Qui a trahi, trahira: Pweto, quand Kabila tenait à passer Joseph par les armes

 » Cette guerre finira d’où elle est venue! ». Laurent-Désiré Kabila dit LDK ou encore M’zee le répétait, sans cesse, tel Caton avec son « Delenda Carthago! ». Le tombeur de Mobutu avait sans doute bien compris, mais tardivement, que ses alliés ne se contenteraient même pas de fameux accords de Lemera – révision du tracé frontalier des Kivu en faveur du Rwanda- dont seul Kigali détiendrait l’unique copie en anglais, mais tiennent à faire comme la Belgique:
coloniser le Congo. (Le chef de la rébellion inféodée au Rwanda, FRN ex-AFC/M23, dit également conserver l’unique copie du deal de l’escroquerie électorale qu’il aurait conclu avec Félix Tshisekedi).

Pour retourner la guerre d’où elle est venue, Kabila s’est doté les moyens de son audace: une armada composée notamment des obusiers, canons, mortiers lourds, automoteurs, systèmes de lance-roquettes multiples (LRM), véhicules de combat d’infanterie (VCI) et plus de 300 chars dont les fameux T55 de Morozov couvert d’un blindage acier soudé et moulé de 205 mm sur l’avant de la tourelle et 100 mm sur le glacis incliné et doté d’un moteur diesel V-55 à 12 cylindres de 580 chevaux, d’un canon rayé D-10T2S de 100 mm pouvant lancer 43 obus en un laps de temps, et deux mitrailleuses, l’une coaxiale de 7,62 mm (SGMT) et l’autre anti-aérienne de 12,7 mm (DShK). À Kinshasa, le journaliste Thierry Kyalumba, qui avait revelé cette acquisition comme pour vanter les Forces armées congolaises (FAC), futures FARDC, sera arrêté pour divulgation des secrets militaires. Hospitalisé, il finira par s’enfuir du pays, à partir de l’hôpital Mama Yemo.

Le T55 a, en effet, une vitesse de 50 km/h et une autonomie de 500 km! En clair, il suffirait de faire seulement deux fois le plein du carburant, pour atteindre le Rwanda à partir de Pweto, localité située dans le nord-est de l’actuel Haut-Katanga, sur la frontalière zambienne, sur la rive nord-ouest du lac Moero et reliée par la route nationale n° 5 (RN5) à Lubumbashi, Kalemie, Baraka et Bukavu. C’est ici que Laurent-Désiré Kabila avait amassé son impressionnant arsénal et des centaines des FAC soutenus par un contingent zimbabwéen. L’offensive devrait être menée par le chef d’état-major des Forces terrestres, le général-major Joseph, [ on l’appelait ainsi, même quand, à la suite de l’assassinat de Kabila, l’aide de camp de Laurent-Désiré Kabila, le colonel Eddy Kapend, lui a ordonné, en direct à la RTNC, dans la nuit du 16 janvier 2001, de fermer les frontières terrestres ».

Le patronyme de Kabila n’a été connu qu’aux avant- veilles de sa prestation de serment, le 26 Avril 2001, après qu’Aimé Ngoy Mukena, docteur en philosophie politique et prof à l’université de Lubumbashi, nommé DG de la RVA en 1999 (et plus tard ministre des Hydrocarbures puis de la Défense et mort empoisonné, le 22 Mai 2022 au lendemain d’une entrevue avec le Président Félix-Antoine Tshisekedi), ne lui fabrique une greffe dans l’arbre généalogique de Laurent-Désiré Kabila].
Fin Novembre 2000, alors que depuis Kinshasa, Laurent-Désiré Kabila attend les nouvelles du début de la contre-offensive foudroyante des FAC et alliés, la bataille n’a pas lieu.

Sans doute informées et même guidées par une taupe dans le commandement des FAC, les troupes rwandaises, fer de lance de la rébellion du RCD/Goma, ont, en effet, pris les troupes loyalistes en étau. Au 4 Décembre, les soldats rwandais avaient fini de recupérer tous les matériels militaires abandonnés par les FAC dans leur fuite vers la Zambie. Chargé des opérations au Katanga, et adjoint de Joseph, John Numbi a réussi quand même à mettre hors usage certains matériels avant de rejoindre Joseph dans un hélicoptère pour la Zambie.

À la suite des rapports sur la débâcle lui transmis, Laurent-Désiré Kabila tient Joseph pour responsable de la débandade, et par conséquent coupable de trahison. Les événements actuels marqués par la création d’une rébellion à la solde de Kigali par Joseph, donnent à croire que Laurent-Désiré Kabila avait vu juste. Les pressions sur LDK l’ont cependant contraint à épargner Joseph du peloton d’exécution. Kinshasa est, en effet, accablé par des rapports des ONG sur des accusations d’homicides gratuits des civils et soldats tutsis. Passer Joseph par les armes passerait pour une
preuve flagrante. Et pourtant, le recruteur des enfants soldats (Kadogo) et co-fondateur de l’Afdl, Masasu Nindaga, a été traîné de Kinshasa à Pweto, pour y être massacré comme pour servir d’exemple à toute tentative de traîtrise. LDK décide de congédier Joseph de l’armée.

Certaines sources attestent qu’il a plutôt une mise en disponibilité pour poursuivre sa formation en Chine. Colette Braeckman dans « Vers la deuxième indépendance du Congo » et Freddy Mulongo, dans son ouvrage, « En toute liberté, Tome II : Citoyenneté, Droits et Libertés » décrivent mieux ces évènements.
C’est pourtant de la Chine que le commandant Joseph, avait été rappelé par LDK, mi- 1998 quand éclate la deuxième guerre d’invasion camouflée dans la rébellion RCD, pour être bombardé, le 15 Août 1998, Chef d’Etat-Major des Forces Armées Congolaises (FAC) et chargé des opérations en vue de coordonner la défense face à l’avancée des troupes rwandaises et du RCD venant du Kongo central vers Kinshasa. Ignorance ou traîtrise dans l’objectif d’occasionner une grave bavure? Des chars de l’armée zimbabwéenne venue en aide à la RDC seront désorientés par le commandement des opérations des FAC. Ils sont dirigés vers des quartiers en aval de Ngomba Nkinkusa, dans la banlieue de Ngaliema, densément peuplée.

Sur la place Wangu, des habitants se rappellent encore de cette folle journée où beaucoup, pour la première fois, avaient vu un char de combat. L’opération a été arrêtée juste suite à l’intervention de certains officiers ex-FAZ, essentiellement katangais, récupérés par LDK. Il sera plus tard distillé dans l’opinion que les Zimbabwéens disposaient de la carte de Kinshasa des années 70, à l’époque, ce pan de Ngaliema n’était que brousse. Mais pour LDK, le nouveau Chef d’Etat-Major des FAC n’est pas à la hauteur de ses fonctions. Nommé mi-Août, Joseph est limogé deux mois après et remplacé, le 20 Octobre 1998, par le colonel Eddy Kapend. (…). Après la débâcle de Pweto, le 4 Décembre 2000, Joseph ne verra plus son « père » que dans son cercueil, le 21 Janvier 2001.

Assassiné le 16 Janvier 2001, la dépouille de LDK a été évacuée vers Harare, au Zimbabwé puis rapatrié, 5 jours après à de sa dépouille à Kinshasa, après une escale à Lubumbashi. Retranché à Lusaka, ramené à Lubumbashi puis à Kinshasa, « Mtwale », « Afande Hyppo », comme l’appelait l’entourage du Rwandais James Kabarebe, son précurseur et premier Chef d’Etat-Major des FAC (17 Mai 1997-27 Juillet 1998), Joseph sera fait Président sous le nom de Kabila Kabenge par le cercle restreint des BakubaKat qui contrôlaient l’impérium à la mort de LDK, selon l’institut de recherche GRIP. Alors que ses origines congolaises sont mises en doute à Kinshasa et même à Lubumbashi par les autres enfants de LDK, à Goma, un communiqué de la rébellion RCD dénie les origines tutsies à Joseph et le déclare nouveau chef d’un groupe armé basé à Kinshasa.

Pold LEVI

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