CPK : les conflits internes font déjà des victimes, l’ECC et la Justice doivent agir avant qu’il ne soit trop tard (Par Jonas Tshiombela, Serviteur des pauvres)

Alors que la crise interne secoue dangereusement la Communauté Presbytérienne de Kinshasa (CPK), le défenseur des droits sociaux Jonas Tshiombela tire la sonnette d’alarme dans une tribune tranchante publiée sous la série Évangile Qui Dérange, la 34 de la série. Entre divisions des fidèles, luttes de leadership, tensions autour de la gestion du patrimoine ecclésiastique et risque de dérapage judiciaire, l’auteur estime que la situation a dépassé le cadre d’un simple conflit religieux pour devenir une menace réelle contre la cohésion sociale et spirituelle de l’Église. Il appelle l’Église du Christ au Congo et le Ministère de la Justice à intervenir urgemment afin d’éviter une aggravation de la crise et restaurer la paix au sein de la CPK. La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.

La crise qui secoue aujourd’hui la Communauté Presbytérienne de Kinshasa (CPK) n’est plus une simple divergence administrative ou une querelle interne de leadership ecclésiastique. Elle est devenue une véritable fracture humaine, spirituelle et sociale dont les conséquences commencent dangereusement à détruire le tissu relationnel des fidèles et l’équilibre même de cette grande communauté chrétienne. Depuis plusieurs mois, les tensions internes ont atteint un niveau extrêmement préoccupant. Des fidèles perdent leurs fonctions, des responsables sont écartés, des familles qui ont longtemps prié ensemble et vécu dans la fraternité chrétienne se retrouvent aujourd’hui divisées et opposées à cause des rivalités internes. Des amitiés se brisent, des communautés locales se polarisent et un climat de suspicion généralisée s’installe progressivement au sein de l’Église. Le plus grave est que cette crise commence à produire des blessures morales profondes au sein même du peuple de Dieu. Une Église ne peut devenir un espace permanent de conflits, de règlements de comptes, de tensions et de luttes d’influence sans perdre progressivement sa mission spirituelle et son autorité morale. Lorsque les querelles de pouvoir prennent le dessus sur l’Évangile, ce sont toujours les fidèles ordinaires qui deviennent les premières victimes. C’est pourquoi, malgré son retard, il faut saluer le réveil institutionnel de l’Église du Christ au Congo (ECC) qui, à travers sa récente correspondance et ses résolutions, semble enfin prendre conscience de la gravité de la situation à la CPK. L’annulation des assemblées contestées, l’appel à une Assemblée Générale extraordinaire de réconciliation, la réouverture annoncée des bureaux administratifs ainsi que la question du paiement des arriérés des salaires constituent des signaux importants de décrispation et de retour à l’ordre.

Nous encourageons l’ECC à aller jusqu’au bout de cette démarche courageuse

Car la paix ne se construit pas dans l’hésitation ni dans les compromis de faiblesse. Elle exige de la fermeté, de l’impartialité, du courage moral et surtout une volonté sincère de restaurer l’unité de la Communauté.Tout devient encore possible si les différentes parties acceptent réellement de privilégier l’intérêt supérieur de l’Église au-dessus des ambitions personnelles et des logiques de camps. Aucun groupe ne gagnera durablement dans une dynamique de division permanente. La seule victoire acceptable reste celle de la réconciliation, de la stabilité et du retour à la paix durable au sein de la CPK.

Cependant, il serait irresponsable de minimiser la gravité des risques actuels

Si rien n’est fait avec sérieux et rapidité, cette crise pourrait dégénérer davantage et produire des conséquences encore plus lourdes sur le plan humain, social et même judiciaire. Les frustrations accumulées, les tensions autour du patrimoine, les contestations liées à la gestion des biens sociaux et les conflits de légitimité constituent déjà des éléments extrêmement sensibles. C’est pourquoi nous interpellons solennellement le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux afin qu’il s’imprègne personnellement du dossier de la CPK avant qu’il ne soit trop tard. La prévention des conflits reste toujours préférable à leur explosion incontrôlée. L’État ne peut rester totalement indifférent lorsqu’une grande communauté religieuse traverse une crise susceptible de troubler la paix sociale et la cohésion des citoyens.

La paix dans les Églises participe aussi à la stabilité nationale

Par ailleurs, notre enquête citoyenne sur la gestion du patrimoine et des biens sociaux de cette Communauté nous en dira davantage sur plusieurs aspects qui préoccupent aujourd’hui l’opinion interne de cette Église. Car au-delà des conflits de personnes, les questions de gouvernance, de transparence et de gestion responsable des biens communautaires doivent également être abordées avec vérité et responsabilité. Le peuple de Dieu a droit à la vérité. En attendant les conclusions approfondies de cette enquête, nous appelons l’ECC nationale, les responsables de la CPK ainsi que le Ministère de la Justice à s’impliquer activement pour favoriser une paix durable, restaurer la confiance et empêcher que cette crise ne continue à faire des victimes silencieuses parmi les fidèles.

Une Église divisée affaiblit son témoignage

Et dans un Congo déjà profondément fragilisé par les crises politiques, sécuritaires et sociales, le peuple congolais a besoin d’institutions religieuses fortes, crédibles, apaisées et capables d’incarner les valeurs de justice, de paix et de réconciliation qu’elles prêchent chaque jour. L’histoire jugera sévèrement tous ceux qui auront préféré les intérêts personnels à la paix de l’Église.

Jonas Tshombela, serviteur des pauvres

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