Inspecteurs Judiciaires en RDC : la bombe à retardement des 1.131 candidats et la solution INAFORJ

Le dossier des 1.131 candidats récemment retenus pour la formation des Inspecteurs de la Police Judiciaire des Parquets s’impose aujourd’hui comme l’un des plus sensibles pour le gouvernement congolais, en particulier pour le ministère de la Justice. Mal géré, il risque de se transformer en véritable crise institutionnelle.

Au cœur de la polémique, deux thèses s’affrontent. Pour les uns, ces candidatures devraient être purement et simplement rejetées, car elles ne respecteraient aucune norme légale en matière de recrutement et de formation. Pour les autres, il s’agit d’une vaste arnaque, dans la mesure où la République Démocratique du Congo n’a plus organisé de formation d’inspecteurs judiciaires depuis 1986, année de la 19ᵉ et dernière session assurée par l’ancienne École de Criminologie, alors soutenue par la coopération technique belge.

Depuis la fermeture de cette école, plus aucun inspecteur n’a été formé. Seuls subsistaient les 686 inspecteurs issus des promotions 1965-1986. Or, tous sont aujourd’hui admis à la retraite. Les derniers encore en service, au nombre de 89, ont officiellement quitté la fonction le 1ᵉʳ janvier 2026.
Résultat : un pays de de 2.345.410 de km² se retrouve sans un seul Inspecteur de la Police Judiciaire des Parquets. Autrement dit, l’Inspection Générale de la Police Judiciaire des Parquets n’existe plus de facto.

Un vide qui inquiète au plus haut point les professionnels du secteur :

« L’Inspection Judiciaire est le pilier de l’action du Ministère Public, le bras séculier de la justice », confie un ancien haut responsable.

Sans ce service, parler d’État de Droit relève, selon lui, de l’illusion :

« Tuer l’Inspection Judiciaire, c’est tuer la justice. Et sans justice, il n’y a ni démocratie, ni développement », martèle un Procureur de la République.

C’est dans ce contexte qu’un sit-in des candidats devant la Primature a attiré l’attention de la rédaction de C-NEWS, qui a ouvert une enquête sur ce dossier explosif.

Une sortie de crise : l’INAFORJ

Face à l’impasse, une solution semble faire consensus parmi plusieurs experts : confier la formation des candidats à l’Institut National de Formation Judiciaire INAFORJ en sigle . Créé par le décret n°16/025 du 22 juillet 2016, l’INAFORJ est légalement habilité à former non seulement les magistrats, mais aussi les Inspecteurs judiciaires, greffiers et secrétaires.

Pour ces observateurs, annuler purement et simplement le concours serait une erreur stratégique, d’autant plus que l’État y a déjà investi des ressources publiques. Mieux vaut capitaliser sur l’existant et rediriger les candidats vers l’INAFORJ afin de régulariser la procédure.

L’enjeu est d’autant plus crucial que les besoins sont énormes. La RDC compterait environ 8.000 magistrats, ce qui implique un effectif théorique de 16.000 inspecteurs, à raison de deux inspecteurs par magistrat. Or, dans certaines Provinces comme le Lualaba, pourtant poumon économique du pays, près de 300 magistrats exercent sans le moindre inspecteur.

Un processus sous contrôle

Selon les propositions avancées, l’INAFORJ pourrait reprendre le processus sur des bases strictement légales :

  1. Réception des dossiers à partir du niveau de graduat ;
  2. Vérification de l’authenticité des diplômes ;
  3. Organisation d’un concours officiel ;
  4. Prise d’empreintes digitales le jour de l’examen ;
  5. Épreuves anonymisées par codes ;
  6. Correction et archivage ;
  7. Admission des candidats retenus à la formation.

La formation intégrerait obligatoirement la Police Scientifique, avec une seconde prise d’empreintes pour prévenir toute fraude :

« C’est ce système qui a toujours garanti l’intégrité de ce corps d’élite », rappellent d’anciens inspecteurs aujourd’hui retraités.

À l’issue de la formation, les lauréats ne deviendraient pas automatiquement inspecteurs. Leur intégration dépendrait d’un arrêté du Ministre de la Justice, suivi d’une affectation dans les différents Parquets pour un stage professionnel d’un à deux ans.

Entre crise et opportunité

Pour plusieurs acteurs judiciaires, ce dossier peut devenir une opportunité historique de refonder l’Inspection Judiciaire, tout en s’inscrivant dans la promesse présidentielle de création massive d’emplois.

Rejeter les 1.131 candidats reviendrait non seulement à aggraver la pénurie de personnel judiciaire, mais aussi à compromettre durablement l’efficacité de l’appareil judiciaire. À l’inverse, miser sur l’INAFORJ permettrait de transformer une crise en levier de modernisation, dans un secteur vital pour l’État de droit en République Démocratique du Congo.

Tiré de C-news par John Tshingombe

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