A quelques jours de la reprise annoncée des contrôles administratifs à Kinshasa, une vague d’indignation monte au sein de la population. Dans une tribune au ton alarmant, Jonas Tshombela dénonce une politique de gouvernance fondée sur la pression, la peur et l’accumulation des taxes, qu’il juge socialement dangereuse et politiquement explosive pour une mégapole déjà fragilisée. Nous publions in extenso ce 69 numéro de la tribune de la Revolution de la Conscience Révoltée du Coordonnateur de la Nouvelle Societé Civile Congolaise.
L’annonce par le Gouverneur de la ville de Kinshasa de la reprise de tous les contrôles à partir du 26 janvier ne peut être perçue comme une simple mesure administrative. Dans le contexte socio-économique actuel, elle s’apparente plutôt à une traque systématique du citoyen, déjà étranglé financièrement et abandonné par les politiques publiques. Par cette opération suicidaire, le Gouvernement provincial de Kinshasa semble surtout chercher à cacher sa propre faiblesse dans la gouvernance d’une grande ville comme Kinshasa. « Kinshasa Ekobonga », quand ? Cela demeure, à ce stade, un slogan creux, sans actes concrets.
À Kinshasa, le mot contrôle ne rime plus avec légalité ni sécurité routière, mais avec abus, tracasseries, extorsions, humiliations et violences verbales. La population connaît trop bien les dérives de certains éléments de la Police nationale congolaise, des agents du ministère des Transports et des tristement célèbres services de fourrière : interpellations arbitraires, confiscations abusives, négociations illégales sur la voie publique, usage disproportionné de la force. Feindre d’ignorer cette réalité relève soit de l’aveuglement, soit de la complaisance politique.
Relancer massivement les contrôles sans avoir préalablement assaini les services concernés, sanctionné publiquement les agents fautifs, clarifié les taxes réellement légales et amélioré l’état des routes et de la signalisation, c’est exposer délibérément la population à des abus généralisés.
Le citoyen kinois est sommé de tout payer : vignettes, assurance, contrôle technique, permis de conduire, ainsi que la nouvelle plaque d’immatriculation annoncée par le Gouvernement central, alors que ses revenus restent stagnants, que les routes détruisent les véhicules, que les chantiers routiers sont inachevés ou abandonnés et que la ville croule sous les immondices. Où est la contrepartie ? Où est la gouvernance urbaine responsable.Il s’agit d’une avalanche de taxes qui risque de faire exploser la ville de Kinshasa.Gouverner, c’est prévoir. Il est temps de revoir ces mesures au regard d’un contexte social, politique et sécuritaire déjà extrêmement explosif.
Cette logique est dangereuse et politiquement explosive. Gouverner une mégapole de plus de quinze millions d’habitants par la pression, la peur et l’humiliation quotidienne est une erreur stratégique majeure. L’histoire congolaise démontre que les crises sociales ne naissent pas des discours, mais de l’accumulation des injustices vécues au quotidien.
Si des dérapages surviennent à partir du 26 janvier et tout indique qu’ils surviendront si rien ne change la responsabilité politique incombera directement au Gouverneur de la ville de Kinshasa. Annoncer une « traque » sans mécanismes clairs de contrôle des contrôleurs, sans ligne de dénonciation accessible, sans sanctions exemplaires contre les abus, c’est ouvrir grandement la porte à l’arbitraire.
Le Président de la République est ici clairement interpellé. Kinshasa n’est pas une province comme les autres : elle est le cœur politique, social et symbolique du pays. Ignorer la colère qui monte à Kinshasa, c’est prendre le risque d’une rupture grave entre l’État et le peuple, aux conséquences imprévisibles.
Quant aux députés provinciaux de Kinshasa, leur silence face à cette situation est une abdication pure et simple de leur mission constitutionnelle. Investis du mandat de contrôler l’exécutif provincial et de défendre les intérêts de la population, ils ont disparu au moment où leur voix était la plus attendue.
Kinshasa n’a pas besoin d’une traque administrative. Elle a besoin d’une réforme profonde de la gouvernance urbaine, fondée sur la transparence, la planification, la justice fiscale, la reddition des comptes et le respect de la dignité humaine. Bref, ce week-end, prenant ses responsabilités citoyennes, la NSCC fera une importante communication sur cette asphyxie des citoyens sans revenus, confrontés à une avalanche de taxes imposées au même moment.Vigilance citoyenne mobilisée. Trop de taxes tuent la taxe dit-on.
Jonas Tshombela, Coordonnateur de la Nouvelle Societé Civile Congolaise
