Ce jour là du 16 Février 1992 : quand la foi a défié les balles pour la démocratie au Zaïre

Le Dimanche 16 Février 1992 restera gravé comme l’un des jours les plus sombres et les plus lumineux de l’histoire politique congolaise. Sombre par le sang versé, lumineux par l’espoir qu’il a réveillé.

Ce jour-là, dans la capitale du Zaïre, aujourd’hui la République Démocratique du Congo, des milliers de chrétiens quittent les églises après la messe, bougies et rameaux à la main. Catholiques et protestants marchent ensemble.

Ils ne brandissent ni pierres ni armes, mais une seule exigence : la reprise de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), suspendue par le Premier ministre Jean Nguz Karl-i-Bond sous le régime du maréchal Mobutu Sese Seko.
La prière, pourtant, va être accueillie par le feu.

Quand l’État répond par les balles

À peine la marche lancée, les forces de sécurité prennent position. Les rues sont verrouillées, les fidèles encerclés. Puis, sans sommation, les tirs éclatent.

Des balles réelles frappent des hommes, des femmes, des enfants. Des citoyens sans défense.
Des corps tombent. Les bougies se brisent. Des manifestants sont poursuivis jusque dans les églises. Certains y sont abattus.

Le bilan ne sera jamais officiellement clarifié.

L’archidiocèse de Kinshasa parle de 21 morts, tandis que des témoins et ONG évoquent plusieurs dizaines de victimes. Le régime tente d’étouffer l’affaire, mais la tragédie est déjà entrée dans la conscience collective.

Un tournant dans la lutte démocratique

La « Marche de l’Espoir » fait l’effet d’un séisme politique. À l’intérieur comme à l’extérieur du pays, l’opinion découvre un État qui tire sur des croyants pacifiques.
Sous la pression populaire et internationale, le pouvoir recule.

La Conférence Nationale Souveraine est relancée. Et en août 1992, le chef de l’opposition Étienne Tshisekedi wa Mulumba est nommé Premier ministre de la transition, bien qu’une monination qui a plus joué pour le jeu politique qu’à l’intérêt du peuple congolais. Puisque l’arrivée attendu du farrouche opposant incarnant la volonté du peuple au changement radical sera démis de ses fonctions, quelques mois après.

Les morts du 16 février n’ont donc pas été inutiles : ils ont brisé la peur et forcé l’ouverture politique.

Un héritage encore inachevé

Trente-quatre ans plus tard, une question persiste : la RDC a-t-elle été à la hauteur du sacrifice de ses martyrs ?

  • Sur le plan historique, la réponse est positive :
  • le rapport de force a changé,
  • le pluralisme politique a été relancé,
  • le peuple a prouvé qu’il pouvait défier la dictature.

Mais sur le plan de la gouvernance, le constat est plus amer : Autoritarisme, corruption, impunité et crises politiques continuent de miner l’État. La mémoire du 16 février est souvent invoquée, rarement traduite en politiques publiques au service du peuple.

Une date qui interpelle les consciences

Chaque 16 février, la RDC honore les Martyrs de la démocratie. Cette commémoration n’est pas un rituel vide : c’est un appel.

Un appel à se souvenir que la démocratie congolaise est née dans le sang de croyants sans armes.
Un appel à comprendre que la liberté ne s’offre pas : elle se conquiert.
Un appel à reconnaître que, ce jour-là, la foi a été plus forte que les fusils.

Combien de 16 février encore ?

La vraie question n’est pas de savoir combien de vies devront encore être sacrifiées, mais si les Congolais sont prêts à protéger chaque jour les acquis de leurs martyrs.
Car le peuple a déjà prouvé, en 1960, en 1992 et lors des luttes pour l’alternance, qu’il sait se lever.

Ce qui a trop souvent manqué, ce sont des dirigeants fidèles à ce sacrifice.
La démocratie ne se gagne pas une fois pour toutes.
Elle se défend, se contrôle et se protège, jour après jour.

Les morts du 16 février ne sont pas tombés pour des élections truquées, ni pour l’enrichissement de quelques-uns.
Ils sont morts pour que le peuple congolais soit souverain dans son propre pays.
C’est à cette exigence que la République est encore appelée à répondre.

Lionel IPAKALA

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