Eclairage public, vers une plainte contre Teddy Lwamba et Daniel Bumba sur la taxe de 1% sur des abonnés basse tension de Kinshasa

Un journaliste congolais prépare une plainte en bonne et due devant la Cour de cassation contre le DG de la SNEL SA, Teddy Lwamba et le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, sur la destination des recettes de la taxe de 1% sur l’éclairage public.

Onze mille poteaux électriques dont 7700 équipés de lampes de 250 MW éclairaient les artères de la Capitale sur plus de 650 Km des routes asphaltées, à fin 1996, selon des données du ministère des Infrastructures & Travaux publics. Trente ans après, les estimations les plus optimistes approchent les 1.000 points lumineux seulement. Et pourtant, les Kinois, sans doute beaucoup ne le savent, financent chaque mois, et ce depuis dix ans, la réinstallation de l’éclairage public.

La coupe du monde et ses matchs nocturnes ont offert aux Kinois l’occasion idéale de contempler la capitale aux heures vespérales; un trou noir à près de 89%.
Ni la Société Nationale d’Electricité (SNEL SA) ni l’Hôtel de ville de Kinshasa ne veulent rendre publiques les recettes collectées sur la taxe pour l’éclairage public, regrette Jonas Tshiombela Kabiena :

«La SNEL SA me renvoie à l’Hôtel de ville, et l’Hôtel de ville me renvoie à la SNEL!», s’est offusqué le coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC).

Jonas Tshiombela soutient haut et fort que l’absence de l’éclairage public sur les artères déjà cahoteuses de Kinshasa contribue à la montée de l’insécurité, les rapts et kidnappings ou encore des attaques des véhicules par des voyous couteaux à la main.
La NSCC a même impliqué le bureau de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa (APK) pour avoir la vérité des chiffres, en vain. Il fera bientôt dix ans que le Gouvernement a introduit une taxe de 1% dans la facture de consommation de l’électricité SNEL SA.

D’Octobre 2016 à ce jour, de tous les patrons de la SNEL SA, seul Fabrice Lusinde a indiqué, en juin 2025 :

« qu’en deux ans, la SNEL SA a collecté plus de 29 milliards de CDF de taxes d’éclairage public», soit 10.105.000 $US, suivant le taux de change affiché à l’époque par la Banque centrale du Congo oscillant autour de 1$US/2840 CDF.

Et, dans son rapport annuel 2024, publié mi-Mars 2025,  la SNEL SA notait   disposer de 639 110 clients basse tension  dans la ville de Kinshasa. Quinze mois plus tard, l’ancien DG Fabrice Lusinde se flattait d’avoir connecté 100 000 nouveaux clients.
Faute des statistiques officielles récentes, l’on peut estimer, avec une marge d’erreur insignifiante que la SNEL SA compte, au bas mot, 800.000 clients basse tension dans la Capitale.

Et même si la SNEL SA ne l’admet pas officiellement, ses agents distributeurs des factures admettent que tous les 314 quartiers de la Capitale ne sont pas facturés de la même manière, et sur une même avenue, certaines factures sont élaborées en fonction des appareils électroménagers se trouvant dans un domicile. Ainsi l’on peut estimer que le 1% de taxe équivaut au minimum à 1,5 $US, donc les 800.000 clients basse tension de la SNEL SA à Kinshasa paient chaque mois 1.200.000 $US. Portée sur 12 mois, la taxe de 1% rapporte au bas mot 14.400.000$Us.

Le gap n’est pas très important entre cette somme et les 11 millions $US que le Gouvernement (Tshibala) avait décidé d’affecter à l’éclairage public pour la ville de Kinshasa en 2018. Hélas, rien n’a vraiment évolué. Bien au contraire, les pratiques ténébreuses du temps d’Augustin Matata Ponyo dénoncées sans fioritures par l’alors patron des patrons, le président de la FEC, Albert Yuma Mulimbi, ont fait de vieux os.

A l’époque, la SNEL SA et l’Office de Voirie et de Drainage (OVD) étaient les principales autorités adjudicatrices des marchés d’éclairage public en République Démocratique du Congo. Mais le dernier rapport du Bureau d’expertises comptables et du commissariat aux comptes (BEC Sarl) sur « l’audit définitif de conformité des marchés publics a démontré combien les attributions des marchés d’éclairage public se font plutôt au noir. « Le contrat OVD/DG/001/2013 sur le marché d’éclairage public du boulevard Lumumba n’est pas couvert par un appel national d’offre (ANO) de la Direction Générale congolaise de marchés publics (DGCMP) ni de preuve d’approbation dudit marché », lit-on dans ce rapport

Teddy Lwamba se déleste de ses responsabilités

Début Mai 2026, réagissant aux critiques des organisations de la Société Civile, la SNEL SA, déclare que son mandat se limite strictement à la production, au transport et à la distribution d’électricité, elle n’est pas responsable de l’éclairage public, tâche qui incombe désormais à l’Hôtel de Ville et aux services urbains compétents qui pilotent les projets d’illumination urbaine. La SNEL SA poursuit que ni son Directeur Général, Teddy Lwamba, ni l’entreprise ne participent à la planification ni à l’exécution des projets d’éclairage public.

Autrement dit, les décisions opérationnelles et les financements dédiés à l’éclairage relèvent d’autres instances municipales et administratives. En contrepartie, l’entreprise affirme s’acquitter de certaines redevances auprès de l’Hôtel de Ville, selon le cadre administratif en vigueur, réaffirmant un lien financier et réglementaire avec les autorités locales. Toutefois, des projets de modernisation de l’éclairage public sont en gestation, en collaboration avec l’Hôtel de ville et les services concernés.

L’objectif est clair, poursuit le communiqué de la SNEL SA : moderniser les installations, réduire les coûts, améliorer la sécurité et l’esthétique urbaine, tout en dissociant les responsabilités opérationnelles des compétences municipales des missions techniques de la SNEL. SA. La Société Nationale d’Electricité indique que la prochaine étape s’inscrit dans une logique d’action : clarifier les rôles, accélérer les projets structurants et renforcer la résilience du réseau pour que l’éclairage public devienne un levier de sécurité et de dynamisme urbain, plutôt qu’un sujet de polémique.

Dans ce contexte, les autorités locales et la SNEL doivent converger vers une feuille de route commune, avec des échéances transparentes, des indicateurs de performance clairs et une communication régulière avec les citoyens sur les avancées et les défis à relever. Pour Jonas Tshiombela, la réaction de la SNEL SA n’est qu’une vaine « tentative de dilution de responsabilité dans un système déjà miné par l’opacité. Que nous dit-on ? Que la SNEL produit, transporte et distribue l’électricité, mais ne serait pas responsable de l’éclairage public? Très bien.

Mais alors, qui perçoit chaque mois les frais d’éclairage public sur les factures des citoyens ? Qui collecte cet argent ? Qui le transfère ? Qui en garantit la traçabilité ? La vérité est simple : on ne peut pas encaisser sans rendre compte… La SNEL ne peut pas, d’un côté, se présenter comme un simple opérateur technique, et de l’autre, agir comme un collecteur de fonds publics sans assumer les obligations de transparence qui en découlent. Cette posture est intenable »

Hôtel de ville, 85 poteaux installés, coût: secret d’Etat

Du côté du Gouvernorat de Kinshasa, chez Daniel Bumba Lubaki, les recettes de l’éclairage public semblent relever du secret d’Etat. Même les députés provinciaux de la majorité contactés pour porter l’affaire devant l’APK ont désisté, les uns estimant que la question pourrait déstabiliser les institutions provinciales, d’autres ayant préféré poser un lapin à Jonas Tshiombela. L’Hôtel de ville se flatte, par ailleurs, d’avoir posé «environ» 85 poteaux électriques sur les avenues du Plateau et Rochereau Pascal Tabu Ley ex-Tombalbaye. Mais le coût des travaux réalisés par la société libanaise Safrimex n’a pas été rendu public. Du temps de Gentiny Ngobila Mbaka, un projet pilote d’éclairage public de la Capitale a été lancé mi-2024 dans le quartier coupe-gorge de Mikondo dans la commune banlieusarde de la Nsele, dans le district de la Tshangu, dans le cadre du partenariat entre l’Agence Nationale de l’Electrification et des Services Energétiques en milieux Ruraux et périurbains (Anser) et la société Solektra, grâce au financement du Fonds Mwinda mis en place en janvier 2021.

 Peu après, l’Anser se rétracte soutenant que le Fonds Mwinda n’était pas destiné à l’éclairage public. Depuis, plus rien. En clair, chaque locataire de l’Hôtel de ville négocierait, à sa manière, avec la SNEL SA, l’affectation des fonds collectés auprès des abonnés basse tension de la capitale. Voilà qui frise une arnaque.

Selon nos sources, au départ, les assujettis à la taxe pour l’éclairage public étaient des propriétaires des véhicules circulant sur les artères de la capitale. Mais l’Hôtel de ville avait estimé que la taxe serait trop pour les automobilistes qui se montraient de plus en plus réfractaires à payer la vignette :

«Voilà qui ouvre la voie à une gouvernance de l’irresponsabilité, où chacun renvoie la balle pendant que la population reste dans le noir », déplore le numéro 1 de la NSCC.

POLD LEVI

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