Finances, la survie à l’informel et la tentation de la planche à billets

Selon la BCC, 14% de la masse monétaire échappe au circuit bancaire. Dieu merci ! N’eut été cela, ce serait déjà le suicide collectif à Kinshasa. Jamais l’informel ne s’est avéré aussi utile que salutaire, la dernière bonbonne de gaz qui maintient en survie des centaines des milliers des Congolais.

D’après la Revue internationale des dynamiques sociales, fin 2025, en République Démocratique du Congo, le secteur informel domine l’économie, représentant entre 60% et 88% des activités économiques et agissant comme principal moteur d’emploi. La résistance et la ténacité des Congolais face au régime de sécheresse financière imposé par le Gouvernement, prouve à suffisance le désintérêt de la grande majorité de la population active vis-à-vis des actions et promesses de l’exécutif dans le domaine économique et financier.

C’est là le mal congolais. L’inertie, l’inaction, les mouvances syndicales sont aphones, même pas la moindre menace de grève, et l’opposition politique en plein marasme comme désemparée, les leaders d’opinion religieux sont soit rangés derrière le pouvoir soit préoccupé le plus sur des questions purement politiciennes.

Pendant ce temps, le ministre des Finances, Doudou Fwamba , toujours imbu de lui-même, se targue d’avoir ramené le taux d’inflation à 2,3%, et André Wameso, le Gouv peu-m’en-chaut de la BCC se bombe aussi le torse en parlant de dernières projections du Comité permanent de cadrage macroéconomique, qu’en 2026 l’économie congolaise devrait enregistrer un taux de croissance estimé à 6,2 %, confirmant la dynamique de reprise… De quelle relance peut-il être question quand l’opinion des ménages est au plus bas, l’administration publique est aux abois, l’oisiveté et le chômage des jeunes offrent des opportunités d’emplois dans le grand-banditisme et les crimes organisés, les femmes mariées se desorientent dans la prostitution, etc…

Le dernier sondage de Target indique que la classe moyenne s’est totalement effondrée et reléguée dans la division des Misérables. Janvier 2026, sur des prévisions des recettes de l’ordre de 1.953,4 milliards de CDF, il n’a été mobilisé qu’à peine 1.632,1 milliards de CDF, soit une baisse de 321,3 milliards de CDF.

Pour autant , la BCC a fait d’une explosion étrange des dépenses de fonctionnement des institutions politiques, en clair la présidence et les ministères, soit 531 millions USD décaissés en faveur de ” leurs excellences” entre le 1er et le 22 Janvier 2026. La réduction du train de vie des institutions politiques n’est donc qu’un discours attrape-nigaud.

Au contraire, l’on assiste dépenses en mode TGV ! La paie du mois de Janvier 2026 de l’administration publique, par ailleurs, n’est intervenue que le 17 Février, grâce aux des emprunts laborieusement obtenus par le ministère des Finances.

Au Congo, l’austérité budgétaire, le principe de ” serrer la ceinture” ne s’appliquent qu’au salariat, au Congo d’en bas ! Au mois de Février 2026, les recettes publiques atteignent 1.649 milliards de CDF mais les dépenses dépassent 1.998 milliards sans que la fonction publique et autres structures étatiques ne soient payés, en dehors de forces de l’ordre ( FARDC et PNC) et les enseignants. Une fois encore, le Congo d’en haut a été priorisé et mieux loti!

Tous ou presque, les membres du gouvernement sont en dehors du pays, dans leur suite, une cohorte des membres de cabinets et proches parents. Frais de mission garantis! Pour ceux du Congo d’en haut, la poignée de ceux qui nous dirigent avec dédain et défi, c’est plutôt la dolce vita.

Début Mars, la première ministre Judith Suminwa Tuluka, la ministre du genre, famille et enfants ont traversé la Tshangu pour l’aéroport de N’djili d’où elles se sont envolées pour les USA , aucune d’elles n’a trouvé utile de faire un petit détour dans la banlieue de la N’sele pour une visite de réconfort à la famille dont une petite fille a été tuée par balles par des criminels ! Si le drame, l’infanticide, s’était déroulé sous d’autres cieux, tout le Gouvernement se serait mobilisé, particulièrement le premier ministre – qui puis est une femme -, le ministre de l’intérieur, celui de la justice, la police, les services d’intelligence, le procureur général de la République !

Hélas. Le seul trait caractéristique commun et circonstanciel, à de grandes exceptions près, entre le Congo d’en bas et d’en haut,
c’est la rareté de la liquidité. Il s’impose une planche à billets ! La Banque Centrale Européenne (BCE) l’a démontré, planche à billets n’équivaut pas forcément à l’effondrement du cadre macroéconomique et l’irruption de l’inflation.

Si et seulement si, la masse de monnaie injectée porte sur le strict nécessaire, si la Banque centrale et le Gouvernement n’en profitent pour se livrer à une surproduction de la monnaie à des fins personnels et égoïstes comme du temps de Mobutu ou à payer des dettes imaginaires, si la BCC s’engage à augmenter les taux d’intérêts afin de réduire la demande et assainir les finances publiques en gelant notamment le financement des établissements publics récemment créés, inutiles et très budgétivores. Et concernant l’inflation , toute bonne conscience le sait, Wameso a fait fausse route en rabattant le taux de change autour de 2.200 CDF/$.

D’ailleurs au Budget, Muzito ne l’a pas suivi dans son équipée donquichottiste. Le taux budgétaire moyen est plutôt de 2467 CDF/$.
Sur le marché, les coûts des biens et services se négocient au taux de 2800 CDF/$. Une planche à billets bien maîtrisée serait donc salutaire!

Pold LEVI

Plus de lectures incontournables

Les plus récents