Campagne « Oui, je le veux » pour le changement de la Constitution : les femmes âgées au cœur d’une polémique sur la jeunesse

La présence de plusieurs femmes âgées parmi les participants le mercredi 12 Août à la campagne en faveur du « Oui , je le veux» au changement de la Constitution, initiée par la ministre de la Jeunesse et Éveil patriotique, Grâce Kuthino, suscite des réactions contrastées dans l’opinion congolaise.
Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent notamment des femmes visiblement âgées au milieu de la foule venue répondre à l’appel de cette campagne. Ces séquences ont rapidement alimenté le débat sur la composition du public mobilisé autour d’une initiative présentée notamment comme une démarche portée par la jeunesse congolaise.

Pour certains observateurs qui n’approuvent pas cette démarche, la présence de personnes âgées dans une mobilisation associée à la jeunesse constitue un paradoxe. Ils estiment que ces images pourraient brouiller le message de la campagne et donner l’impression d’une mobilisation qui ne correspondrait pas entièrement à la cible annoncée. Mais cette lecture mérite d’être nuancée.
Un adage populaire veut que « la jeunesse va de 7 à 77 ans ».

Cette formule, qui ne constitue évidemment pas une définition juridique de la jeunesse, traduit néanmoins une conception plus large de cette notion : celle d’une jeunesse fondée aussi sur l’état d’esprit, l’engagement, l’espoir et la capacité à se projeter dans l’avenir. Dès lors, la présence de femmes âgées dans une telle mobilisation ne saurait, à elle seule, suffire à remettre en cause la portée de la campagne. Leur âge ne les prive ni de leur qualité de citoyennes, ni de leur droit de participer au débat public, encore moins de leur capacité à défendre une vision de l’avenir de leur pays.

Quand l’intérêt général dépasse les générations

Être concerné par les intérêts généraux de l’État et par l’avenir de la nation ne constitue pas un privilège réservé à une catégorie d’âge. Les grandes questions politiques, institutionnelles et sociales concernent l’ensemble de la population.
L’histoire politique récente de la France offre, à cet égard, un exemple particulièrement parlant. Lors de l’élection présidentielle de 2002, la qualification de Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national (FN), pour le second tour face à Jacques Chirac avait provoqué une forte mobilisation dans le pays.

Des lycéens et de très jeunes manifestants, séchant les cours, avaient notamment pris part aux rassemblements contre la progression de l’extrême droite.
Cette mobilisation de différentes générations, y compris de très jeunes citoyens qui n’avaient évidemment pas encore l’âge légal de voter, témoignait d’une réalité : on peut être directement concerné par l’avenir politique de son pays sans disposer nécessairement du droit de vote.

Au second tour, Jacques Chirac avait finalement été largement réélu face à Jean-Marie Le Pen, avec plus de 82 % des suffrages exprimés. La mobilisation républicaine qui avait précédé le scrutin avait marqué durablement la vie politique française.
Cet épisode rappelle que la participation citoyenne ne se limite pas toujours à l’exercice du droit électoral. Un adolescent qui manifeste, un lycéen qui prend position, une personne âgée qui participe à un rassemblement ou un citoyen qui exprime publiquement son opinion peuvent tous contribuer, à leur manière, au débat sur l’avenir collectif.

Il convient toutefois de distinguer participation citoyenne et participation électorale : les personnes qui n’ont pas l’âge légal de voter ne prennent pas part au scrutin, mais elles peuvent parfaitement exprimer une opinion, manifester ou soutenir une cause politique.

Des femmes âgées, mais des citoyennes concernées

C’est dans cette perspective que peut être appréciée la présence des femmes âgées dans la campagne en faveur du « Oui » au changement de la constitution ou sa modification. Elles ne sont pas nécessairement là pour « représenter la jeunesse » au sens démographique du terme. Elles peuvent simplement être présentes en tant que femmes congolaises, citoyennes et membres de la société, concernées par les choix qui engageront l’avenir de la République Démocratique du Congo. Leur participation peut ainsi être interprétée comme une expression de soutien intergénérationnel.

Les enjeux constitutionnels ne s’arrêtent pas aux frontières de l’âge, bien que la cible et l’échantillon était la jeunesse congolaise : ils concernent les enfants qui grandissent aujourd’hui, les jeunes qui construisent leur avenir, les adultes qui travaillent et les personnes âgées qui ont également intérêt à voir leur pays évoluer dans la direction qu’elles souhaitent. La question pourrait donc être posée autrement : faut-il apprécier une mobilisation de la jeunesse uniquement à partir de l’âge des personnes qui y participent, ou également à partir de la cause qu’elles défendent et de leur volonté de prendre part au débat national ?
Les défenseurs de la campagne privilégient manifestement la seconde approche.

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« La jeunesse va de 7 à 77 ans »

Dans cette logique, l’adage selon lequel « la jeunesse va de 7 à 77 ans » prend tout son sens. Il s’agit moins d’une référence statistique que d’une manière imagée de rappeler que la jeunesse peut aussi être un état d’esprit.
L’énergie, l’espoir, l’engagement et la volonté de participer à la transformation de la société ne disparaissent pas automatiquement avec l’âge. Une personne âgée peut continuer à porter des idées nouvelles, à soutenir des réformes et à s’intéresser activement à l’avenir de son pays.

Cela ne signifie évidemment pas que les catégories officielles de la jeunesse doivent être ignorées. Sur le plan démographique et institutionnel, les tranches d’âge sont clairement définies. Mais lorsqu’il est question de mobilisation citoyenne, la participation de personnes appartenant à différentes générations peut être considérée comme une manifestation de l’intérêt collectif.
La politique concerne tout le monde
Cette réalité renvoie également à un principe simple : lorsqu’on ne s’occupe pas de la politique, c’est la politique qui finit par s’occuper de soi.

Les décisions prises par les institutions ont des conséquences sur la vie quotidienne de tous les citoyens. Elles influencent l’éducation, l’économie, la sécurité, les infrastructures, la protection sociale et, plus largement, l’organisation de l’État.
Il serait donc difficile de soutenir que les personnes âgées devraient rester à l’écart d’un débat et l’engagement des jeunes portant sur l’avenir constitutionnel du pays au seul motif qu’elles ne correspondent plus à la catégorie statistique de la jeunesse. La présence de ces femmes âgées peut même être lue comme le signe d’un débat qui dépasse les générations. Elles ne sont peut-être pas « jeunes » au sens administratif du terme, mais elles demeurent des citoyennes concernées par l’avenir de la République Démocratique du Congo.

Une polémique qui dépasse finalement la question de l’âge

La controverse autour de ces images reste néanmoins compréhensible sur le terrain de la communication politique. Les détracteurs de la campagne peuvent légitimement s’interroger sur la cohérence entre une mobilisation présentée comme celle de la jeunesse et la présence de personnes âgées dans la foule.
Mais cette critique ne suffit pas nécessairement à invalider la motivation individuelle des participantes. Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir pourquoi des femmes âgées sont présentes parmi les participants, mais pourquoi leur présence devrait les exclure d’un débat qui concerne l’avenir de leur propre pays.

L’exemple français de 2002 montre d’ailleurs que l’engagement autour d’un enjeu politique majeur peut dépasser les catégories électorales. Des jeunes trop jeunes pour voter avaient alors manifesté contre l’extrême droite, parce qu’ils estimaient être concernés par l’avenir de leur pays.
En République Démocratique du Congo, les femmes âgées qui participent aujourd’hui à une campagne politique peuvent, de la même manière, considérer qu’elles ont leur mot à dire sur les grandes orientations institutionnelles du pays.

La jeunesse peut être une tranche d’âge ; elle peut aussi être un état d’esprit. Et l’intérêt pour la nation, lui, n’a pas d’âge.
Au-delà de la polémique suscitée par ces images, une chose demeure : lorsqu’il s’agit de l’avenir d’un État, chaque génération a le droit de s’intéresser au débat, d’exprimer ses convictions et de prendre position, dans le respect des règles démocratiques.

Lionel IPAKALA Y.

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