Dialogue national ou faillite représentative : pourquoi Tshisekedi doit dissoudre le Parlement (Tribune de Jo M. Sekimonyo)

Alors que l’appel à un “dialogue national” s’impose dans le débat politique congolais comme solution à la crise, l’économiste politique Jo M. Sekimonyo renverse la perspective : pour lui, ce recours révèle moins une volonté de consensus qu’une faillite du système représentatif. Dans cette tribune, il soutient que le Parlement issu des urnes a perdu sa capacité à arbitrer les conflits majeurs de l’État, et que seule une dissolution suivie d’une refondation électorale peut restaurer une démocratie réellement opérante en République démocratique du Congo.

  1. Le diagnostic : Un mécanisme de substitution

Le débat sur le dialogue national est souvent perçu comme une recherche de consensus, mais cette lecture est trompeuse. Le recours au dialogue est un indicateur précis de dysfonctionnement institutionnel.

Dans un État opérationnel, les crises sont traitées par les institutions issues du suffrage universel ; quand celles-ci échouent, le dialogue devient un mécanisme de substitution révélant une incapacité structurelle à décider. 

L’histoire congolaise montre que le dialogue répondait autrefois à un vide institutionnel manifeste (Conférence nationale souveraine, Accords de Sun City). Aujourd’hui, la situation est différente : la demande de dialogue intervient dans un cadre constitutionnel établi après des élections coûteuses censées restaurer la pleine légitimité des institutions. 

  • Accepter le dialogue aujourd’hui revient à admettre que le processus électoral n’a pas produit une architecture capable d’arbitrer les conflits. 
  • C’est un aveu d’impuissance collective où les élus reconnaissent que leur institution ne peut plus exercer sa fonction centrale de décision. 
  • Cela substitue une logique transactionnelle et informelle à la souveraineté du suffrage universel. 
  1. La décision publique ou le contournement institutionnel

Un Parlement doit absorber la crise pour la transformer en décision publique. Sa fonction est structurante : c’est l’espace où les rapports de force deviennent des normes et des choix budgétaires. 

  • Défaillance majeure : Le recours au dialogue pour trancher des questions de sécurité ou de gouvernance révèle l’incapacité du Parlement à transformer le conflit en décision souveraine. 
  • Marginalisation : Les députés, bien qu’élus, ont une capacité limitée à influer sur les orientations stratégiques de l’État. 
  • Crise du contrat représentatif : Le Parlement délibère mais ne décide plus sur l’essentiel, créant une légitimité formelle sans autorité réelle. 

Maintenir une institution incapable d’arbitrer revient à institutionnaliser le contournement comme mode de gouvernance permanent. 

  1. Le dialogue comme suspension du suffrage populaire

Si le dialogue se tient, il agira comme une suspension pratique du système représentatif. Le Parlement devient alors un organe secondaire relégué à la ratification d’accords négociés ailleurs. 

  • Cette correction extra-électorale, faite au nom de la stabilité, introduit une hiérarchie où la légitimité transactionnelle prime sur la légitimité électorale. 
  • Le suffrage universel ne devient qu’un préalable symbolique à des arrangements politiques. 
  • À long terme, cela dissocie la responsabilité du pouvoir et affaiblit durablement l’architecture démocratique. 
  1. Dissoudre pour refonder : L’exigence de clarté

Lorsque le canal représentatif ne parvient plus à produire des arbitrages crédibles, la dissolution n’est pas une sanction, mais un acte de clarification démocratique. 

  • Faillite de la loi électorale : Les modes de scrutin actuels ont structuré une représentation fragmentée, déconnectée de l’intérêt productif et imperméable à la performance économique. 
  • Le “poison institutionnel” : Cette loi viole les principes de représentation équitable et nuit à la croissance économique en empêchant la prévisibilité des politiques publiques. 
  • La solution : La refondation passe par une reconstruction du lien entre le vote et la capacité d’action de l’État. 
    La dissolution devient un moment constituant pour rendre la démocratie opérante. La légitimité ne se restaurera pas par des dialogues sans mandat, mais par une loi électorale constitutionnelle et économiquement viable, capable de produire un Parlement apte à décider plutôt qu’à être contourné.

Joe Sekimonyo
PhD Chancelier de l’Université Lumumba – Économiste politique hétérodoxe)

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