Le Sénat a franchi ce jeudi un cap historique pour l’économie congolaise. Réunis en séance plénière au Palais du Peuple sous la présidence de Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, les sénateurs ont autorisé deux réformes majeures : la création de la bourse des valeurs mobilières et des marchandises, et la modernisation du cadre légal de la pêche et de l’aquaculture.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a défendu en recevabilité le premier projet de loi sur les marchés boursiers depuis 55 ans. Initié par le président Félix Tshisekedi, le texte de 8 titres vise à doter la RDC d’un marché financier efficace et transparent. L’objectif affiché est de mobiliser l’épargne nationale, financer les investissements privés et accélérer la croissance en donnant aux entreprises et à l’État un nouvel outil de levée de capitaux.

La loi prévoit la création d’une Autorité de Régulation des Marchés Financiers indépendante, chargée de veiller à l’intégrité et à la transparence des opérations. Elle institue également des banques de règlement et un dépositaire central pour sécuriser les transactions. Le Sénat a validé l’ensemble du dispositif après avoir obtenu des garanties sur les mécanismes de contrôle et de surveillance.
Interpellé par six sénateurs sur les risques liés à la cybersécurité, au blanchiment, à la fraude et à la digitalisation, Doudou Fwamba a été catégorique : « Pas de bourse sans digitalisation ». Il a présenté une feuille de route appuyée par des experts internationaux et confirmé le rôle central de la Banque Centrale du Congo dans la supervision du système. Le texte a été renvoyé à la Commission ECOFIN/BG pour toilettage, avec consigne de revenir dans 72 heures avec une version amendée.
Dans la foulée, la plénière a adopté le rapport de la Commission EDDRNT sur la proposition de loi portant principes fondamentaux de la pêche et de l’aquaculture. Présenté par Ngindu Biduaya Cédric et Muya Muboyayi, le rapport enterre le décret colonial du 21 avril 1937, devenu obsolète et inadapté aux réalités actuelles. L’aquaculture, restée jusque-là hors du champ législatif, entre enfin dans le droit congolais.

La nouvelle loi compte 100 articles répartis en 10 titres. Elle vise à adapter le secteur aux enjeux technologiques, environnementaux et alimentaires, tout en renforçant la gestion durable des ressources halieutiques. La commission dispose de 48 heures pour intégrer les dernières recommandations formulées par les sénateurs avant le vote final.
Pour la chambre haute, ces deux dossiers constituent des leviers directs de l’industrialisation et de la souveraineté économique. La bourse doit permettre de capter l’épargne intérieure et d’orienter les capitaux vers des projets productifs. La réforme de la pêche vise à sécuriser l’alimentation, protéger les écosystèmes aquatiques et créer des emplois dans un secteur longtemps resté informel.
« Le Sénat met le cap sur l’industrialisation et la souveraineté », a résumé la présidence de séance. Le message est clair : la RDC entend bâtir son financement intérieur et valoriser ses ressources sur place plutôt que de continuer à exporter à l’état brut.
Les deux dossiers marquent une avancée concrète dans l’agenda économique du gouvernement. Ils traduisent la volonté de doter le pays d’instruments modernes de financement et de régulation, capables de soutenir la croissance et de renforcer la résilience face aux chocs extérieurs.
La séance plénière a été levée après l’adoption des orientations sur les deux dossiers. Les commissions concernées doivent désormais finaliser le travail législatif dans les délais impartis, ouvrant la voie à un examen en deuxième lecture et à une promulgation attendue avant la fin de l’année.
M.Luamuele
