L’interdiction des baleinières en bois sur les voies navigables congolaises ouvre désormais un nouveau front : celui de la continuité du transport dans les Provinces où ces embarcations restent le principal moyen de déplacement. Au Maï-Ndombe, le Gouverneur Lebon Nkoso Kevani demande au Gouvernement Central un moratoire, le temps de mettre en place des alternatives en embarcations métalliques.
Dans une correspondance datée du Vendredi 9 Octobre , le Chef de l’Exécutif Provincial estime que l’application immédiate de cette mesure risque de perturber fortement le transport des personnes et des marchandises dans une Province largement dépendante de ses voies fluviales et lacustres. Il plaide ainsi pour une période transitoire permettant de disposer d’une flotte métallique adaptée.
Une mesure saluée, mais une alternative à trouver
La problématique dépasse toutefois le seul cas du Maï-Ndombe. La multiplication des naufrages meurtriers sur les cours d’eau congolais a rendu difficilement contestable l’objectif de la mesure : protéger les vies humaines.
Mais une autre question demeure : par quoi remplacer immédiatement les baleinières interdites ?
Dans plusieurs territoires reculés, ces embarcations assurent non seulement le déplacement des personnes, mais également l’acheminement des produits agricoles, des denrées alimentaires, des médicaments et d’autres marchandises. Leur retrait sans capacité de remplacement suffisante pourrait donc créer une rupture de desserte et accentuer l’isolement de certaines localités.
C’est précisément sur ce point que la demande du Gouverneur du Maï-Ndombe mérite d’être examinée : non pas comme une remise en cause de l’impératif de sécurité, mais comme une interpellation sur les conditions concrètes de la transition.
Le moratoire peut-il être une solution ?
Le débat reste néanmoins délicat. Accorder un délai supplémentaire aux baleinières en bois reviendrait à maintenir, même temporairement, un mode de transport auquel les autorités imputent une partie des risques récurrents sur les voies navigables.
Une question de responsabilité se pose dès lors : qui assumera les conséquences d’un éventuel naufrage survenant pendant la période de moratoire ?
Le Gouverneur ne précise pas, dans les éléments disponibles, la durée exacte du moratoire sollicité. Or, une transition crédible ne peut reposer sur un simple report de l’échéance. Elle devrait être accompagnée d’un calendrier précis de remplacement, de normes de sécurité renforcées et d’un dispositif permettant aux Provinces enclavées de maintenir leur desserte.
Autrement dit, le véritable enjeu n’est plus de choisir entre sécurité et mobilité, mais de réussir le passage de l’une à l’autre sans sacrifier des vies ni abandonner des populations à leur isolement.
Bemba ferme la porte au moratoire
Le calendrier gouvernemental est pourtant déjà arrêté. Dans plusieurs communications datées du 6 Octobre 2026, le Vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de Communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba, a interdit la navigation des baleinières en bois à compter du 15 Novembre 2026 sur le fleuve Congo, ses affluents, les autres cours d’eau et les lacs du pays.
Le 7 octobre, lors d’une rencontre avec les armateurs membres de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) et d’autres acteurs du secteur fluvial et lacustre, le VPM JP Bemba a réaffirmé cette échéance sans ambiguïté : aucun moratoire ne sera accordé. Il a appelé les opérateurs à accélérer la transformation de leurs flottes et à acquérir des péniches métalliques destinées au transport des passagers et des marchandises.
Pour éviter une rupture du trafic, Jean-Pierre Bemba a également instruit l’ONATRA de déployer sans délai les unités flottantes disponibles, notamment les péniches métalliques, pousseurs et barges, sur les principaux axes de son réseau, tout en optimisant et diversifiant les itinéraires en fonction des flux de passagers et de marchandises.
Le VPM a, en outre, appelé les opérateurs à engager rapidement la conversion de leurs flottes. Des informations rapportées à l’issue de ces échanges font état du projet de mettre à disposition les plans et équipements nécessaires à la construction de péniches métalliques, ainsi que de l’acquisition envisagée d’une centaine d’unités destinées à renforcer la flotte de l’ONATRA.
Entre l’exigence de sauver des vies et la nécessité de ne pas couper les provinces fluviales du reste du pays, le dossier des baleinières pose désormais une question essentielle : la RDC aura-t-elle les capacités de remplacement nécessaires avant le 15 Novembre ? La réponse déterminera, en grande partie, la réussite ou les difficultés de cette réforme majeure du transport fluvial congolais.
Lionel IPAKALA Y.
