USA, Kabila a manqué de décliner Naanga, et invite la Cour constitutionnelle et la DGRAD à son procès

Fin Juillet 2026, Corneille Nangaa s’est déclaré, urbi et orbi, prêt à céder la tête de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) à l’ancien Président Joseph Kabila, affirmant qu’il le considérait comme son « chef » et «une figure de référence pour son mouvement :

« Il a toujours été notre chef, même lorsqu’il était chef de l’État. S’il veut nous rejoindre aujourd’hui, je serais heureux de lui laisser ma place. C’est d’ailleurs ce que nous attendons ».

Jamais Joseph Kabila ne s’est publiquement inscrit en faux aux propos plébiscites de Corneille Nangaa. Bien au contraire, on les a vus, tout jovial, dans Goma.
Quelques semaines après, Joseph Kabila espère se refaire une virginité à l’international, en tentant de s’aseptiser des crimes de sang, des crimes économiques, des crimes de guerre de l’AFC/M23 parfaitement documentés par des experts de l’ONU et des ONG jouissant d’une crédibilité certaine auprès des chancelleries occidentales.

Par le biais de son avocat, Me Erich C. Ferrari, Joseph Kabila a saisi, le 4 Août dernier, la justice fédérale américaine (Cour de District de Columbia) pour obtenir l’annulation des sanctions prises à son encontre par les Etats-Unis et son retrait de la liste noire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor. Kabila s’en prend particulièrement au directeur de l’OFAC, Bradley T. Smith. Washington avait annoncé le 30 Avril avoir sanctionné Kabila pour «son rôle dans le soutien au Mouvement du 23 Mars (M23) et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC)».

La sanction était présentée comme un instrument au service des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, parrainés par les Etats-Unis et signés le 4 Décembre 2025 par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. Kabila nie tout en bloc. Il tient pour preuve que lorsqu’il était chef de l’Etat et commandant suprême des FARDC, l’Armée Congolaise, qu’il avait dirigé en 2013 la campagne militaire qui «avait vaincu le M23 et l’avait expulsé du territoire congolais», un fait qui «contredit» la conclusion actuelle du Trésor.

Sur ce point, Kabila aura pour témoin à charge, Corneille Nangaa : «Il a toujours été notre chef, même lorsqu’il était chef de l’État», a déclaré le commandant en chef des troupes du M23 devant la presse.

Et l’opinion pourra toujours relire l’histoire: au terme de chaque rencontre entre Joseph Kabila, alors chef de l’Etat, et Paul Kagame sur la crise dans l’Est de la RDC, les M23 conquéraient une bourgade ou une cité minière. Le 27 Septembre 2012, à la suite d’une rencontre avec Paul Kagame à New-York, Kabila s’est prêté à une interview à BBC, où il était tout hilare, alors que les bourgades de Rugari et Kibumba sur la route de Goma venaient de tomber entre les mains de M23. « La vérité c’est qu’on a pas de bonnes relations [rire], c’est ça la vérité [rires], on n’a pas de bonnes relations avec notre voisin, le Rwanda [sourire] ».

Et d’ajouter quant à l’issue du conflit :

«La solution peut être militaire, la solution peut être politique, la solution peut être diplomatique, ou soit la combinaison de ces trois pistes de solution ».

En 2013, face au déploiement des troupes de la SADC dont un gros contingent tanzanien, les M23, sûrement informés par une taupe depuis Kinshasa, s’étaient en réalité retirés, corps et biens, sans coup férir, des zones qu’ils occupaient pour l’Ouganda d’où ils ont repris leurs équipées criminelles.
L’avocat-conseil de Kabila soutient dans sa plainte que l’inscription de son client sur la liste noire de l’OFAC est devenue «une interdiction mondiale de fait de traiter avec [Kabila]», a entraîné «le blocage de ses biens et la fermeture de l’accès aux services financiers, lui causant un «préjudice personnel et réputationnel irréparable», accentué par des médias internationaux.

C’est là que Kabila ouvre largement les portes de son futur procès à Kinshasa.
Selon les prescrits de la constitution de la RDC de 2006 amendée en 2011, en son article 99, avant son entrée en fonction et à l’expiration de celle-ci, le Président de la République est dans l’obligation de déposer, devant la Cour constitutionnelle, la déclaration écrite de son patrimoine familial, énumérant les biens meubles, y compris actions, parts sociales, obligations, autres valeurs, comptes en banque, les biens immeubles, y compris terrains non bâtis, forêts, plantations et terres agricoles, mines et tous autres immeubles, avec indication des titres pertinents. Le patrimoine familial inclut les biens du conjoint selon le régime matrimonial, des enfants mineurs et des enfants, même majeurs, à charge du couple. Donc même les personnes adoptées.

Et la Cour Constitutionnelle communique cette déclaration à l’administration fiscale, en l’occurrence la Direction Générale des Recettes Administratives, judiciaires, Domaniales et de participation (DGRAD).
Jamais, durant ses deux mandats, que ce soit à l’entrée ou à la sortie de la présidence de la République, Joseph Kabila Kabange n’a daigné se présenter devant la haute cour, même du temps de sa version ancienne, la Cour Suprême.
Et l’article 99 de la constitution poursuit que, faute de déclaration sur son patrimoine, dans les trente jours suivant la fin des fonctions, et surtout en cas de déclaration frauduleuse ou de soupçon d’enrichissement sans cause, la Cour Constitutionnelle serait saisie en vue des poursuites contre le Président honoraire.

Sur les biens de Joseph Kabila, seule la haute Cour congolaise, à défaut de la DGRAD, est à même d’éclairer suffisamment la Cour de District de Columbia et même le Tribunal Fédéral de Maryland où l’affaire des biens immeubles présumés de Joseph Kabila est pendant. Le fonds vautour, FG Hemisphere, accuse, en effet, Joseph Kabila, de s’être servi du Balanne Family Living Trust, en fait un mécanisme de planification successorale qui contourne la voie judiciaire, géré par Aneth Michael Lutale, l’épouse de Francis Selemani Mtwale frère « adoptif » de Joseph Kabila pour camoufler l’identité réelle de ses propriétés, 17 au total, aux Etats-Unis dont quatre de luxe d’une valeur cumulée de 4,15 millions de $US, dans le comté de Montgomery, dans le Maryland.

Condamné par la Haute Cour Militaire, par défaut ou par contumace ( Ndlr, condamner un accusé alors qu’il est absent au procès, généralement parce qu’il ne s’est pas présenté devant le tribunal et n’a pas pu être jugé en sa présence.) , le 30 Septembre 2025, non seulement à la peine de mort sans circonstances atténuantes mais aussi au paiement des dommages et intérêts de 33 milliards $US dont 29 milliards pour la partie civile, la République Démocratique du Congo et 2 milliards pour les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

POLD LEVI MAWEJA

Plus de lectures incontournables

Les plus récents