90.000 FC à Kintambo, 69.000 FC à Bandalungwa et 80.000 FC à la Clinique Clides : à Kinshasa, les prix rapportés par une mère à la recherche de sang pour son fils drépanocytaire soulèvent de sérieuses interrogations sur la tarification et la régulation des produits sanguins. Alors que la transfusion peut constituer une urgence vitale, les familles demandent au ministère de la Santé de faire toute la lumière sur les tarifs pratiqués et les conditions d’accès aux poches de sang.
Le sang ne devrait pas devenir une épreuve financière supplémentaire pour les familles confrontées à la drépanocytose. Pourtant, le témoignage recueilli par la rédaction de la UNEFM.CD auprès d’une mère ayant requis l’anonymat met en évidence les difficultés auxquelles elle dit avoir été confrontée pour obtenir deux poches de sang destinées à son fils de 15 ans, hospitalisé pour une crise nécessitant une transfusion.
Trois structures, trois prix
Premier arrêt : l’hôpital de Kintambo. Selon le témoignage de cette mère, une poche de sang lui aurait été proposée à 90.000 francs congolais. Pour son fils, elle souhaitait en prendre deux. Sa demande, affirme-t-elle, n’a pas été acceptée dans les conditions souhaitées.
Direction ensuite la banque de sang de Bandalungwa. Le prix annoncé était cette fois de 69.000 FC la poche.
Mais alors que l’urgence médicale s’imposait, une autre difficulté aurait retardé l’accès au produit sanguin : la personne habilitée était en réunion et un cachet de l’hôpital aurait été exigé, alors qu’il ne figurait pas sur l’ordonnance présentée par la mère.
Face au temps qui passait, celle-ci affirme avoir dû poursuivre ses recherches.

80.000 FC pour finalement obtenir une poche
À la Clinique Clides, elle dit avoir finalement déboursé 80.000 FC pour une poche de sang.
Pour cette mère, le problème n’est donc pas seulement celui du prix. Il est aussi celui de la cohérence des tarifs et des procédures d’accès au sang dans les différentes structures.
Comment expliquer des écarts aussi importants d’une structure à l’autre ?
Quelles sont les bases de fixation de ces prix ? Existe-t-il une grille tarifaire officielle et est-elle effectivement appliquée ?
Autant de questions auxquelles les autorités sanitaires sont appelées à répondre :
« Comment du sang obtenu gratuitement peut-il coûter si cher ? » La mère ne cache pas son incompréhension, Comment du sang qui est obtenu gratuitement peut-il coûter les yeux de la tête ? »
Une interrogation qui renvoie directement à la nécessité de clarifier les coûts liés au prélèvement, au dépistage, à la conservation, au stockage et à la distribution des produits sanguins, mais aussi de rendre ces éléments compréhensibles pour les familles.
L’enjeu est d’éviter que le public ne reste dans le flou sur ce qu’il paie réellement lorsqu’il acquiert une poche de sang.
Le ministère appelé à publier une grille tarifaire claire
Face à cette situation, les familles de patients drépanocytaires demandent au ministère de la Santé publique de renforcer le contrôle des banques de sang et de clarifier les tarifs applicables sur l’ensemble de la ville de Kinshasa.
Elles souhaitent notamment la publication d’une grille tarifaire officielle, claire et accessible au public, précisant les coûts applicables aux produits sanguins et les éventuelles prestations associées.
Elles appellent également les autorités à harmoniser les procédures administratives afin que celles-ci ne constituent pas un obstacle lorsqu’un médecin prescrit une transfusion en urgence.
Cette demande rejoint les préoccupations déjà exprimées par le ministère autour de la transparence dans le secteur de la santé. Le ministre de la Santé Publique, Dr Samuel-Roger Kamba, avait notamment annoncé en 2025 des initiatives destinées à améliorer la transparence des tarifs des soins et insisté sur la prise en charge des situations critiques.

Une question de santé publique
Pour les familles de drépanocytaires, dont certains enfants peuvent nécessiter des transfusions répétées, la question dépasse largement le cas d’une seule mère.
Elle touche à l’accessibilité financière du sang, à l’équité dans l’accès aux soins, à la transparence des tarifs et à l’éthique de la prise en charge des patients.
Le ministère de la Santé est ainsi appelé à établir les faits, vérifier les tarifs rapportés par les familles et, le cas échéant, prendre les mesures nécessaires pour garantir une tarification transparente et des procédures adaptées aux urgences transfusionnelles.
La UNEFM.CD entend poursuivre ce dossier en donnant également la parole aux responsables des banques de sang concernées et aux autorités sanitaires afin d’obtenir des explications sur les tarifs effectivement applicables à Kinshasa.
Car derrière chaque poche de sang, il n’y a pas seulement un prix : il y a souvent une vie qui attend.
Lionel IPAKALA Y.
