Dans une tribune au vitriol, l’ambassadeur PCA Jean-Thierry Monsenepwo démonte point par point la stratégie de victimisation déployée par Augustin Matata Ponyo après sa récente apparition sur une chaîne de télévision française. À des milliers de kilomètres de Bukanga Lonzo, l’ancien Premier ministre tente de réécrire l’histoire. Mais les faits, eux, sont restés au pays.
Un plaidoyer médiatique à l’étranger
La dernière sortie médiatique de Matata Ponyo sur une chaîne française n’avait rien d’anodin. Face aux caméras, l’ancien Premier Ministre s’est présenté comme une victime d’un pouvoir autoritaire, persécuté pour ses opinions et ciblé pour son ambition politique.
Une mise en scène bien rodée, destinée à séduire l’opinion internationale et à transformer un dossier judiciaire en affaire de droits de l’homme.
Mais pour Jean-Thierry Monsenepwo, auteur d’une tribune largement relayée, cette stratégie relève d’une fuite en avant :
« Matata Ponyo n’est pas jugé pour ce qu’il pense, mais pour ce qu’il a fait », rappelle-t-il.
Selon lui, le recours aux plateaux étrangers vise moins à défendre une vérité qu’à créer un écran de fumée autour du scandale Bukanga Lonzo.

Bukanga Lonzo, le cœur du problème
Au centre de cette controverse se trouve un projet autrefois présenté comme révolutionnaire. Le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo devait être le symbole de la renaissance agricole congolaise.
Il est devenu, au fil des ans, le symbole d’un échec retentissant et d’un gaspillage massif des fonds publics.
La tribune de Monsenepwo insiste sur un point clé : le procès en cours n’est pas politique, il est comptable et moral.
Marchés publics violés, paiements sans livraisons, incohérences budgétaires, absence de traçabilité… les griefs relevés par l’Inspection Générale des Finances IGF, sont lourds et documentés.
À l’époque des faits, Matata Ponyo cumulait les fonctions de Premier Ministre et de Ministre des Finances.
Cette double casquette, souligne Monsenepwo, le place au cœur du dispositif décisionnel. Il ne peut donc se défausser ni sur ses collaborateurs ni sur le contexte politique.
De l’audit à la justice
Ironie de l’histoire : c’est Matata Ponyo lui-même qui avait saisi l’IGF pour demander un audit, espérant sans doute se blanchir.
Mais l’enquête a révélé un système de gestion défaillant et une chaîne de décisions difficilement justifiable. Le rapport a logiquement été transmis à la justice, ouvrant la voie au procès qui logiquement conduit à un verdict qui le condamne .
C’est après cette étape que l’ancien chef du gouvernement a choisi de se repositionner politiquement, quittant son parti d’origine, créant une nouvelle formation et annonçant sa candidature à la présidentielle. Pour Monsenepwo, cette chronologie n’est pas un hasard :
« la politique est devenue son dernier refuge face à la justice ».
Quand la scène internationale devient un refuge
La sortie de Matata Ponyo sur une chaîne française s’inscrit dans cette logique. En internationalisant son discours, il cherche à déplacer le débat du terrain judiciaire vers celui de la victimisation politique. Une stratégie classique, mais que la tribune de Monsenepwo démonte avec rigueur :
« On ne juge pas un opposant, on juge une gestion », martèle l’ambassadeur PCA.
Pour lui, Bukanga Lonzo n’est pas un simple dossier technique, mais un test de crédibilité pour l’État congolais : celui de savoir si les dirigeants peuvent être tenus responsables de l’usage de l’argent public.

Le procès de la responsabilité
À Paris, Matata Ponyo parle de persécution. À Kinshasa, les magistrats examinent des contrats, des virements et des marchés publics. Deux récits s’affrontent. Mais un seul repose sur des documents.
Comme le souligne Jean-Thierry Monsenepwo, la vérité ne se construit pas sur les plateaux de télévision, mais dans les prétoires.
Et c’est là, au cœur du dossier Bukanga Lonzo, que se joue aujourd’hui non seulement le sort d’un homme, mais aussi le principe même de la reddition des comptes en République Démocratique du Congo.
Lionel IPAKALA
