Impôt foncier, Bumba et Kabemba jouent aux intraitables impitoyables

Quand le Vice-Premier Ministre , Ministre de la Fonction Publique, Jean-Pierre Lihau, réunit la mouvance syndicale pour solliciter, suite aux difficultés financières inhérentes au mois de janvier, un délai de grâce en vue de la paie, le gouvernorat de Kinshasa fait le dur à cuire. Au moins 450 dollars par maison! Voilà ce que les propriétaires des parcelles du quartier Bon-marché ont été conviés à verser à la DGRK, la petite DGI de l’hôtel de ville de Kinshasa, au titre D’impôt Foncier IF en sigle.

Des agents du fisc de Kinshasa ont fait la ronde de ce petit quartier de la commune de Barumbu pour une sensibilisation, a-t-on appris. Mais beaucoup d’ assujettis disent douter de leur crédibilité :

“On ne peut pas loger toutes les maisons à la même enseigne!”, s’indigne-t-on dans ce quartier qui a perdu de sa superbe d’antan!

Et s’il se trouve que la parcelle dispose des annexes…tant pis pour personne, le propriétaire va devoir alourdir son ardoise fiscale en ajoutant chaque fois 450 dollars sur chacune des maisons annexes, ont fait comprendre les présumés agents de la DGRK. Et s’il s’agit d’un immeuble, chaque niveau ou étage vaut 400 dollars d’IF.

Les agents présumés de la DGRK ont promis de repasser Lundi 2 Février 2026 pour coller des pénalités aux assujettis qui ne seraient pas acquittés de l’impôt au 31 janvier. Mi-Décembre 2025, la Direction Générale des Recettes de Kinshasa DGRK, rappelait que les contribuables personnes physiques et morales, assujettis notamment au loyer échu, à l’impôt foncier exercice 2026 et/ou à l’Impôt sur les Revenus Locatifs exercice 2026/ revenus 2025 à déclarer et payer le loyer échu de contrat de location en matière foncière au plus tard le samedi 31 janvier 2026.

L’Impôt Foncier et l’Impôt sur les Revenus Locatifs au plus tard le Lundi 02 Février 2026, le premier Février étant un dimanche .
Dépassé ce délai, poursuit le communiqué, les retardataires s’exposeront au paiement des pénalités conformément aux dispositions légales, et règlementaires en la matière.

Pourtant, d’après ce fiscaliste contacté par launefm.cd, l’IF ne fait pas partie de ces impôts réels dont le calcul et le recouvrement ne tiennent pas compte de la situation du contribuable. En RDC, l’Impôt Foncier, IF en sigle, a pour base imposable la superficie de concessions foncières
bâties ou non bâties.

Ce qui suppose, au préalable, un mesurage. Du temps de Kimbuta, sous le régime (A)MP(FCC)-PPRD, n’a-t-on pas vu des agents de l’Hôtel de ville procéder au calcul de la superficie d’une maison dans une parcelle avant d’établir le montant de l’IF à payer ! L’Édit n° 0005/08 du 00 octobre 2008 se fonde sur la Constitution de la République Démocratique du Congo promulguée le 18
Février 2006, et le système d’imposition par superficie au mètre a été généralisé à toutes les propriétés bâties et non bâties situées dans la ville de Kinshasa.

Pour ce faire, la ville de Kinshasa a découpé en classes ou rangs des communes et des quartiers estimés nantis aux plus pauvres. Le quartier Bon-marché a été catégorisé
localité de 1er rang, au même titre que les communes de la Gombe. Le reste de la commune de Barumbu est logé au 4ème rang , tout comme Mombele, Mososo, etc.,

Dans la commune de Limete alors que les quartiers industriel et résidentiel au premier rang. Du temps du régime (A) MP(FCC)-PPRD, pour les localités du premier rang, la base du calcul était 1,50 franc fiscal (ff), pratiquement autant en dollars pour 1m², et 1ff/m² pour le deuxième rang, 0.50 ff pour le troisième rang, et 0.30 ff pour le quatrième rang.

Et concernant les immeubles, ceux se retrouvant dans les localités de rang 1, l’impôt foncier se tablait à 75 ff par étage pour les entreprises (personnes morales) et 11 ff donc 11 dollars pour les personnes physiques, et 37,5 dollars et 22,5 dollars pour le rang 2.
Mais dans le cadre de la grande échéance fiscale du 2 février 2026, les villas, les appartements, les immeubles à étage, les immeubles autres qu’à étage et les autres constructions appartenant aux personnes physiques situés dans les localités de 1er, 2ème, 3ème et 4ème rang sont imposés suivant des taux forfaitaires.

Leurs propriétaires sont tenus de payer un impôt qui varie de 10$ à 450 dollars suivant qu’on habite Kimbanseke, Matete, Kinshasa ou Gombe, a fait comprendre Magloire Kabemba, Ministre Provincial des Finances, économie et numérique dans le gouvernorat Union sacrée-UDPS dirigé par Daniel Bumba Lubaki.
Pour les personnes morales, l’impôt est basé sur la superficie bâtie, avec des taux allant de 1,8 à 3,5 USD par m² pour les non-immobilières et de 3 à 8 USD par m² pour les sociétés immobilières.

Les terrains non bâtis sont imposés forfaitairement de 10 à 250 USD pour les particuliers, et selon un taux au m² pour les personnes morales, variable selon la localisation et le type de société, a indiqué Magloire Kabemba. Pour mémoire, Kabemba est le tout premier DG de la Dgrk sous Révoqué en août 2009 suite , notamment à l’affaire des enfants jumeaux Fwelo dont la noyade lors d’une fête d’anniversaire en sa résidence est demeurée mystérieuse. Il en sera blanchi, puis reviendra aux affaires comme Ministre Provincial de l’agriculture. Arrive 2019, le FCC, son regroupement politique le contraint d’être le colistier de Gentiny Ngobila, Magloire Kabemba décline l’offre.

Octobre 2025, l’ancien Inspecteur des Impôts est nommé Ministre Provincial des Finances, économie et numérique par Bumba Lubaki. Une nomination diversement interprétée: pour beaucoup, par manque du personnel politique vertébré, le régime mené par l’UDPS, à défaut d’aller fouiller dans le dépotoir du FCC, n’a point d’autres choix que solliciter le concours des personnalités de l’ancien régime, peu importe leur “casier … politique”.

Et d’où vient que l’Impôt Foncier frise le terrorisme fiscal, pour reprendre l’expression de l’ex-patron des patrons, feu Jeannot Bemba Saolona?
Lorsque la conjoncture économique et budgétaire l’exige, le Ministre ayant les Finances dans
ses attributions est habilité à modifier les taux en matière de l’impôt foncier.

Et pourtant, la réalité est que les Kinois sont de plus en plus pauvres, le pouvoir d’achat s’est étiolé et réduit en peau de changrin. En outre, seize ans après le classement de la Dgrk des communes et quartiers en zones fiscales, une révision s’impose. Bon-marché, naguère quartier mosaïque, s’est vidé de tous ses Libanais, Chinois, indo-pakistanais.

Toutes ou presque les routes sont en lambeaux, les coupures de l’eau courante et de l’électricité règlent le quotidien des habitants, à chaque coin de rues champignonnent des bars de fortune comme à Makala le destin. Et en ce début d’année, quand le gouvernement central reconnaît avoir des difficultés pour payer ses agents et fonctionnaires, Bumba et Kabemba veulent jouer au Philippe Le Bel, ce monarque français du 13 ème siècle que l’on disait taxer « tout ce qui bougeait” tant pis si le peuple en crevait.

En son temps, plus d’une fois, Gentiny Ngobila avait prorogé l’échéance du paiement de l’Impôt Foncier et de l’Impôt sur les Revenus Locatifs. En tout état de cause, aucun Kinois n’a jamais été exproprié ou déchu de la nationalité ou encore licencié de son boulot ou privé de sa femme, son mari ou ses enfants pour défaut de paiement de l’impôt foncier.

Pold LEVI

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