Kinshasa : les Ronds- points Gambela et Huileries, réhabilités en 2024 déjà rattrapées par l’abandon

À peine quelques années après leur réhabilitation, les ronds-points Gambela, dans la commune de Kasa-Vubu, et des Huileries, à la limite des communes de Lingwala et Kinshasa, donnent déjà les signes d’un retour à l’abandon. Ces deux espaces, réaménagés en janvier 2024 sous l’impulsion de Gérard Mulumba, alors gouverneur de Kinshasa par intérim, illustrent une nouvelle fois les difficultés de la capitale congolaise à assurer le suivi et l’entretien de ses infrastructures urbaines.

Au rond-point Gambela, situé au croisement des avenues Gambela et Victoire, le changement avait pourtant été spectaculaire. Lancés le 30 janvier 2024 sur instruction de Gérard Mulumba, les travaux avaient transformé un espace longtemps marqué par les immondices en un lieu aménagé avec pelouse, fleurs, allées piétonnes et bancs publics. Le 6 février suivant, l’autorité urbaine venait encore constater l’évolution du chantier.

L’objectif était alors de redonner à ce carrefour emblématique de Kasa-Vubu une vocation d’espace public agréable, où les riverains et les passants pouvaient s’arrêter, se reposer ou simplement profiter d’un environnement plus propre et verdoyant.
Mais le décor a depuis changé.

La pelouse, autrefois au cœur de l’aménagement, a progressivement perdu son éclat. Les espaces verts présentent aujourd’hui un aspect desséché, tandis que certaines dalles qui délimitent le site commencent à se détériorer. L’éclairage solaire, qui contribuait à sécuriser et à valoriser les lieux à la tombée de la nuit, semble également perdre de son efficacité.

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Ces observations décrivent l’état visible des installations en voie de dégradations.
À cette dégradation matérielle s’ajoute le retour de l’insalubrité. La nuit, l’endroit tend à redevenir un refuge pour les enfants en situation de rue, communément appelés « shégués », signe que l’aménagement physique n’a pas été accompagné d’un dispositif durable d’entretien, de surveillance et de gestion de l’espace.
Aucun responsable précis de la maintenance quotidienne du site n’a toutefois été publiquement identifié dans les éléments disponibles.

Le même constat est observé au rond-point des Huileries, dont les travaux d’embellissement avaient été engagés quelques jours avant, précisément le 24 Janvier de la même année. Pelouse, pavés, bancs et éclairage solaire avaient alors redonné une nouvelle apparence à cet espace longtemps associé aux immondices et aux occupations anarchiques des vendeurs à la sauvette, sans oublier aux filles de la joie .

Ces deux cas posent une question plus large : à quoi sert de réhabiliter à grands efforts des espaces publics si leur entretien n’est pas assuré dans la durée ?
Le problème dépasse ainsi la seule responsabilité de l’autorité ayant initié les travaux. Il renvoie à la capacité des institutions urbaines à assurer la maintenance des ouvrages, à protéger les espaces aménagés contre les occupations anarchiques et à garantir un entretien régulier des équipements publics.

La réhabilitation de Gambela et des Huileries avait montré qu’une volonté politique pouvait rapidement transformer des endroits devenus insalubres en espaces urbains attrayants. Mais l’expérience montre aussi que la réhabilitation ponctuelle ne suffit pas.
Sans entretien, sans surveillance et sans mécanisme permanent de gestion, les investissements consentis risquent de perdre rapidement leur valeur. À Gambela comme aux Huileries, le spectacle actuel rappelle donc une vieille faiblesse de la gestion publique en RDC : construire ou réhabiliter demeure une chose ; préserver durablement ce qui a été réalisé en est une autre.

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Et lorsque les ouvrages se dégradent quelques mois ou quelques années seulement après leur réhabilitation, c’est la question de l’efficacité de la dépense publique qui finit inévitablement par se poser.

Lionel IPAKALA Y.

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