagé la théorie d’Ebola-business, sur fonds des fabrications des cas positifs pour pousser à la poursuite et à l’accroissement des financements extérieurs. Dans le centième jour de l’épidémie, les chiffres officiels relayés par le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, font état de 2.378 morts exactement pour 5.021 cas confirmés.

Mais dans l’opinion publique, ces chiffres sont plutôt sujets à caution. Le 19 Août dernier, à Beni, dans la commune de Mulekera, quartier de Kasanga Tuha, les jeunes récusant le nombre de décès dus à Ebola rapportés dans la zone, ont copieusement passé à tabac des équipes humanitaires, surtout des éléments de la Croix-Rouge accusés de gonfler les chiffres. Un appel à la ville morte parcourait la ville si bien que les autorités sanitaires et administratives locales ont dû se rebiffer en soutenant que la cause des décès des personnes à l’origine de la contestation n’était pas encore établie et que l’existence de cas d’Ebola n’était pas, non plus, formellement établie, dans cette partie de la ville de Beni. Dans la ville voisine de Butembo, une équipe chargée d’un « enterrement digne et sécurisé » des victimes d’Ebola, a été attaquée dans la commune de Bulengera, quartier de Kyaghala, alors qu’elle intervenait après un décès communautaire lié à la maladie.

L’un des membres de l’équipe a été blessé à la main et au genou à l’aide d’une machette. Leur véhicule a également subi des dégâts après des jets de pierres. Des attaques contre des équipes de riposte d’Ebola se banalisent dans la région, le doute sur l’explosion de la maladie gagne même l’élite :

«Ça devient du commerce. Des vies humaines sont considérées comme du coltan», a soutenu un intervenant qui s’est présenté comme professeur et membre d’un influent parti politique sur une radio communautaire.

Ce n’est plus un secret, tous les 1443 morts officiels de Covid-19 n’en étaient pas atteints. Au cours de cette période, nombre de familles éplorées avaient négocié la reprise de l’identité de leurs défunts sur la liste des décès au covid pour la prise en charge des obsèques par le Gouvernement.
Dr Babah Mutuza déplore des failles logistiques, communicationnelles et éthiques qui réduisent l’efficacité de la lutte sur le terrain :

«Certaines équipes d’enterrement digne et sécurisé exigent des familles endeuillées un montant variant entre 30 et 50 $US pour effectuer un prélèvement », déplorent le médecin directeur du réputé centre hospitalier de Beni.

Et de poursuivre :

«réclamer de l’argent à une famille pour un service qui devrait être gratuit laisse de lourdes séquelles. En 2018, lorsqu’un décès survenait, le corps était transporté à la morgue. Si le test était positif, l’équipe contactait la famille pour organiser un enterrement digne et sécurisé. Aujourd’hui, les agents effectuent le prélèvement, mais laissent les familles partir avec les corps pour les enterrer elles-mêmes. Une semaine ou dix jours plus tard, ils reviennent annoncer que le défunt était positif. C’est seulement à ce moment-là qu’ils cherchent les cas contacts. C’est ce dysfonctionnement qui pousse la population à manifester de la résistance, car les procédures ne sont pas respectées».

Dans l’opinion locale, selon la presse, l’on suppute une stratégie diabolique d’insémination du virus dans la population. Le déploiement des humanitaires dans un coin de la province précède toujours des cas des victimes d’Ebola-17. Voilà qui suscite l’animosité envers les équipes de riposte.

La Croix Rouge locale a émis un communiqué sur l’intégrité de son personnel, mais un certain scepticisme plane toujours dans l’opinion publique. Dr Mutuza déplore plutôt une stratégie de communication inadaptée et superficielle qui limite la sensibilisation aux seuls bulletins d’information ou à de rares émissions :

«C’est une erreur stratégique majeure. On doit mettre des moyens dans la communication. Il faut identifier des leaders communautaires et des journalistes à grande audience pour sensibiliser à la fois à la radio et sur les réseaux sociaux », préconise-t-il, s’interrogeant sur l’absence d’association systématique des médias locaux pour briser les réticences.

Pour le médecin, il faut une décentralisation de la riposte. La gestion de la crise ne doit plus reposer uniquement sur la province. La mairie et les communes doivent s’impliquer, notamment à travers des gestes visibles qui matérialisent le danger aux yeux du public. En clair, les entités déconcentrées et territoriales décentralisées doivent également part à la cagnotte. Il y a peu, l’antenne locale de l’UDPS avait dénoncé sa mise en paria par le gouverneur militaire, le général-major Evariste Somo Kakule.

Ce dernier s’en est inscrit en faux. L’opinion se rappellera de la période de Covid, où les experts congolais se sont lancé des quolibets et propos orduriers, comme des artistes musiciens de la place, sur fonds de présomptions de détournements. Selon le rapport de Congo Research Group basé à l’université de New York, seuls 6 millions $US sur les 363 millions de fonds COVID accordés par le FMI ont pu être retracés. Le ministre de la Santé, Dr Oly Ilunga, a été condamné à 5 ans de prison pour détournement de fonds, et son successeur Éteni Longondo, secoué par l’IGF, a dû restituer 210 000 $US au Trésor public.

Le rapport poursuit que les membres de la Task Force du Covid se payaient jusqu’à 20 000$US pour les heures supplémentaires, le loyer mensuel d’un dépôt s’élevait à 5.000 $US. Bref, le Covid-19 a créé une classe des millionnaires au Congo. Dr Babah Mutuza regrette que le personnel qui était sur terrain lors de la précédente épidémie d’Ebola n’ait pas été, la plupart, rappelé pour mettre à profit son expérience contre la souche Bundibugyo.

Selon lui, l’équipe actuelle est largement composée de nouveaux membres en phase d’adaptation. Aux dernières nouvelles, une équipe médicale ougandaise est arrivée à Beni :

«Leur expérience est précieuse. Nous voulons apprendre de leurs méthodes et travailler ensemble pour protéger nos communautés », a déclaré Prisca Luanda Kamala, responsable provinciale de la santé auprès du gouverneur militaire.

POLD LEVI

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