RDC, la classe moyenne plonge dans la pauvreté (Les Points)


Face à la conjoncture actuelle, il n’y a que l’administration de la Banque centrale qui manifeste un optimisme outré au point de solliciter la réédition d’une chanson sur le franc congolais. Et pourtant, sur 10 congolais vivant en milieux urbains, 7 se disent avoir croulé dans l’extrême précarité, selon un sondage réalisé du 20 au 22 janvier 2026 par l’institut “Les Points” auprès de 1000 personnes âgées d’au moins 18 ans, vivant dans les 24 grandes villes congolaises dont Kinshasa.

Plus de 82 % des sondés affirment avoir
vu leur pouvoir d’achat diminuer au cours des six
derniers mois. “Nous voilà en plein milieu du mois de février, mais dans l’administration publique, la paie du mois de janvier se paie à compte-gouttes, alors que les dépenses des institutions publiques dont des ministères ont déjà explosé en ce début de l’année 2026. La BCC évalue à 531 millions USD consommés en trois semaines par led institutions politiques du pays dont le gouvernement”, regrette la chroniqueuse économique Nadia Sheruja. “Les Points” poursuit que 85% des personnes sondées constatent une hausse marquée des prix des denrées de première nécessité, des produits pharmaceutiques, des matériaux de construction et des frais de transport alors que l’on observe une baisse du prix du carburant à la pompe. ” Alors que le chef de l’État rêvait d’une classe des millionnaires congolais, c’est plutôt la classe moyenne ou celle qui s’y ressemble qui est tombée dans le ravin de la survie! “, déplore cet agent de l’ Observatoire de la surveillance de la corruption et de l’éthique professionnelle (Oscep).

Pour cet expert du marché des biens et services, l’opinion des patronats est plutôt à la lisière de l’incertitude, la FEC en tête suite aux dérives du régulateur de la sous-traitance dans le secteur privé”. L’institut Les Points relève que les charges fiscales cumulées annihilent les effets escomptés des ajustements économiques opérées par le VPM/Économie, Daniel Mukoko Samba. Et le sondage de “Les Points” indique les enquêtés relèvent une aggravation de la pauvreté, une précarisation de la sécurité alimentaire, une montée de la criminalité urbaine et un creusement des inégalités. Dans une économie largement informelle, la multiplication des prélèvements fragilise le tissu entrepreneurial et enferme selon eux de nombreuses familles dans une spirale de sous-pauvreté.


Environ 84 % des personnes interrogées estiment qu’aucune mesure concrète n’a été mise en œuvre. S’appuyant sur le droit de pétition, 87 % dénoncent l’inefficacité gouvernementale face aux pratiques fiscales abusives et exigent des réformes urgentes dont une simplification du système fiscal, un audit
national transparent des taxes, un moratoire sur les
prélèvements affectant les produits de grande consommation ou encore une meilleure transparence dans l’utilisation des fonds publics.

Le sondage met en lumière des pratiques de perception jugées opaques et parfois illégales: au-delà des organismes fiscaux nationaux, les régies
provinciales, les entités territoriales décentralisées
et parfois des agents non autorisés sont accusés de multiplier prélèvements et redevances. L’institut
cite notamment des administrations telles que la
DGDA, la DGI, la DGRAD ainsi que certaines régies
provinciales et établissements publics, accusés d’initiatives dispersées qui alimentent la hausse des prix. De nombreux ménages parlent d’un «harcèlement fiscal et moral quotidien», matérialisé par des tickets et jetons à payer sans transparence sur l’affectation des sommes collectées. Pour les opérateurs économiques interrogés, cette asphyxie
fiscale «étouffe l’initiative privée, décourage les
investissements nationaux et étrangers, freine la création d’emplois et installe un climat des affaires hostile». Notons que, parmi les sondés, bon nombre ont sollicité la révision du Code des douanes.


Pour l’institut «Les Points», sans réformes structurelles et rapides, la République Démocratique du Congo risque un affaiblissement
durable de son tissu économique et social, avec
des conséquences lourdes sur l’emploi, l’investissement et la cohésion sociale. Si l’administration Tshisekedi peut se frotter les mains des résultats obtenus à l’international, particulièrement aux États-Unis, en interne, par contre, le front social s’embrase. La pauvreté avance à grandes enjambées vers la misère.


Pold LEVI

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