VILLE DE KINSHASA: AU DELÀ DES DÉMOLITIONS DES CONSTRUCTIONS ANARCHIQUES…( Plaidoyer en faveur d’un plan urbanistique bien réfléchi et intelligemment mis en application).

Par CNL

Depuis un certain temps, les réseaux sociaux sont sursaturés d’images impressionnantes montrant des bulldozers démolissant dans diverses communes kinoises des constructions dites anarchiques.

Marchés pirates, étalages, ateliers, garages, “nganda”, “malewa”, bars, clotures, petites maisons, hangars, immeubles flambant neuf, les bulldozers passent et repassent. Cette opération qui serait pilotée par l’hôtel de ville est menée avec une certaine fermeté du côté des autorités. Kinshasa EZO BONGA, avait “prophetisé” l’actuel locataire de l’hôtel de ville.

Visiblement, l’intention est de dégager certains espaces anarchiquement occupés pour tenter de désengorger, d’aérer, tant peu soit-il, la circulation dans cette mégapole Kinoise saturée et obstruée par de monstrueux embouteillages causés par des autos et des motos au point de générer dans le chef de nombreux habitants, un sentiment de lassitude, d’amertume et de dégoût.

Franchement, il était plus que temps de la part des autorités d’agir face à ce qui parait comme un véritable “chaos urbanistique”.

Profitant de l’incurie généralisée, de la cupidité et du laxisme chronique de certaines autorités, bon nombre de ces maisons ont été frauduleusement construites à des endroits inappropriés, barricadant par ici certains tronçons routiers ou ferroviaires( rails), bouchant par là, certains canivaux et cours d’eau.

Voilà qui au final gêne considérablement la circulation, cause des inondations et des érosions d’une ampleur inédite.

Quiconque rédigera un jour une Thèse doctorale portant sur la thématique du ” Mal Congolais”, il devra nécessairement réserver des chapitres entiers pour décortiquer l’impact dévastateur de l’INCIVISME, du déficit patriotique ainsi que de l’égocentrisme à la congolaise.

Tout compte fait, le sens élevé du bien commun, l’intérêt public, le souci des autres, ces notions là font cruellement défaut dans les nuques de nombreux compatriotes.

Cela est bien observable dans divers quartiers pourtant huppés de la capitale congolaise où, l’on aperçoit, ça et là, des bâtisses modernes appartenant aux anciens et aux nouveaux riches. Des constructions dont la beauté, la splendeur contrastent paradoxalement avec la crasse nauséabonde qu’on trouve sur les avenues où ces villas ont été bâties.

Un peu comme qui dirait: c’est ma parcelle, je la soigne, j’y plante des fleurs, des arbres, je la clôture. Quant à la rue, tant pis : Eza nango bala bala ya l’ETAT! On est là, au cœur du mal congolais, caractérisé par l’égocentrisme à outrance, le triomphe des vices, la banalisation des vertus, bref, l’inversion des valeurs.

Kinshasa et ses disproportions

On ne peut que se réjouir de la fermeté affichée par les pouvoirs publics laquelle est matérialisée par les démolitions des constructions dites anarchiques. Pourvu que ces espaces libérés soient utilisés à bon escient et aménagés dans un délai raisonnable.

Qu’il plaise évidement au bon Dieu pour qu’on apprenne pas un bon matin que dans la foulée de ces demolitions, des millions auraient encore été détournés…

Mais bien au delà de ces mesures, certes, salutaires mais dont l’efficacité est sujette à debat, les autorités sont encouragées à s’attaquer aux problèmes de fond si l’on veut réellement que Kinshasa redevienne Kin la belle, une ville moderne et où, il ferait de nouveau bon vivre. Voilà pourquoi:

Célèbre moteur americain des recherches, Google renseigne que la population de Kinshasa oscillerait, en 2025, autour de 17,7 millions d’habitants ( deuxième ville en Afrique après le Caire en Égypte)!

Une population dense, de loin plus importante que celles de certains pays Africains ( Congo Brazzaville, Gabon, Burundi, Rwanda, etc). C’est dire que la gestion efficiente d’une telle ville nécessite la maîtrise de nombreuses variables.

Du point de vue de sa superficie, la ville de Kinshasa est bâtie sur une étendue de 9.965 Km2. Ses 3 plus grandes communes sont: MALUKU ( 7948.80 Km2), NSELE ( 898.79 Km2), MONT NGAFULA( 358,92 Km2 ).

En terme de pourcentage, ces trois municipalités à elles seules représentent les 92% de l’ensemble de l’étendue de la ville.

Quant aux 21 autres communes, elles sont réparties sur les 8% de l’étendue restante !

En matière d’évaluation, les chiffres constituent des indicateurs fiables qui ne mentent souvent pas.

Pire et plus étonnant, c’est sur ce minuscule espace de 8% où seraient confinés plus de 80 % des kinois, soit l’écrasante majorité de la population.

Face à de telles disproportions, point n’est besoin d’avoir une Thèse en architecture ou dans le domaine de l’aménagement urbanistique pour épingler l’une des causes fondamentales de la suffocation et de l’invivabilité ayant transformé Kinshasa en une forme de “Capharnaüm urbanistique”.

Ceci dit, s’attaquer à la racine du problème revient à mettre sur pied un plan urbanistique bien réfléchi, bien financé, intelligemment mis en application lequel prévoira la construction de nouvelles communes et cités, de nouvelles infrastructures ( habitations, routes, parkings, marchés, magasins, hôpitaux, morgues, écoles, universités, bâtiments abritant certains services publics comme des postes de la police, des services anti incendies, des stades, des bureaux des quartiers, des toilettes publiques, etc. ) de préférence dans la périphérie de Mont-Ngafula et surtout du côté oriental de la Ville( NSELE, MALUKU) de façon à désengorger GOMBE, qu’on appelle abusiment “centre-ville” alors qu’il s’agit plutôt d’une commune excentrée et située non pas au centre mais à l’Ouest de Kinshasa, ville fondée par le britannique Henry Morton Stanley en 1881.

Somme toute, se borner à détruire les constructions dites anarchiques sans prévoir des constructions bien planifiées de nouvelles infrastructures dans une ville au développement tentaculaire avec une démographie galopante et incontrôlée; voilà qui risque de s’apparenter à un spectacle populiste, à un véritable coup d’épée dans l’eau.

Et l’immense espoir que la population place dans cette vaste opération d’aménagement urbanistique risque de n’être qu’un leurre qui va rapidement s’évaporer à l’instar du nuage de la poussière soulevée par l’écroulement brutal des maisons démolies par de puissants bulldozers dans les rues Kinoises.

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