Au moment où que le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a annoncé l’initiative d’un dialogue national inclusif, Me Jean Pierre Yodi, Ministre-Conseiller, estime que cette démarche intervient à « un moment décisif de l’histoire » de la République Démocratique du Congo. Il prévient : le dialogue doit être un espace de refondation et non une « blanchisserie » pour effacer les crimes.
Il pense que le contexte est lourd. Agression armée dans l’Est, crise humanitaire persistante et tensions politiques internes. Dans ce tableau, l’initiative présidentielle peut, selon lui, constituer « un tournant majeur pour la consolidation de la paix, le renforcement de l’unité nationale et la préservation de nos institutions républicaines ».
Me Yodi rappelle toutefois que l’histoire des dialogues en RDC est contrastée. Si certains ont apaisé des crises, d’autres ont consacré des compromis qui ont entretenu l’impunité et encouragé la répétition des rébellions.
D’où son plaidoyer pour un cadre différent.
« Le dialogue ne peut être réduit à un simple mécanisme de partage du pouvoir ou à une négociation entre acteurs politiques. Il doit être un espace de refondation nationale, où l’ensemble des forces vives de la Nation contribuent à définir une vision commune de l’avenir du pays », confie-il.
Il cite : institutions de la République, majorité, opposition, société civile, confessions religieuses, jeunesse, femmes, autorités coutumières et représentants des communautés.
Pour Me Yodi, l’inclusivité ne doit pas rimer avec effacement des responsabilités. Il met en garde contre tout dialogue qui servirait à amnistier les auteurs de crimes.
« Les millions de victimes des conflits armés, les familles déplacées, les survivants des violences sexuelles, les populations ayant subi massacres, pillages et déplacements forcés ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation. La paix véritable ne peut être bâtie sur l’oubli des souffrances des victimes », insiste le Ministre-Conseiller.
Il dénonce une pratique devenue récurrente : des mouvements armés obtenant, à l’issue de négociations, des avantages institutionnels ou militaires.
« Une telle pratique crée un précédent dangereux : elle peut laisser croire que la violence constitue une voie légitime d’accès aux responsabilités publiques. Or, une démocratie ne peut accepter que les armes deviennent un instrument de promotion politique », martèle-t-il.
La Constitution constitue la boussole
Me Yodi en appelle au respect strict de la Constitution, notamment de son Préambule qui consacre l’attachement du peuple congolais à l’État de droit, à l’unité nationale, à la démocratie et au rejet de toute accession au pouvoir par des moyens contraires à l’ordre constitutionnel.
« Cela ne signifie nullement qu’il faille refuser toute discussion. Bien au contraire. Les grandes nations savent dialoguer dans les moments les plus difficiles. Mais elles dialoguent sans renoncer à leurs principes fondamentaux », souligne-t-il.
Le Ministre-Conseiller propose une feuille de route claire. Le dialogue devrait poursuivre plusieurs objectifs prioritaires : renforcer la cohésion nationale, consolider les institutions républicaines, réformer durablement le secteur de la sécurité, améliorer la gouvernance, protéger les ressources stratégiques du pays, promouvoir la réconciliation entre les Congolais et définir un consensus national sur les grandes réformes d’avenir.
Sur la question des crimes du passé, il mise sur la justice transitionnelle. « Elle permet de concilier les impératifs de paix avec les exigences de vérité, de responsabilité et de réparation. Une paix durable ne se construit pas contre la justice ; elle se construit avec elle », affirme-t-il.
Enfin, Me Jean Pierre Yodi estime que le peuple congolais aspire « avant tout à une paix durable, à des institutions fortes et à une gouvernance fondée sur la responsabilité ».
« L’heure est venue de démontrer que la République Démocratique du Congo est capable de résoudre ses divergences par les voies démocratiques, dans le respect de la Constitution et de l’intérêt supérieur de la Nation », souligne-t-il.
Pour ce diplmmate, si le dialogue demeure fidèle à ces principes, il pourra devenir « un véritable pacte national pour la paix, la stabilité et le développement ». Dans le cas contraire, s’il devait « consacrer l’impunité ou récompenser le recours aux armes », il risquerait de « fragiliser davantage l’autorité de l’État et de compromettre durablement l’avenir de notre démocratie ».
« Le défi est donc immense. Mais il est aussi porteur d’espérance. C’est dans cet équilibre entre ouverture au dialogue, fidélité aux valeurs républicaines et exigence de justice que se trouve la clé d’une paix véritable, durable et digne pour tous les Congolais », conclut Me Jean Pierre Yodi.
M.Luamuele
