RDC : Jo M. Sekimonyo démonte le mythe liant longévité au pouvoir et stabilité économique

L’économiste politique hétérodoxe Jo M. Sekimonyo, chancelier de l’Université Lumumba, réagit fermement aux propos du professeur Godé Mpoyi Kadima, selon lesquels la longévité au pouvoir serait un facteur de prospérité économique et de stabilité.
Pour Jo M. Sekimonyo, cette affirmation relève d’un raccourci analytique qui ne résiste ni à l’examen des faits ni à la rigueur économique. Il souligne que les pays les plus stables au monde, tels que la Suisse, la Norvège, l’Allemagne ou encore le Canada, doivent leur solidité à la robustesse de leurs institutions, et non à la durée de maintien d’un dirigeant au pouvoir.

À l’opposé, plusieurs dirigeants ayant exercé le pouvoir pendant de longues périodes n’ont pas nécessairement garanti une stabilité économique durable. L’exemple de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Paul Biya, Yoweri Museveni, Isaias Afwerki ou encore Alexander Lukashenko illustre, selon lui, les limites de cette corrélation.

S’agissant de la République Démocratique du Congo, Jo M. Sekimonyo rappelle que les 37 années de règne de Mobutu Sese Seko n’ont pas produit la stabilité économique attendue. Au contraire, elles ont contribué à affaiblir les institutions et à fragiliser durablement l’économie nationale.

L’économiste pousse également la réflexion plus loin : si la longévité était réellement synonyme de stabilité, faudrait-il considérer que les 17 années de pouvoir de Joseph Kabila auraient dû être prolongées ? Une hypothèse qui, selon lui, révèle les contradictions internes de cette thèse.

Même dans des régimes centralisés, la question du respect des règles institutionnelles demeure essentielle. En Russie, le président Vladimir Poutine avait quitté le pouvoir en 2008 conformément à la Constitution avant de revenir en 2012, illustrant l’importance, même relative, des cadres juridiques.

Pour Jo M. Sekimonyo, la stabilité économique ne dépend pas de la durée au pouvoir, mais de la qualité des institutions, de la crédibilité des règles et de la capacité d’un système à fonctionner indépendamment des individus. Confondre longévité et stabilité revient ainsi à inverser les causes et les effets.

En conclusion, il estime que modifier la Constitution dans le but de prolonger un mandat présidentiel ne constitue pas une réponse économique pertinente, mais plutôt une démarche politique risquée, susceptible de détourner l’attention des véritables réformes nécessaires au développement de la RDC.

Lionel IPAKALA Y.

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