Troisième mandat, révision constitutionnelle et dialogue national : sortir des émotions pour sauver la République (Tribune de Jonas Tshiombela, Avocat du peuple)

Dans cette 81ᵉ tribune de la série ” Révolution de la Conscience Révoltée “, Jonas Tshiombela, présenté comme « avocat du peuple », appelle les Congolais à dépasser les réactions émotionnelles autour du débat sur le troisième mandat, la révision constitutionnelle et le dialogue national en RDC. Alors que les déclarations du Président Félix-Antoine Tshisekedi relancent les tensions politiques à l’approche de 2028, l’auteur défend l’idée qu’aucune Constitution n’est intangible et que toute réforme institutionnelle doit pouvoir être discutée dans un cadre démocratique, légal et républicain. Entre crise sécuritaire, instabilité politique, corruption et défiance populaire, cette tribune plaide pour un débat national apaisé, centré sur l’intérêt supérieur de la Nation plutôt que sur les ambitions personnelles des acteurs politiques. La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.

En République Démocratique du Congo, le débat autour de la Constitution revient régulièrement comme un volcan politique prêt à entrer en éruption. La récente déclaration du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, affirmant qu’il n’a pas sollicité un troisième mandat mais qu’il l’accepterait si le peuple le demandait, a immédiatement provoqué une vague de réactions passionnelles, parfois excessives, dans la classe politique et l’opinion publique.

Pourtant, au-delà des émotions, des calculs politiciens et des procès d’intention, une vérité démocratique fondamentale mérite d’être rappelée : dans une République, aucun débat d’intérêt national ne devrait être interdit.

La Constitution actuelle de la RDC fixe clairement la limitation des mandats présidentiels. Cela est un fait juridique incontestable. Mais une autre vérité tout aussi importante existe : aucune Constitution n’est éternelle ni sacrée au point d’être soustraite au débat populaire. Une Constitution est une œuvre humaine conçue pour répondre à un contexte historique donné. Lorsqu’un peuple estime que certaines dispositions doivent être adaptées à de nouvelles réalités, il a le droit souverain d’en débattre dans le respect des procédures démocratiques.

C’est précisément ici que la déclaration du Chef de l’État prend toute son importance politique : elle ouvre le débat sur l’opportunité d’un dialogue national sérieux autour des réformes institutionnelles et constitutionnelles dont le Congo a peut-être besoin aujourd’hui.

Depuis plusieurs années, notre pays traverse des crises répétitives : contestations électorales, instabilité institutionnelle, conflits armés persistants, faiblesse de l’État, corruption systémique, instrumentalisation de la justice, fragmentation politique et crise de confiance entre gouvernants et gouvernés. Face à cette réalité, beaucoup de Congolais s’interrogent : notre architecture institutionnelle actuelle répond-elle encore efficacement aux défis du moment ? Poser cette question n’est pas un crime. Y répondre par le dialogue n’est pas une trahison. Ce qui serait dangereux pour la République, ce n’est pas le débat. Ce qui serait dangereux, ce serait le refus du débat, la fermeture politique, les intimidations réciproques et la confiscation de la parole citoyenne.

Les adversaires politiques du Président Tshisekedi ne devraient donc pas être traumatisés par une simple prise de position politique. Dans une démocratie, Félix Tshisekedi reste avant tout un citoyen congolais ayant le droit d’exprimer son opinion sur une question d’intérêt national. La démocratie ne peut pas être à géométrie variable : on ne peut pas réclamer la liberté d’expression pour l’opposition et la refuser au Chef de l’État. Le vrai enjeu n’est donc pas la peur d’un homme. Le vrai enjeu est la capacité du peuple congolais à organiser un débat mature, républicain et pacifique sur l’avenir de ses institutions.

Si demain un consensus national venait à émerger dans le cadre d’une révision partielle ou totale de la Constitution, conformément aux mécanismes légaux et démocratiques, alors un nouveau cadre juridique pourrait naître. Dans ce cas, les compteurs politiques pourraient être remis à zéro et tous les citoyens remplissant les conditions légales qu’il s’agisse de Joseph Kabila, de Félix Tshisekedi ou d’autres acteurs pourraient prétendre à nouveau à la magistrature suprême.

Voilà la vérité juridique et politique que beaucoup refusent d’assumer publiquement. Mais attention : toute réforme constitutionnelle doit impérativement être portée par l’intérêt supérieur de la Nation et non par des intérêts individuels ou des calculs de conservation du pouvoir. Une réforme imposée contre le peuple deviendrait une source de tensions et d’instabilité. Une réforme construite par le dialogue, le consensus et la souveraineté populaire pourrait au contraire renforcer durablement la République.

Le peuple congolais mérite mieux que les querelles stériles des élites politiques. Pendant que certains se déchirent sur 2028, la population continue de souffrir : insécurité dans l’Est, chômage massif des jeunes, pauvreté, pénurie d’électricité, crise de l’eau, corruption, routes impraticables et effondrement des services sociaux de base. La priorité devrait être de construire un Congo plus juste, plus stable et plus prospère.

Comme le dit la sagesse africaine : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre. » Le peuple congolais ne doit plus être cette herbe sacrifiée aux ambitions des uns et aux peurs des autres. L’heure est venue de remplacer les passions par la raison, les insultes par le dialogue et les menaces par le débat démocratique. Car au final, dans une République véritable, ce n’est ni l’opposition, ni le pouvoir, ni la rue qui décide seule. C’est le peuple souverain.

Jonas Tshombela, avocat du peuple

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