Parvenue ce vendredi 16 janvier à la rédaction de Unefm.cd, la tribune Révolution de la Conscience Révoltée (68) du coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise NSCC , Jonas Tshombela, dénonce avec vigueur ce qu’il qualifie de « deux poids, deux mesures » de la communauté internationale face à l’agression dont la République démocratique du Congo est victime. À travers une analyse sans concession, l’auteur fustige l’indignation sélective suscitée par la révocation du général Sylvain Kenge, le silence entourant les déclarations du président rwandais Paul Kagame, et interpelle les consciences congolaises, y compris religieuses, sur l’urgence de nommer clairement l’agression et de défendre l’intégrité territoriale du pays. Nous la publions in extenso.
La révocation du Général Sylvain Kenge à la suite de ses propos a provoqué une onde de choc à l’échelle internationale.Gouvernements dits « pro-rwandais », chancelleries occidentales et certaines organisations internationales ont exprimé une indignation rapide et coordonnée. Pourtant, un silence assourdissant persiste face aux déclarations autrement plus graves du président rwandais Paul Kagame, remettant ouvertement en cause les frontières de la République démocratique du Congo et reconnaissant, de facto, les motivations profondes de l’agression que subit la RDC depuis près de trente ans.
Cette indignation sélective interroge
Elle choque. Elle révèle une hypocrisie devenue structurelle dans la gouvernance internationale des conflits africains.Quand la vérité congolaise dérange. Le Général Sylvain Kenge n’a fait que dire à haute voix ce que des millions de Congolaises et de Congolais murmurent depuis des décennies : la RDC est victime d’une agression permanente, planifiée, soutenue et justifiée par des intérêts territoriaux, économiques et géostratégiques. Pour cela, il est sanctionné. Ses propos sont jugés « inacceptables », « inopportuns », voire « dangereux ».
En revanche, lorsque Paul Kagame évoque sans détour la remise en question des frontières héritées de la colonisation, lorsqu’il laisse entendre que certaines terres congolaises seraient historiquement rwandaises, aucune condamnation ferme n’est formulée. Aucun rappel solennel au respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Aucun débat au Conseil de sécurité à la hauteur de la gravité de tels propos. Pourquoi ce silence?
Trente ans d’agression, plus de dix millions de morts
La RDC paie depuis près de trente ans un tribut humain effroyable : plus de dix millions de morts, des millions de déplacés internes, des femmes violées, des villages rasés, des ressources pillées. Aujourd’hui, la raison profonde de cette tragédie est désormais assumée publiquement : la convoitise territoriale et le contrôle des richesses du Congo.
Paul Kagame n’est pas présent en RDC pour pourchasser les FDLR, pas plus qu’il n’y est pour soutenir le M23 en tant que mouvement armé.
Ces groupes ne sont que des instruments, des prétextes régulièrement brandis pour justifier une présence militaire et une ingérence politique devenues structurelles. Il n’est pas davantage l’arbitre de la crise sociopolitique congolaise, ni un adversaire personnel du président Félix Tshisekedi.
La réalité est ailleurs : Paul Kagame est le porte-voix et l’exécutant d’un projet ancien et assumé, visant l’accès, la domination et le contrôle durable de terres congolaises stratégiques, sous le couvert d’arguments sécuritaires et régionaux construits pour les besoins de la cause. Rappelons une vérité historique souvent ignorée ou délibérément occultée : avant les années 1800, le Rwanda, tel qu’invoqué aujourd’hui dans les discours expansionnistes, n’existait pas comme État moderne doté de frontières fixes pouvant justifier des revendications territoriales contemporaines.
Le silence des églises congolaises : une interpellation morale
Plus troublant encore est le silence d’une partie des églises congolaises.Institutions morales par excellence, voix des sans-voix en temps de crise, elles semblent aujourd’hui hésiter à nommer clairement l’agression, à dénoncer l’injustice internationale et à défendre sans ambiguïté l’intégrité territoriale du pays.Ce silence pose question. Car se taire face à l’injustice, c’est déjà y consentir.
Deux poids, deux mesures dans l’ordre international
Les États-Unis et leurs alliés se souviennent-ils de leur réaction lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït ? À l’époque, la violation de la souveraineté d’un État a justifié une mobilisation internationale immédiate, au nom du droit international et de la stabilité mondiale. Pourquoi ce principe devient-il flexible lorsqu’il s’agit de la RDC ? Pourquoi l’occupation rampante du territoire congolais, les pillages systématiques et l’ingénierie de l’instabilité sont-ils tolérés, voire couverts, au nom d’alliances stratégiques ? Les réformes dites « sécuritaires » imposées à la RDC brassage et intégration précipitée de groupes armés n’ont pas renforcé l’État. Elles ont, au contraire, fragilisé le dispositif de défense nationale, infiltré l’armée et institutionnalisé l’insécurité. Ces politiques n’étaient pas naïves : elles ont servi un agenda de déstabilisation.
Congolais, réveillons-nous
La RDC se réveille lentement, mais le temps presse. Il est impératif que les Congolaises et Congolais, toutes tendances confondues, prennent conscience de la nature réelle du conflit qui leur est imposé. Il ne s’agit pas d’un simple problème sécuritaire, ni d’une crise interne mal gérée. Il s’agit d’une agression prolongée, couverte par des complicités internationales et justifiée par un discours révisionniste dangereux. L’intégrité territoriale de la RDC n’est pas négociable. Elle ne peut être sacrifiée sur l’autel des intérêts géopolitiques ou du silence diplomatique.Dire la vérité ne doit plus être un crime. La taire est une trahison.
Jonas Tshombela
Coordonnateur de la Nouvelle Societé Civile Congolaise
