Un panneau solaire sur son toit, ça fait tendance à Kinshasa et même dans de grandes agglomérations de l’arrière-pays. Et pourtant, il y a un gros risque de se faire surveiller et contrôler à distance. Qui contrôle les sociétés importatrices, installatrices et de maintenance? Personne.
Selon une enquête de Frandroïd, un média spécialisé aux Nouvelles Technologies, publiée début Mai 2026, les panneaux solaires chinois sont un risque pour le réseau électrique européen. La Chine possède en effet les clefs de nombreux onduleurs qui sont connectés en Europe, ce qui pourrait déstabiliser le réseau électrique européen en cas de cyberattaque.
L’Afrique, par ailleurs, a importé 333.261 tonnes des panneaux solaires chinois entre Mars et Avril 2026. La RDC a signé la progression la plus spectaculaire de plus de 482% par rapport à la période correspondante en 2025, soit près de 18.000 tonne au bas mot.
Quand ce qui a tout d’un commerce et d’un service normaux devient une question de haute sécurité.
Ce qui suit devrait à coup sûr orienter le Conseil National de Cyber-défense (CNC) sur les importations des panneaux solaires en RDC.
Ce service créée depuis le 21 Août 2023, est, en effet, opérationnel à la Présidence de la République. Le CNC a pour principale mission la coordination de tous les services en rapport avec la cyberdéfense et le cyber-renseignement. Le CNC devrait aussi prévenir les menaces et assurer la disponibilité, la confidentialité et l’intégrité du cyberespace congolais.
L’organe est dirigé par l’ancien conseiller spécial de Félix Tshisekedi en matière de sécurité, Jean-Claude Bukasa. Il en est le coordonnateur et est secondé par deux assistants principaux à savoir Liongo Momanza Jean Julien, assistant principal chargé de cyber renseignement et de Kyenge Malaika Nathalie, assistante principale chargée de cyberdéfense.
Le CNC est doté d’une autonomie administrative et financière.
L’Union Européenne a décidé de ne plus subventionner tout projet d’électrification photovoltaïque qui recourrait aux inputs chinois. Il va sans dire que la RDC est directement concernée car l’UE a, en effet, annoncé, le 19 Mai 2026, le démarrage prochain du projet «Fenêtre-Pays » dans le cadre du programme ElectriFI avec une enveloppe de 15 millions d’euros.
Selon des experts européens, les panneaux solaires, ce n’est pas seulement une question d’électricité mais surtout de sécurité. L’organisation de lobbying Solar Power Europe convie, en effet, l’UE à un encadrement urgent et strict de l’accès à distance aux petits systèmes photovoltaïques, ces installations résidentielles qui prolifèrent sur les toits des particuliers en Europe.
Depuis début Mai 2026, Bruxelles déconseille vivement de « ne plus Connecter votre onduleur à votre réseau domestique ou d’entreprise principal ». Elle encourage au contraire de « créer un réseau Wi-Fi invité ou un, réseau local virtuel (VLAN) séparé qui n’a pas accès à vos ordinateurs et données sensibles» ou encore «désactiver le contrôle à distance, bloquer les fonctions de « mise à jour automatique » à distance ou de contrôle bidirectionnel via le routeur (pare-feu).
L’onduleur doit uniquement transmettre les données de production sans permettre d’action sur l’installation».
Autres recommandations: modifier immédiatement le mot de passe administrateur par défaut de l’onduleur et de l’application mobile de suivi. Utiliser des passerelles physiques de surveillance certifiées et conformes aux réglementations locales en matière de RGPD, ou optez pour des modules de suivi Open Source si vous avez des compétences en informatique.
Un agent d’une société de vente des panneaux solaires de la place explique, en effet, que les onduleurs sont des boîtiers connectés et installés avec les panneaux qui transforment le courant continu des panneaux solaires en courant alternatif utilisable par le réseau. Ces appareils ne sont pas seulement connectés à Internet. Très redoutés par la Commission européenne de l’énergie, ils sont aussi, pour beaucoup, contrôlables à distance via des services cloud souvent situés hors de l’UE, ouvrant ainsi une brèche dans la cybersécurité énergétique européenne.
Le Figaro, Le Vif, Le Soir, Toute l’Europe, de grands médias européens ont fait durant la première quinzaine du mois de mai 2026 de gros titres sur la probabilité que la Chine débranche à distance des panneaux solaires sur le vieux continent et déstabiliser ainsi le réseau électrique européen en toute simplicité. Mutatis mutandis, la RDC ne serait guère à l’abri d’une cyberattaque si le Rwanda, par malheur, avait accès aux fameux services clouds. L’opinion se souviendra qu’en août 1998, les Forces Spéciales Rwandaises -qui formeront le noyau des troupes de la rébellion RCD- n’avaient pas hésité à perturber le système de transport électrique à Kinshasa et dans le Grand Katanga, dans la suite de leur assaut sur Kitona, au Kongo central.
Le 8 Avril 2026, Christian-Geraud Neema Biamungu, analyste polémiste des relations sino-africaines, qui s’est forgé une funeste réputation avec des propos orduriers contre Patrick Muyaya Katembwe, a publié un article intitulé « Sécurité, Technologie. Rwanda: les entreprises chinoises au cœur des technologies de surveillance ». L’a-t-on lu à Kinshasa ? L’agence Xinhua a publié, le 10 Mars 2026, une interview d’Ismael Buchanan, maître de conférences à la Faculté des arts et des sciences sociales de l’Université du Rwanda qui se vante de l’excellence des rapports entre le Rwanda et la Chine dans le transfert des technologies. Mi-Septembre 2025, lors de la neuvième édition du Sommet et de l’Exposition Aviation Afrique qui s’est tenue à Kigali, les chinois ont fait décoller, une première sur le continent, un EH216-S, un véhicule aérien sans pilote (eVTOL) fabriqué par l’entreprise chinoise E Hang.
De lourdes présomptions de cyberattaque de l’Union Africaine pèsent, en effet, sur le régime de Paul Kagame. Début 2023, alors qu’à la suite des Nations unies, l’Union Africaine avait manifesté une certaine désapprobation face au soutien rwandais aux rebelles du M23, une violente cyberattaque a soudainement désarçonné l’UA, selon une note interne rédigée par Monique Nsanzabaganwa, vice-présidente de la Commission de l’Union Africaine, la « cyberattaque massive » a commencé le 3 Mars 2023, a-t-elle écrit, selon le quotidien éthiopien The Reporter. A en croire la note de la vice-présidente de l’UA, l’attaque a été perpétrée contre le centre de données de l’organisation rendant les services et les applications indisponibles.
Plus de 200 appareils corrompus ont été découverts. Depuis la décision de l’UE sur les panneaux solaires chinois, il est de plus en plus fréquent, sur la toile, de tomber sur la loi chinoise sur la cybersécurité laquelle dit garantir la sécurité des réseaux, protéger la souveraineté du cyberespace, préserver les droits et intérêts légitimes des citoyens, des entreprises et d’autres organisations, etc., Facile de comprendre que Pékin veut rassurer sur son intégrité morale.
Toutefois, en RDC, Félix Tshisekedi a recommandé au Gouvernement de mûrir le projet d’une usine de fabrication des panneaux solaires selon une annonce du ministère des Ressources hydrauliques et Electricité, en marge de dernières assises de Makutano à Kinshasa. L’Agence Nationale de l’Electrification et des Services Energétiques en milieux Rural et périurbain (Anser) a, par ailleurs, convenu, fin Avril 2026, d’un contrat commercial de 25 millions d’euros avec la firme germanique Off-Grid Europe pour un déploiement de mini-réseaux solaires photovoltaïques en RDC. Pour la phase pilote, Off-Grid envisage l’installation d’un parc de 8,5 mégawatts-crête (MWc), en vue de desservir 27 700 ménages dans six agglomérations congolaises.
L’objectif est d’attendre, pour cette première phase, 27 agglomérations. L’initiative s’inscrit dans le cadre du programme national d’électrification par mini-réseaux solaires photovoltaïques, mis en place pour accélérer l’accès à l’électricité dans les zones rurales et périurbaines. Pour l’Anser, il est question de poursuivre sa stratégie de mobilisation de partenaires techniques et financiers pour renforcer l’électrification rurale, dans un pays où l’accès à l’électricité demeure encore très limité en dehors des grands centres urbains.
POLD LEVI
