Dans cette 33ᵉ tribune de la série « Évangile qui dérange », Jonas Tshiombela analyse avec gravité la crise qui secoue la Communauté Presbytérienne de Kinshasa (CPK) et salue la décision historique prise par Église du Christ au Congo de rétablir l’ordre institutionnel au sein de cette communauté ecclésiastique. À travers une lecture critique et sans concession, l’auteur estime que l’annulation des assemblées générales contestées et l’appel à une réconciliation interne traduisent enfin le retour du courage, de l’autorité morale et du respect des textes au sommet de l’ECC. Entre dénonciation des dérives de pouvoir dans les Églises, plaidoyer pour la discipline institutionnelle et appel à la paix, cette tribune met en lumière les enjeux spirituels, sociaux et institutionnels d’une crise devenue emblématique de la fragilité des structures confessionnelles en RDC. La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.
La lettre signée par la Présidence Nationale de l’Église du Christ au Congo (ECC), datée du 12 Mai 2026, relative à la crise au sein de l’ECC/32ème CPK, marque un tournant important dans la gestion des conflits internes des communautés ecclésiastiques en République Démocratique du Congo.
Au-delà d’un simple acte administratif, ce document révèle une prise de conscience tardive mais salutaire de la gravité de la crise qui gangrène depuis plusieurs années la Communauté Presbytérienne de Kinshasa (CPK). L’ECC nationale a finalement décidé de regarder la réalité en face : violation des textes, bipolarisation du leadership, conflits de légitimité, instrumentalisation des assemblées générales, confusion dans les procédures électives et climat de division profonde.
Cette lettre constitue donc un aveu implicite d’échec collectif, mais également un acte de courage institutionnel.
Pendant longtemps, beaucoup ont reproché à l’ECC nationale son silence, sa prudence excessive ou son incapacité à trancher avec fermeté dans les conflits internes de certaines communautés membres. Le cas de la CPK devenait progressivement un symbole inquiétant de l’effritement de l’autorité morale des institutions religieuses congolaises. Deux camps se disputant la légitimité, deux assemblées générales concurrentes, des textes contestés, des exclusions et des tensions internes : la situation devenait explosive et risquait de discréditer toute l’institution ecclésiastique.
Face à cette dérive, le comité Exécutif National de l’ECC a finalement pris ses responsabilités historiques
En annulant les assemblées générales électives organisées en violation des textes, en reconnaissant l’existence d’une bicéphalie dangereuse à la tête de la Communauté et en ordonnant une Assemblée Générale extraordinaire de réconciliation et de révision des textes, l’ECC pose un acte de restauration de l’ordre ecclésiastique et de la légalité institutionnelle.
C’est un signal fort
Car aucune institution, même religieuse, ne peut survivre durablement dans le désordre, l’arbitraire et la personnalisation du pouvoir. L’autorité spirituelle perd toute crédibilité lorsqu’elle devient incapable d’imposer le respect des règles qu’elle-même a établies.
Cette décision démontre également qu’il est possible, même dans un contexte de fortes tensions, de privilégier la paix, le dialogue et la réconciliation plutôt que l’escalade des divisions.
Cependant, cette résolution soulève aussi plusieurs questions fondamentales
Pourquoi avoir attendu que la crise atteigne un niveau aussi critique avant d’agir ? Pourquoi les mécanismes internes de prévention et de médiation n’ont-ils pas fonctionné plus tôt ? Comment expliquer que des violations aussi graves des textes aient pu se produire sous le regard des instances supérieures de l’ECC ?
Le silence prolongé des autorités religieuses a parfois favorisé l’enracinement des frustrations, des rivalités personnelles et des logiques de camps. Dans certaines communautés religieuses congolaises, la lutte pour le contrôle des structures ressemble de plus en plus à des batailles politiques classiques, où les ambitions personnelles prennent le dessus sur la mission spirituelle.
Voilà le vrai danger
Lorsque les Églises deviennent des espaces de conquête de pouvoir, elles cessent progressivement d’être des lieux de témoignage moral, de justice et de rassemblement spirituel.
La crise de la CPK doit donc servir de leçon à toute l’ECC et, plus largement, aux institutions confessionnelles de la RDC. Les textes doivent être respectés. Les mandats doivent avoir des limites claires. Les mécanismes électoraux doivent être crédibles, transparents et consensuels. Les conflits internes doivent être traités rapidement avant qu’ils ne dégénèrent en fractures institutionnelles.
Il faut saluer ici le courage du Président National de l’ECC et du Comité Exécutif National d’avoir finalement choisi l’autorité plutôt que la complaisance. Cette décision ne fera pas plaisir à tout le monde, mais une institution sérieuse ne gouverne pas selon les émotions des camps rivaux ; elle gouverne selon les principes, les textes et l’intérêt supérieur de la communauté.
Il faut également souligner que la résolution évoque des mesures concrètes de décrispation, notamment la réouverture des bureaux administratifs ainsi que le paiement des arriérés de salaires de certains agents et membres du staff. Ces décisions démontrent que la Présidence nationale de l’ECC ne cherche pas seulement à imposer l’autorité des textes, mais également à restaurer un climat humain et social apaisé au sein de la CPK. Car derrière les conflits de leadership et les querelles institutionnelles, il y a aussi des familles, des travailleurs, des serviteurs de Dieu et des fidèles qui subissent depuis longtemps les conséquences de cette crise.
Tout devient possible lorsqu’il existe de part et d’autre une réelle volonté de rechercher sincèrement la réconciliation, le pardon et la stabilité de l’Église. Aucun camp ne sortira vainqueur d’une logique de destruction mutuelle. La véritable victoire sera celle de la paix, du dialogue, du respect mutuel et du retour au fonctionnement normal de la Communauté dans l’intérêt supérieur des fidèles et de l’œuvre de Dieu.
Il convient également de prévenir avec fermeté que tout camp qui choisirait de s’opposer à cette démarche de réconciliation, de défier les résolutions du Comité Exécutif National ou de maintenir une logique de confrontation personnelle portera une lourde responsabilité devant l’histoire de l’Église et devant les fidèles. À partir du moment où l’ECC nationale a pris une position officielle visant le retour à l’ordre, à la paix et au respect des textes, toute attitude de défiance, de manipulation ou de maintien d’une administration parallèle ne pourra plus être considérée comme une simple divergence interne, mais comme une volonté délibérée de fragiliser l’institution ecclésiastique.
Dans ces conditions, si certains persistent dans l’entêtement et le refus d’obtempérer, la justice devra inévitablement être saisie afin de faire prévaloir le droit, protéger l’ordre institutionnel et empêcher que l’anarchie ne s’installe durablement au sein de la CPK. Car aucune organisation sérieuse ne peut survivre sans discipline, sans respect des décisions légales et sans mécanismes de sanction contre ceux qui choisissent consciemment la division et le désordre.
L’heure est désormais à la sagesse, à l’humilité et à la réconciliation
La CPK ne peut sortir grandie de cette crise que si chaque camp accepte de privilégier l’intérêt de l’Église au-dessus des ambitions personnelles. La restauration de l’unité doit devenir la priorité absolue.
Car une Église divisée affaiblit son témoignage
Et dans un Congo déjà profondément fragilisé par les crises politiques, sociales et sécuritaires, le peuple a besoin d’institutions religieuses fortes, crédibles, justes et capables d’incarner la paix qu’elles prêchent.
L’ECC vient de poser un acte important. Il lui reste maintenant à aller jusqu’au bout avec cohérence, impartialité et fermeté. Car dans les moments de crise, la neutralité excessive devient parfois une forme de faiblesse. Une autorité morale digne de ce nom doit savoir dialoguer, écouter, réconcilier, mais aussi décider et faire respecter ses décisions.
L’histoire retiendra peut-être que face au risque d’implosion de la CPK, l’ECC aura finalement choisi le courage plutôt que le silence.
Jonas Tshombela, serviteur des pauvres
