Il rêvait de parcourir 14.000 kilomètres, de Goma à Rabat, pour porter un message de paix depuis son Nord- Kivu natal jusqu’au Maroc. Il n’avait pour tout arsenal qu’un vélo, une détermination intacte et un slogan : « Pedals for Peace ». Ce Vendredi 25 Septembre, Miguel Mumbere Masaisai est pourtant revenu en RDC autrement qu’il ne l’avait imaginé : non pas par avion depuis Rabat, mais à bord d’une embarcation, dans un cercueil, après avoir perdu la vie à Ouesso, au Congo-Brazzaville.
Son ambition était aussi simple qu’immense : faire du vélo un moyen de porter un message de paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo, une région meurtrie par des années de conflits menées depuis trois décennies par l’armée rwandaise, selon rapports documentés par l’ONU et plusieurs organisations internationales. Parti de Goma, Miguel Masaisai voulait atteindre Rabat, au Maroc, au terme d’un périple de quelques 14.000 kilomètres.
À chaque coup de pédale, le jeune cycliste voulait rappeler que la paix pouvait aussi se défendre autrement : par la détermination, l’endurance et la mobilisation citoyenne. Son vélo était son outil, son courage son moteur et « Pedals for Peace » son cri de ralliement.
Le projet était soigneusement imaginé. Une fois Rabat atteint, Miguel envisageait de regagner Goma par avion, avec l’espoir de boucler ainsi une aventure sportive et citoyenne hors du commun.
Mais son parcours s’est brutalement interrompu à Ouesso.
Le 18 Septembre 2026, le jeune cycliste congolais a perdu la vie dans un accident de la circulation après une panne de son vélo. Le rêve de rallier le Maroc s’est alors transformé en tragédie.

De l’aventure au dernier voyage
Ce vendredi 25 Septembre, Kinshasa a accueilli la dépouille de celui qui voulait traverser les frontières à vélo pour parler de paix. Arrivé par le Beach Ngobila, le cercueil de Miguel Mumbere Masaisai a été accompagné par une délégation conduite par Me Alberto Tevo, conseiller du ministre des Sports et Loisirs, Me Didier Budimbu.
Famille biologique, proches, responsables de la jeunesse et plusieurs membres de la communauté cycliste congolaise se sont mobilisés pour lui rendre hommage.
À vélo, ses compagnons de route ont escorté le cortège à travers Kinshasa, notamment sur le boulevard du 30 Juin et l’avenue de la Libération, ex-24 Novembre, jusqu’à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire.
Cette haie d’honneur à vélo avait une portée particulière. Miguel Mumbere Masaisai était parti avec son vélo pour porter un message de paix.
C’est entouré de cyclistes que son dernier voyage à Kinshasa s’est achevé.
Son retour au pays contraste tragiquement avec le projet qu’il avait imaginé : revenir à Goma après avoir atteint Rabat, cette fois par avion. Il y est finalement revenu par le fleuve, dans un cercueil.
À Goma, son point de départ et sa terre natale, son rêve de paix reste inachevé dans un contexte où la population de l’Est continue de vivre au rythme des violences et de l’insécurité perpétrée par le Rwanda via plusieurs rebellions dont la plus en vue et meurtrière, l’AFC-M23.
La dépouille de Miguel Masaisai repose désormais à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire. Le programme officiel de ses obsèques est attendu pour permettre à la communauté sportive, à sa famille et à l’ensemble des Congolais de lui rendre un dernier hommage à la dimension de son combat.
Lionel IPAKALA Y.
