À Kinshasa, tout partout où rayonne encore la Rumba congolaise, patrimoine immatériel et culturel mondial de l’UNESCO, le passage au nouvel an a une nouvelle fois été marqué par l’écoute de « Bamasta Bonané », une œuvre emblématique du regretté guitariste et compositeur Franco Luambo Makiadi.
Cette chanson, devenue un classique des fêtes de fin d’année, véhicule des messages de vœux, de joie et de partage, selon l’analyse d’un spécialiste de la culture congolaise, cité par l’Agence Congolaise de Presse ACP.
D’après Audifax Bemba, analyste culturel brazzavillois, Franco Luambo aborde le thème du Nouvel An avec légèreté et humour, fidèle à son image d’artiste malicieux :
« Dans cette chanson, le Grand Maître s’adresse à ses amis, les bamasta, terme dérivé de l’anglais mister et désignant les loubards de l’époque, ainsi qu’à leurs familles, à qui il présente ses vœux pour l’année nouvelle », explique-t-il à l’Agence de presse Publique de la République Démocratique du Congo.
L’analyste souligne également la dimension spirituelle du morceau :
” Franco y invoque l’assistance divine, appelant à la solidarité et à l’entraide envers les plus démunis, comme en témoigne le passage en lingala « Nzambé asunga bino bobatéla bayuma » ( ndlr , Que Dieu vous aide à soutenir les ” faibles ” ).
Sans renoncer à son ton taquin, l’artiste n’hésite pas à rappeler, sur un mode ironique, certains travers de ses personnages, notamment les petits larcins du quotidien, évoqués par des formules imagées sur le vol de moutons ou de poules dans les quartiers populaires.
Pour Audifax Bemba :
« Bamasta Bonané s’inscrit clairement dans le registre humouristique propre au Grand maître Lwambo Makiadi Franco, tout en restant profondément ancrée dans la réalité sociale ».
L’expert rappelle par ailleurs que cette chanson a bénéficié de la participation de plusieurs figures majeures de l’OK Jazz, notamment Sam Mangwana à la première voix, Franco Luambo à la seconde, ainsi que Lola Djangis, Isaac Musékiwa, Pedro Isaac, Francis Bitsoumanou, Céli Bitshou, Jean-Félix Mpouéla, sans oublier Dupool aux tumbas.
Décédé le 12 octobre 1989 à Namur, en Belgique, à l’âge de 51 ans, Franco Luambo Makiadi demeure l’un des piliers de la musique africaine moderne. Véritable chroniqueur de son époque, il a laissé une œuvre foisonnante, souvent qualifiée d’anthropologique, mêlant humour, critique sociale et portée morale.
Plus de trois décennies après sa disparition, ses chansons continuent de traverser les générations et d’accompagner les grands moments de la vie collective, à l’instar de Bamasta Bonané, indissociable des célébrations du Nouvel An, Il en est de même actuellement pour la chanson ” Okana ” de Blaise BULA, abusivement appelé Saint Valentin pour les festivités de cette fête, célébrée le 14 Février de chaque année par les amoureux en République Démocratique du Congo.
