Nord-Kivu : le blackout télécoms dans les zones sous contrôle du RDF/M23 qualifié de « punition collective »

La coupure prolongée du réseau de téléphonie mobile et de l’internet dans plusieurs territoires du Nord-Kivu continue d’alimenter l’inquiétude et la colère. Depuis début janvier, les habitants de Rutshuru, Masisi, Kalehe, ainsi que de larges zones de Walikale et Lubero, sont privés de toute communication dans des régions actuellement sous contrôle du RDF/M23.

Pour Aimé Mukanda Mbusa, notable de Rutshuru et défenseur des droits humains, cette mesure touche des millions de civils et équivaut à une sanction collective :

« Les familles sont coupées les unes des autres, les activités économiques sont à l’arrêt et l’accès à l’information est quasiment inexistant. C’est une situation inacceptable », déplore-t-il.

Une crise aggravée par d’autres restrictions
Le blackout télécoms intervient dans un contexte déjà très tendu. La fermeture de l’aéroport de Goma et la suspension de plusieurs services bancaires ont accentué l’asphyxie économique et sociale dans ces territoires.

Pour les habitants, ces mesures combinées rendent la vie quotidienne presque impossible.
Selon Aimé Mukanda Mbusa, priver une population vivant en zone de conflit de ses moyens de communication constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux ;

« On ne peut pas parler de cessez-le-feu effectif tant que les civils restent isolés du pays et du monde », insiste-t-il.

Appel au rétablissement immédiat des services
Le défenseur des droits humains appelle les autorités à rétablir sans délai la téléphonie et l’internet dans toutes les zones affectées. Il plaide aussi pour la réouverture des banques et de l’aéroport de Goma, qu’il considère comme des infrastructures vitales pour la survie des populations :

« Il faut reconnecter nos populations innocentes au reste du pays. Sans cela, toute promesse de paix restera vide de sens », martèle-t-il.

Soupçons de reconfiguration du réseau

En arrière-plan de cette crise, des sources locales évoquent l’implantation progressive d’équipements de MTN Rwanda dans certaines zones contrôlées par la rébellion afin d’y fournir des services de téléphonie et d’internet. Des informations que Kinshasa a déjà confirmées et dénoncées.

Pour rappel, le Mardi 10 Février, la Primature a réuni le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique José Mpanda, le président de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo (ARPTC) Christian Katende, ainsi que des représentants d’Airtel, Orange et Vodacom.
Les autorités y ont indiqué soupçonner MTN Rwanda d’exploiter des fréquences appartenant à la RDC sans autorisation, un acte jugé comme une atteinte à la souveraineté numérique du pays.

À ce jour, aucune réaction officielle n’a été enregistrée ni du côté du Rwanda, ni du mouvement rebelle AFC/M23.

Fiston Muhindo
Correspondant/Goma

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