Le Révérend pasteur Edouard Bena Nsilu, Conseiller international de l’Église kimbanguiste, a animé une conférence de presse le Mardi 21 Avril au n°87 de l’avenue Monkoto, dans la commune de Ngiri-Ngiri, à Kinshasa. Au cœur de son intervention : les propos récents de Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu sur la reconnaissance officielle de Nkamba comme « ville sainte » par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 6 avril dernier.
Face à la presse, le responsable kimbanguiste a déclaré être animé par cette réaction malveillante de l’archevêque de Lubumbashi, par « deux sentiments paradoxaux » : la tristesse et la joie.
D’un côté, il s’est dit profondément attristé de constater que l’histoire du prophète Simon Kimbangu reste méconnue d’une grande partie de la population congolaise, y compris de certaines autorités.
Il a rappelé que ce dernier, figure majeure de la foi et de la dignité africaine, a été emprisonné pendant 30 ans dans des conditions particulièrement difficiles :
« Il est regrettable que, dans un pays où il est né et a tant souffert, son histoire soit encore ignorée », a-t-il déploré, se disant également surpris par certaines réactions suscitées par la décision présidentielle.
Dans le même temps, le Révérend Benansilu s’est réjoui du « déferlement de réactions vigoureuses » observé sur les réseaux sociaux, y compris de la part de nombreux non-kimbanguistes. Selon lui, ces prises de position traduisent une prise de conscience progressive, malgré l’existence de courants cherchant encore à marginaliser l’Église kimbanguiste.
L’orateur a tenu à apaiser les tensions, précisant que cette sortie médiatique « n’est ni une déclaration de guerre ni un casus belli contre l’Église catholique ». Il a insisté sur le fait que les propos de Mgr Muteba relèvent d’une opinion personnelle et n’engagent pas l’institution catholique.
Cependant, il a jugé « regrettable » que l’archevêque de Lubumbashi, ville où Simon Kimbangu a passé 30 ans en détention, ne se soit jamais imprégné de ce pan de l’histoire, notamment en visitant son lieu d’incarcération.
Revenant sur le fond du débat, le Révérend Bena Nsilu a rappelé que Nkamba est considérée comme une terre sainte depuis 1921, bien avant sa reconnaissance officielle par le Chef de l’État.
Il a souligné que les fidèles s’y déchaussent en signe de respect, à l’instar de certaines pratiques religieuses observées ailleurs dans le monde.
Il a également indiqué que cette reconnaissance du caractère sacré de Nkamba a été respectée par plusieurs anciens chefs d’État congolais, notamment Mobutu Sese Seko et Joseph Kabila, lors de leurs visites.
Dans une comparaison interreligieuse, il a affirmé que Nkamba n’est pas un cas isolé :
« Les musulmans ont La Mecque, les catholiques ont Lourdes, et les kimbanguistes ont Nkamba », a-t-il expliqué, estimant que plusieurs lieux saints existent à travers le monde selon les traditions et les croyances.
S’interrogeant sur la réaction de Mgr Muteba, le Révérend Bena Nsilu a rappelé que la décision du Président Tshisekedi ne fait que consacrer juridiquement une réalité spirituelle déjà ancienne.
Il a par ailleurs évoqué les blessures du passé, rappelant les persécutions subies par les kimbanguistes durant la période coloniale, tout en soulignant que « cette époque est révolue et pardonnée ».

Il a réaffirmé la volonté de l’Église kimbanguiste de maintenir des relations fraternelles avec l’Église catholique.
Enfin, le Conseiller international kimbanguiste a invité Monseigneur Muteba à « faire preuve de raison » et à visiter des lieux historiques comme la prison de Kasombo, où fut détenu le prophète Simon Kimbangu.
Il a également réitéré l’ouverture de son Église à accueillir le prélat à Nkamba afin qu’il en comprenne la portée spirituelle.
Lionel IPAKALA Y.
