Kinshasa : Le mur derrière l’immeuble administratif de l’ONATRA, le « couloir ammoniac » qui interpelle les autorités

Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, est confrontée à un problème d’assainissement qui saute aux yeux dans certains espaces publics. Derrière l’immeuble administratif de l’ONATRA, en plein cœur de la ville, un mur s’est progressivement transformé en véritable urinoir à ciel ouvert, au grand désarroi des riverains et des passants. Une situation qui soulève des interrogations sur l’entretien des espaces publics, l’hygiène urbaine et la responsabilité des différents services concernés.

À quelques mètres seulement des bureaux et installations administratives, le spectacle est peu reluisant. Le mur situé derrière l’immeuble administratif de l’Office National des Transports (ONATRA) est devenu, au fil du temps, un lieu où de nombreux passants viennent vider leur vessie sans la moindre gêne.
Les traces d’urine, les odeurs particulièrement nauséabondes et les immondices qui s’y accumulent donnent à cet endroit l’allure d’un véritable sanitaire public à ciel ouvert.

Certains Kinois n’hésitent d’ailleurs plus à qualifier cet espace de « couloir ammoniac », tant l’odeur qui s’en dégage est devenue persistante.
Le plus préoccupant demeure l’apparente banalisation de cette situation. En journée, des personnes continuent d’utiliser ce mur comme urinoir, alors même que l’endroit se trouve à proximité d’importantes installations administratives et de plusieurs habitations.

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Un caniveau transformé en dépotoir

À cette situation s’ajoute celle d’un caniveau laissé à l’abandon devant plusieurs maisons occupées, pour certaines, par des hauts cadres de l’ONATRA, notamment des directeurs.
Au lieu de remplir sa fonction d’évacuation des eaux, cet ouvrage est devenu un véritable dépotoir public. Déchets ménagers, immondices et autres détritus y sont abandonnés, accentuant davantage l’insalubrité du milieu.

Cette situation pose une question simple, mais essentielle : comment un espace aussi proche des bâtiments administratifs et des résidences de hauts responsables peut-il être laissé dans un tel état ?
Au-delà de l’aspect esthétique, le problème est avant tout sanitaire et environnemental. La stagnation des déchets, les mauvaises odeurs et l’exposition permanente aux urines constituent une source potentielle de nuisances pour les riverains et les usagers de cette voie.

L’argent public investi, mais des espaces abandonnés

Cette situation interpelle également sur l’utilisation et l’entretien des infrastructures financées sur fonds publics.
Il est difficile de comprendre que des ressources importantes puissent être mobilisées pour construire ou réhabiliter des infrastructures, alors que certains ouvrages élémentaires, comme les caniveaux, peuvent ensuite être abandonnés jusqu’à devenir des dépotoirs.
Quel gâchis d’argent public lorsque les infrastructures réalisées ne sont pas entretenues et finissent par perdre leur fonction première ? La question mérite d’être posée aux services municipaux, aux autorités urbaines chargées de l’assainissement, aux responsables de l’ONATRA ainsi qu’à tous les acteurs concernés par la gestion de cet espace.

Des salons de coiffure en plein air à proximité

Autre paradoxe : à proximité immédiate de cette zone insalubre, des activités commerciales, notamment des salons de coiffure installés en plein air, continuent de fonctionner.
Cette cohabitation entre activités commerciales, déchets, eaux stagnantes et odeurs d’urine crée un environnement particulièrement peu propice au bien-être des personnes qui y travaillent comme de celles qui fréquentent les lieux.
La question n’est donc plus seulement celle d’un mur mal entretenu. Elle renvoie à une problématique plus large : celle de la gestion des espaces publics dans une ville qui aspire à améliorer son image et son cadre de vie.

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Pourtant, des toilettes publiques existent à quelques mètres

Le paradoxe est d’autant plus saisissant qu’à quelques encablures de là, à proximité des installations de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) situées sur le boulevard du 30 Juin, des installations hygiéniques publiques sont disponibles à un prix abordable.
Pourquoi, dès lors, continuer à transformer les murs et les caniveaux en toilettes improvisées ?
La réponse passe évidemment par la responsabilité individuelle des citoyens. Uriner sur la voie publique est une pratique qui contribue directement à la dégradation du cadre de vie. Mais cette responsabilité individuelle ne dispense pas les pouvoirs publics de leur devoir d’organiser, d’entretenir et de rendre accessibles des installations sanitaires publiques adaptées.

Une interpellation à plusieurs niveaux

Cette situation constitue ainsi une interpellation à l’endroit de plusieurs catégories d’acteurs.
Aux autorités municipales et urbaines, il revient de veiller à l’assainissement régulier des espaces publics, au curage des caniveaux et à la lutte contre les dépotoirs sauvages.
Aux responsables de l’ONATRA, il appartient également de s’interroger sur l’état des espaces situés autour de leurs bâtiments et sur les conditions dans lesquelles vivent ou travaillent les riverains de leur patrimoine immobilier.
Aux habitants et usagers, il est nécessaire de rappeler que la propreté d’une ville ne dépend pas uniquement des autorités. Le respect des espaces publics constitue également un devoir citoyen.

Enfin, aux services chargés de l’hygiène et de l’assainissement, cette situation devrait servir de signal d’alarme afin qu’une intervention soit envisagée avant que ce « couloir ammoniac » ne devienne un problème sanitaire plus important.
Kinshasa mérite mieux
Kinshasa ne peut prétendre à une véritable modernisation de son cadre de vie si des endroits aussi visibles continuent de servir de toilettes et de dépotoirs à ciel ouvert.
Derrière l’immeuble administratif de l’ONATRA, le problème est désormais suffisamment visible pour ne plus pouvoir être ignoré.

Un mur n’est pas une toilette. Un caniveau n’est pas un dépotoir. Et un espace public n’est pas un territoire sans responsable.
L’urgence est donc de passer du constat à l’action : nettoyer, curer, désinfecter, sécuriser l’espace et, surtout, empêcher que les lieux ne redeviennent rapidement ce qu’ils sont aujourd’hui.
Car au-delà des odeurs et des immondices, c’est aussi l’image de Kinshasa, le respect du citoyen et la gestion des biens publics qui se trouvent interpellés.

La rédaction

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