En RDC tout comme ailleurs, la 75e tribune de la série ” Révolution de la conscience révoltée” de Jonas Tshiombela ravive l’indignation. L’avocat du peuple dénonce avec fermeté les propos jugés « indignes » visant la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, attribués à un individu se présentant comme communicateur privé du Chef de l’État. Une sortie de plus qui s’inscrit dans une série de condamnations face à la dérive du discours public et aux attaques répétées contre la dignité des femmes. La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.
Il est des dérives qui ne peuvent plus être tolérées. Il est des silences qui deviennent complices. Et il est des comportements qui, sous couvert de liberté d’expression, s’apparentent à une véritable agression contre les valeurs fondamentales de notre société.
Depuis quelque temps, un individu se réclamant « communicateur privé du Chef de l’État », cette usurpation me paraît du reste fausse, s’illustre tristement par des sorties publiques d’une rare violence verbale, dirigées notamment contre la Première Ministre, Judith Tuluka. Injures grossières, propos indécents, attaques sans retenue : le niveau du débat public semble avoir atteint un seuil inquiétant de déchéance morale.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici d’un simple désaccord politique. La critique, dans une démocratie, est non seulement légitime, mais nécessaire. Elle constitue même l’essence du débat républicain. Mais insulter, rabaisser, humilier une femme, et qui plus est une haute autorité de la République, n’est ni un droit, ni une opinion. C’est une dérive grave. C’est une atteinte directe à la dignité humaine.
Et au-delà de la personne de Madame la Première Ministre, c’est toute la femme congolaise qui est ainsi offensée. Car tolérer que l’on traîne une femme dans la boue au nom d’une prétendue liberté d’expression, c’est cautionner une culture de mépris et de violence verbale qui fragilise les fondements mêmes de notre vivre-ensemble.
Ce comportement indigne ne reflète ni l’éducation que nous avons reçue de nos parents, ni les valeurs profondes de respect, de dignité et de retenue qui caractérisent notre société. Il salit également l’image de ceux au nom desquels cet individu prétend s’exprimer, et au-delà, celle de tout un pays.
Notre éducation africaine, fondée sur la sagesse ancestrale et le respect des valeurs humaines, nous rappelle une vérité simple mais essentielle : « éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ». Dans nos traditions, la femme est au cœur de la vie, de la transmission des valeurs et de la cohésion sociale. La rabaisser, c’est affaiblir la société tout entière. La sagesse africaine nous enseigne également que « là où la femme est honorée, la société prospère ». Dès lors, toute parole publique devrait être guidée par cette exigence de respect, de retenue et d’élévation.
Il est temps de dire stop. Nous appelons les proches, les encadreurs et les responsables de ce communicateur à prendre leurs responsabilités. On ne peut continuer à laisser prospérer un tel style de communication, fait d’insultes et de dénigrement systématique, sans réagir. Les différends, même politiques, ne se règlent pas sur la place publique par des invectives indignes. Les linges sales, comme le dit la sagesse populaire, se lavent en famille et surtout avec dignité.
Nous exprimons ici notre soutien total au respect de la dignité de Judith Tuluka. Quelles que soient les divergences d’opinion, elle mérite, en tant que femme et en tant que Première Ministre, un minimum de respect.
Nous appelons également toutes les femmes congolaises, ainsi que tous les citoyens attachés aux valeurs républicaines, à se mobiliser pour dire NON à ce traitement barbare et rétrograde. Car ces insultes ne visent pas une seule personne : elles visent toutes les femmes.
Trop, c’est trop. La liberté d’expression n’est pas la liberté d’insulter. La démocratie n’est pas l’anarchie verbale. Et la République ne peut tolérer que ses institutions soient ainsi piétinées par des comportements d’un autre âge. Je reste profondément indigné par ce comportement nauséabond, qui heurte la conscience collective et déshonore son auteur. Il est temps de relever le niveau. Il est temps de restaurer le respect. Car une nation qui humilie ses femmes s’humilie elle-même. Toute ma solidarité avec Mme Tuluka et d’autres femmes humiliées par ce Monsieur. Nausée : j’ai envie de vomir. Partageons massivement cette tribune.
Jonas Tshombela , avocat du peuple
