Or ougandais, fortune suspecte : quand le pillage alimente le pouvoir

Les exportations d’or de l’Ouganda ont été multipliées par cinq en six ans, sans que les autorités monétaires puissent en expliquer l’origine. Selon plusieurs médias économiques, un aveu du vice-gouverneur de la Banque centrale ougandaise aurait mis en lumière un scandale d’État aux répercussions régionales, au moment où la République Démocratique du Congo paie le prix de son manque d’unité, de gouvernance et de défense nationale.

L’Ouganda est-il devenu, en quelques années, un géant minier de l’or ? Ou n’est-il que la plaque tournante d’un gigantesque système de pillage régional ?

La question n’est plus théorique depuis la déclaration, ci haut soulignée, pour le moins troublante du professeur Augustus Nuwagaba, vice-gouverneur de la Banque centrale d’Ouganda, reconnaissant, selon plusieurs médias économiques, publiquement son incapacité à retracer l’origine des exportations d’or en pleine explosion.
Selon les chiffres officiels, les exportations aurifères de l’Ouganda sont passées de 1,26 milliard de dollars en 2019 à 6,4 milliards de dollars en 2025, soit une hausse cumulée de 409 % et un taux de croissance annuel moyen de 31 %.

Une performance qui ferait pâlir d’envie les plus grands pays producteurs d’or… si elle reposait sur des gisements réellement ougandais.
Or, l’Ouganda ne dispose pas de réserves connues capables de justifier un tel boom.

Cette anomalie statistique nourrit deux hypothèses également accablantes.

Deux scénarios, un même scandale

Le premier scénario suggère que le régime de Yoweri Museveni aurait organisé un système de détournement de l’or provenant des pays voisins, notamment de la République Démocratique du Congo et du Soudan du Sud, sous la protection de l’armée ougandaise, les UPDF.
Ce schéma expliquerait l’implication récurrente des forces ougandaises dans les conflits régionaux riches en minerais.

Le second scénario est tout aussi grave : l’or est bien ougandais, mais ses revenus n’entrent pas dans les caisses de l’État. Ils seraient captés par un cercle restreint autour de la famille présidentielle et de ses alliés, transformant une richesse nationale en trésor privé.

Dans les deux cas, le vice-gouverneur de la banque centrale, en avouant son ignorance, met à nu l’opacité d’un système où les milliards circulent hors de tout contrôle public.

Élections verrouillées, richesses protégées

Dans un pays où l’or génère désormais plusieurs milliards de dollars par an, le contrôle du pouvoir devient une question de survie pour ceux qui profitent de cette manne.
C’est ce qui explique, selon de nombreux analystes, les élections systématiquement contestées et la répression politique : les enjeux financiers sont trop élevés pour être risqués dans une véritable alternance.

L’or, plus que la démocratie, est devenu le socle du régime.


La RDC, victime structurelle

Pour la République Démocratique du Congo, ce scandale ougandais agit comme un miroir cruel.
Aussi longtemps que les Congolais ne seront pas unis pour défendre les intérêts vitaux du pays, qu’ils ne construiront pas une armée républicaine forte et dissuasive, et qu’ils ne mettront pas en place une gouvernance rigoureuse bannissant la corruption, les détournements et autres antivaleurs dans la gestion de la République, la RDC restera le gisement à ciel ouvert du développement des autres.

Hier la Belgique, aujourd’hui le Rwanda et l’Ouganda : le pillage change de visage, mais jamais de logique.
Et lorsque, à Kampala même, le vice-gouverneur de la Banque Centrale s’étonne publiquement de l’origine de l’or exporté, c’est que le scandale a atteint un niveau impossible à cacher.

L’appétit, décidément, vient en mangeant, mais ici, c’est un pays entier qui est dévoré.

Lionel IPAKALA

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