La perte de contrôle de vastes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, passées sous domination du Mouvement Rebelle AFC/M23 soutenu par le Rwanda, a profondément bouleversé les équilibres sécuritaires et politiques dans la région des Grands Lacs. Dans ce contexte de crise aux ramifications régionales évidentes, l’absence d’Antipas Mbusa Nyamwisi à plusieurs séances plénières de l’Assemblée nationale a suscité interrogations et polémiques. Elle relève pourtant d’un repositionnement stratégique mûrement réfléchi.
Élu national de la ville de Butembo et élu provincial du territoire de Lubero, Antipas Mbusa Nyamwisi incarne une double légitimité institutionnelle et territoriale au Nord-Kivu. Face à l’effondrement sécuritaire touchant directement ses bases électorales, il a estimé incohérent de demeurer à Kinshasa dans une posture d’observation, pendant que les populations de l’Est subissaient les conséquences d’un conflit largement alimenté par des dynamiques régionales.
Son choix de quitter temporairement le pays s’inscrit dans une démarche de diplomatie active, visant à porter la voix des territoires meurtris du Nord-Kivu auprès des acteurs régionaux. Originaire de Beni et de Butembo, affectueusement surnommé Mushakulu par les populations de Beni, Butembo et Lubero, il a entrepris une série de déplacements dans plusieurs pays africains afin de multiplier les contacts politiques et diplomatiques.
Cette initiative s’appuie sur une expérience institutionnelle significative. Ancien ministre de l’Intégration régionale, Antipas Mbusa Nyamwisi a été au cœur des mécanismes de coopération entre la RDC et ses voisins.
À ce poste stratégique, il a travaillé sur les questions de sécurité transfrontalière, de libre circulation et de dialogue politique régional, développant une connaissance approfondie des forces et des limites des organisations sous-régionales, notamment dans la gestion des crises.
Dans ses échanges avec différents acteurs impliqués dans la crise congolaise, Mbusa Nyamwisi s’est constamment démarqué des options militaristes. Il n’a jamais rejoint un groupe armé et a, au contraire, plaidé pour une approche fondée sur la médiation, la désescalade et la reconstruction de la confiance entre États de la région des Grands Lacs. Cette posture l’a positionné comme un acteur politique capable de faire le lien entre les réalités locales de l’Est congolais et les équilibres géopolitiques régionaux.
Dans cette dynamique, Antipas Mbusa Nyamwisi a également rencontré plusieurs parties directement concernées par la crise à l’Est de la République Démocratique du Congo, avec pour objectif explicite de contribuer à une sortie durable de crise.
Ses démarches l’ont conduit à échanger aussi bien avec des Présidents de la République en fonction qu’avec des chefs d’État honoraires, ainsi qu’avec diverses personnalités politiques et diplomatiques citées ou impliquées dans les processus liés à la crise sécuritaire de l’Est du pays. Ces consultations s’inscrivent dans une logique inclusive, privilégiant le dialogue politique comme voie de désescalade et de réconciliation régionale.
Sa récente réception à Luanda par le président angolais João Lourenço revêt une portée géopolitique majeure. Elle intervient dans le sillage du déplacement du chef de l’État congolais en Angola, où se prépare un dialogue devant réunir les différentes parties belligérantes. L’Angola, qui cherche à s’imposer comme un pivot de la médiation régionale, semble ainsi miser sur des profils disposant à la fois d’une expertise diplomatique avérée et d’une forte légitimité locale.
Cette rencontre illustre une évolution notable dans les stratégies de résolution de la crise : la reconnaissance croissante du rôle que peuvent jouer des acteurs politiques congolais expérimentés, enracinés dans les territoires affectés par le conflit. À travers Mbusa Nyamwisi, c’est une approche articulant intégration régionale, dialogue politique et représentativité locale qui refait surface.
Dans une Région des Grands Lacs marquée par la fragmentation des initiatives et la méfiance entre États, ce recentrage sur la diplomatie, l’expérience institutionnelle et l’ancrage territorial apparaît comme l’un des rares leviers crédibles pour espérer une paix durable à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Laurette Mandala Kisolokele
