Alors que les consultations en vue d’un éventuel dialogue national inclusif se poursuivent en République Démocratique du Congo, l’AFC/M23 campe sur son refus de discuter avec le pouvoir central de Kinshasa. Une position qui risque de compliquer un peu plus les efforts en cours pour trouver une sortie politique à la crise sécuritaire qui continue de secouer l’est du pays.
Le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, avait déjà réaffirmé cette ligne le 19 Juin dernier, dans son discours de clôture de la 15ᵉ édition du Forum régional des jeunes pour la paix, organisé à Rutshuru, dans le Nord-Kivu.
Dans son intervention, Corneille Nangaa a estimé que la crise congolaise ne pourra être réglée durablement qu’à travers une refonte en profondeur du fonctionnement de l’État. Il a notamment plaidé pour une réforme des institutions, la mise en place d’une armée réellement capable de défendre le territoire national, une police au service des citoyens, une justice indépendante et impartiale, ainsi qu’une administration publique plus efficace.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la relance des initiatives en faveur d’un dialogue national. Les autorités de Kinshasa poursuivent en effet des consultations avec plusieurs acteurs, avec l’accompagnement de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). Le Gouvernement n’a toutefois pas encore précisé officiellement quelles catégories d’acteurs seront appelées à participer à ces échanges.
Sur le plan politique, Kinshasa a jusque-là toujours écarté l’idée d’un dialogue direct avec les groupes armés ayant pris les armes contre la République. Cela n’a pourtant pas empêché, au fil des années, l’ouverture de discussions avec le M23 dans différents cadres de médiation, notamment dans le processus de Doha, au Qatar, ainsi que lors d’autres initiatives diplomatiques.
Le refus affiché aujourd’hui par l’AFC/M23 tombe donc à un moment particulièrement sensible. Il pose la question de la stratégie politique de cette coalition, alors qu’une nouvelle dynamique de dialogue se met en place autour de la nécessité d’examiner les causes profondes de la crise congolaise, un argument que le mouvement rebelle avance régulièrement pour justifier ses revendications.
Cette situation soulève aussi une autre question : le refus de l’AFC/M23 est-il une forme d’auto-exclusion du processus politique en préparation, ou plutôt une manière de faire pression pour imposer d’autres conditions avant toute négociation ?
Elle relance également une interrogation : que devient alors la position de la CENCO et de l’ECC, qui insistaient sur la tenue d’un dialogue inclusif avec la participation du M23 ? Si ce mouvement refuse lui-même de s’asseoir à la table des discussions, quelle marge de manœuvre reste-t-il encore à ces deux institutions religieuses dans leur rôle de facilitation ?
Pour Kinshasa, la question est d’autant plus délicate que le gouvernement congolais a longtemps refusé de considérer l’AFC/M23 comme un interlocuteur politique légitime, présentant plutôt cette coalition comme un mouvement armé soutenu par le Rwanda. Plusieurs rapports d’experts des Nations unies ont, de leur côté, documenté l’implication et le soutien du Rwanda au M23, des accusations que Kigali rejette.
Dans ce bras de fer diplomatique et politique, le principal enjeu demeure celui de la recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Reste désormais à savoir si les initiatives de dialogue en préparation pourront intégrer, directement ou indirectement, les différentes composantes du conflit et, surtout, si les conditions seront réunies pour dépasser les lignes rouges qui, jusqu’ici, ont empêché l’ouverture d’un véritable processus politique inclusif.
Entre refus de dialoguer et volonté de peser sur les conditions d’une éventuelle négociation, l’AFC/M23 semble avoir choisi de rester à distance de l’initiative en cours. Une posture qui pourrait, paradoxalement, renforcer le débat sur sa place dans le futur processus de règlement de la crise congolaise.
Dans ce bras de fer diplomatique et politique, l’enjeu principal reste la recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Reste maintenant à voir si les initiatives de dialogue en préparation pourront intégrer, directement ou indirectement, les différentes composantes du conflit et, surtout, si les conditions seront réunies pour dépasser les lignes rouges qui, jusqu’ici, ont empêché l’ouverture d’un véritable processus politique inclusif.
Entre refus de dialoguer et volonté de peser sur les conditions d’une éventuelle négociation, l’AFC/M23 semble avoir choisi de rester à distance de l’initiative en cours. Une posture qui pourrait, au final, relancer encore davantage le débat sur sa place dans le futur processus de règlement de la crise congolaise.
La rédaction
