Après quatorze années passées en détention, le colonel Daniel Mukalay a recouvré la liberté dans le cadre de l’affaire du double assassinat de Floribert Chebeya et de la disparition de son chauffeur Fidèle Bazana, survenus en Juin 2010 à Kinshasa. Condamné à 15 ans de prison en appel, l’ancien officier de la Police Nationale Congolaise avait été détenu à la prison centrale de Makala.

Le rôle de Mukalay au cœur du dossier
Au moment des faits, Daniel Mukalay occupait des responsabilités au sein des services de renseignements et services spéciaux de la PNC. La justice militaire l’avait notamment retenu dans le dispositif ayant conduit à la venue de Floribert Chebeya à l’Inspection Générale de la Police, le 1er Juin 2010, quelques heures avant que le défenseur des droits humains ne soit retrouvé mort dans son véhicule à Mitendi, dans la commune de Mont Ngafula.
Le jugement rendu en première instance en Juin 2011 avait initialement condamné Mukalay à la peine capitale. La Haute Cour Militaire a ensuite ramené sa peine à 15 ans de prison en Septembre 2015, en tenant compte de circonstances atténuantes. Les pièces du procès font également état de son implication retenue dans l’arrestation et la détention arbitraire de Fidèle Bazana, dont le corps n’a, à ce jour, jamais été retrouvé.

Chebeya-Bazana, une affaire toujours ouverte dans la mémoire judiciaire congolaise
Le dossier Chebeya-Bazana demeure l’une des affaires criminelles les plus marquantes de l’histoire récente de la RDC. Floribert Chebeya, figure de la défense des droits humains et Directeur Exécutif de la Voix des sans voix (VSV), avait répondu à une convocation à l’Inspection Générale de la Police le 1er Juin 2010. Son corps sera retrouvé le lendemain dans son véhicule, à Mitendi. Son chauffeur, Fidèle Bazana, qui l’accompagnait, est depuis lors porté disparu.
Le procès militaire ouvert à Kinshasa avait abouti, en 2011, à plusieurs condamnations, dont celles de Daniel Mukalay, Christian Ngoy Kenga Kenga, Paul Mwilambwe et Jacques Mugabo à la peine capitale, tandis que Michel Mwila wa Kubambo avait été condamné à la perpétuité. Trois autres policiers avaient été acquittés.
En appel, la peine de Daniel Mukalay a été ramenée à 15 ans. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont toutefois continué à considérer que des zones d’ombre subsistaient, notamment sur les responsabilités à différents niveaux de la chaîne de commandement et sur le sort de Fidèle Bazana.

Une libération qui ne referme pas le dossier
La remise en liberté de Daniel Mukalay marque ainsi la fin de son parcours carcéral, mais pas nécessairement celle des interrogations entourant le double meurtre , qualifié de crime d’État par plusieurs observateurs de droit de l’homme. En Juillet 2025, plusieurs organisations de défense des droits humains ont encore appelé à ce que toute la lumière soit faite sur les responsabilités demeurées, selon elles, inexpliquées.
Quinze ans après le procès initial, la disparition de Fidèle Bazana et les circonstances exactes de la mort de Floribert Chebeya continuent donc de peser sur la mémoire judiciaire congolaise. La libération de colonel Daniel Mukalay remet, une nouvelle fois, cette affaire emblématique au centre du débat sur la recherche de la vérité et la lutte contre l’impunité en RDC.
Lionel IPAKALA Y.
