De plus en plus influent dans le régime de Brazzaville, Kigali y est-il pour quelque chose dans l’accident qui a coûté la vie au cycliste Miguel Masaïsaï et arrêté du coup son expédition « Pedals for peace » vers Rabat (Maroc)? À Kinshasa, même le gouvernement est encore en mode émotion et compassion. Apparemment, la RDC ne solliciterait même pas une enquête approfondie sur les circonstances de ce drame, tant les deux capitales les plus rapprochées du monde, s’activent encore- un peu plus côté Kinshasa- à dissiper la crise de l’affrontement fluvial de Makotimpoko-Yumbi, entre les patrouilles des forces navales de deux États.
Pour autant, Kinshasa doit et aurait dû s’assumer face aux initiatives individuelles menées par la jeunesse de Goma face à l’occupation rwandaise. Qu’a déjà fait Kinshasa pour le jeune rappeur très engage et » fatshicrate » Delcat Idengo, 26 ans, ( de son vrai nom Delphin Katembo Vinywasiki,) assassiné le 13 février 2025 à Goma, par des soldats rwandais appuyant les rebelles du M23 alors qu’il tournait un clip vidéo. Si l’on dit que l’artiste ne meurt jamais, c’est par ses oeuvres. Hélas.
La disparition de Miguel Masaïsaï ne doit pas seulement susciter l’émotion. Elle doit également provoquer une profonde et sérieuse réflexion sur la responsabilité des pouvoirs publics face aux initiatives citoyennes menées dans des contextes à haut risque. Nous citerons encore le geste , » on tue en RDC sous silence de la communauté internationale » de Cédric bakambu qui a suscité une panique au Rwanda lorsqu’il fut exécuté en plein match du championnat rwandais de football par le joueur Hériter LUVUMBU, malheureusement laissé jusqu’à ce jour à son triste sort. Et voilà l’extin tion brutale de » Pedals for peace » de Miguel Masaisai… Hélas , Une fois de plus les leçons seront tirées plus tard.
À 25 ans, ce jeune Congolais s’était lancé dans un défi hors du commun : parcourir près de 14.000 km à vélo, de Goma à Rabat, pour porter à l’échelle internationale un message de paix et d’unité, aussi sensibiliser l’opinion sur la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Un engagement personnel, certes. Mais un engagement qui enflammait davantage une cause nationale : la paix dans une partie du territoire congolais meurtrie par trois décennies de conflits armés auréolés d’un génocide de plus 15 millions de morts, menés par le Rwanda, documentés par plusieurs rapports des institutions internationales.

Des alertes qui auraient dû interpeller les autorités
Selon les informations récoupées et témoignages rapportés lors de son parcours, Miguel Masaisai avait déjà alerté les autorités sur les menaces pesant sur sa sécurité, notamment après son retour d’Afrique du Sud et durant son déplacement vers Kinshasa.
C’est précisément à ce niveau que se pose la question de la responsabilité de l’État. Sous d’autres cieux, un briefing presse se serait dejà tenu sur ce drame national!
Lorsqu’un citoyen entreprend une initiative citoyenne à caractère patriotique dans un environnement marqué par l’insécurité et qu’il signale lui-même des risques pour sa sécurité, la réponse des pouvoirs publics ne devrait-elle pas aller au-delà de la simple prise d’acte ?
Sans remettre en cause le caractère volontaire de son initiative, un accompagnement institutionnel aurait pu être envisagé : dispositif de sécurité dans les zones sensibles, assistance médicale, soutien logistique et accompagnement communicationnel.
Sécurité, santé, logistique : un accompagnement était possible
Un tel dispositif aurait pu comprendre une équipe de sécurité chargée de l’accompagner dans les zones à haut risque, une équipe médicale capable d’assurer son suivi quotidien et d’intervenir en cas d’urgence, ainsi qu’un véhicule 4×4 avec chauffeur et matériel nécessaire pour assurer la logistique du périple.
Sur le plan de la communication, l’État aurait également pu saisir l’opportunité de transformer cette initiative individuelle en véritable campagne de sensibilisation autour de la paix en RDC. Documenter le parcours, diffuser régulièrement les étapes, relayer le message du jeune cycliste et donner une visibilité internationale à son initiative auraient permis de faire de son périple un instrument supplémentaire de diplomatie citoyenne.
Prévenir plutôt que constater après le drame
La question mérite donc d’être posée sans détour : fallait-il attendre le drame pour mesurer la nécessité d’un accompagnement ?
Pour un lobbying citoyen confronté à des menaces dont Miguel Masaisai avait déjà dénoncé et pressions qui touchaient à sa vie , la prévention devrait donc être au cœur de l’action publique. Lorsqu’un citoyen s’engage volontairement dans une initiative exposée à des risques identifiés, l’État dispose, à travers ses services de sécurité, de santé et d’administration territoriale, de leviers permettant d’évaluer ces risques et, lorsque cela est possible, de mettre en place des mesures de protection adaptées. Les ministères d’intégration et de la coopération régionale, de sport et de la défense nationale, voire de la communication et médias devraient travailler pour ces genres d’initiatives, en synergie pour permettre une bonne exploitation de ce long parcours qui devrait traverser plusieurs zones à risques. La disparition de Miguel Masaisai rappelle ainsi que le patriotisme citoyen ne devrait pas être laissé seul face aux dangers lorsqu’il s’exprime dans des zones où l’État lui-même reconnaît l’existence de risques sécuritaires.

Miguel Masaisai, un symbole à honorer
Le jeune cycliste voulait atteindre Rabat pour attirer l’attention du monde sur les souffrances des populations de l’Est de la RDC. Son projet dépassait donc sa personne : il entendait porter une cause qu’il considérait comme nationale.
Son décès ne doit pas être réduit à une tragédie individuelle.
Il appartient désormais aux autorités congolaises de tirer les leçons de ce drame et de réfléchir à un mécanisme permettant d’encadrer et de sécuriser les initiatives citoyennes qui contribuent à la défense de la paix, à la sensibilisation internationale et à la promotion de l’image de la RDC.
À 25 ans, Miguel Masaisai avait choisi de pédaler pour porter la voix de la paix. Il revient désormais à la République de décider quelle place elle veut accorder à la mémoire de ceux qui s’engagent, parfois au prix de leur vie, pour une cause qu’ils considèrent comme celle de toute la nation.
Des funérailles dignes et une reconnaissance nationale de son engagement constitueraient, à ce titre, un hommage à sa mémoire et un signal adressé à tous les Congolais qui choisissent de s’engager pacifiquement pour leur pays.
Pourquoi pas des hommages lors de la campagne des éliminatoires de la CAN 2027 des léopards A, déjà ce Mardi 24 Septembre au stade des martyrs de la Pentecôte ? Miguel Masaisai, n’est -il pas, lui-même un martyrs de la paix en RDC ? A jamais dans les cœurs des artisans de la paix en RDC. Repos éternel Champion Miguel Masaisai, un courage et l’audace qui mérite pris comme modèle patriotique pour la paix dans le Monde entier. La rédaction de la Unefm présente ses condoléances les plus attristées à sa famille.
LaUnefm.cd
