L’Union Africaine UA a vivement réagi à l’attaque par drones visant l’aéroport de Kisangani, dans le Nord- Est de la République Démocratique du Congo, une opération revendiquée par le Mouvement rebelle AFC/M23. Dans un communiqué publié jeudi 5 Février, depuis Addis-Abeba, le Président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé une condamnation « sans équivoque » de cette action.
L’Organisation Panafricaine s’inquiète particulièrement du fait que la cible se trouve au cœur d’une grande agglomération. Selon l’UA, frapper une infrastructure aéroportuaire dans un tel contexte met directement en danger les civils, dans une région déjà éprouvée par des années de conflits et une crise humanitaire persistante.
Sur le plan juridique, la Commission rappelle que le droit International humanitaire protège les biens civils. À moins qu’une infrastructure ne soit clairement utilisée à des fins militaires, elle doit être épargnée.
En l’absence d’éléments établissant que l’aéroport de Kisangani constituait une cible militaire légitime, l’attaque pourrait donc constituer une violation grave de ces règles fondamentales, notamment les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution.
L’UA va jusqu’à évoquer une possible qualification d’acte terroriste.
En se référant à la Convention de l’OUA de 1999 et à son Protocole de 2004, la Commission souligne que ce type d’attaque pourrait engager la responsabilité pénale individuelle non seulement de ses auteurs, mais aussi de leurs éventuels commanditaires.
Mahmoud Ali Youssouf a également mis en garde contre l’extension des combats à des villes éloignées des lignes de front, estimant qu’une telle évolution ferait courir un risque sérieux d’escalade militaire et de déstabilisation régionale.

Face à cette situation, l’Union Africaine appelle l’AFC/M23 à mettre fin immédiatement aux hostilités et à renoncer aux méthodes de guerre indiscriminées. Elle exhorte toutes les parties à respecter et à appliquer l’Accord de Doha, présenté comme la base essentielle pour un cessez-le-feu durable et la relance du dialogue politique.
L’Organisation a enfin réaffirmé son soutien total à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, et réitéré sa volonté de travailler avec les partenaires régionaux et internationaux pour favoriser un retour durable à la paix et à la stabilité dans l’est du pays.

Kisangani, un traumatisme qui ressurgit ?
La récente attaque contre l’aéroport de Kisangani ravive de lourds souvenirs dans la mémoire collective congolaise. Une question se pose désormais avec insistance : le Rwanda serait-il encore hanté par la « martyrisation » de la Ville de Kisangani ?
Pour rappel, cette ville avait déjà été le théâtre de violents affrontements entre les Armées rwandaise et ougandaise au début des années 2000.

Une guerre fratricide menée sur le sol congolais, dont les principales victimes furent des civils congolais, et non des ressortissants des pays belligérants. Ces combats avaient provoqué d’importantes pertes humaines, des destructions massives et un traumatisme durable pour la population de Kisangani.
À la suite de ces événements, seule l’Ouganda avait été condamné par la Cour Internationale de Justice, qui l’avait astreint à verser à la RDC une indemnisation initialement fixée à 10 milliards de dollars américains, finalement ramenée après plusieurs négociations à un moins d’un milliard, payable de manière échelonnée. Une partie de ces fonds a d’ailleurs été au cœur de scandales de détournement, notamment dans l’affaire dite Constant Mutamba.
Aujourd’hui, les autorités congolaises semblent déterminées à faire évoluer le dossier. Le lobbying engagé par le Ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, devant la Cour Africaine des Droits de l’homme et des peuples, pourrait intégrer cette dimension historique afin que, cette fois, les responsabilités soient établies de manière plus complète, y compris du côté rwandais.
Dans un contexte où Kisangani redevient une cible stratégique, la question de l’impunité et de la justice régionale s’impose à nouveau au cœur du débat.
Lionel IPAKALA
