KINSHASA : Quand la lutte contre l’insalubrité oppose le Gouvernement provincial au Service national

La campagne d’assainissement de Kinshasa, engagée dans le cadre du Task Force initié par le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi, fait apparaître des divergences entre l’Hôtel de Ville et le Service National sur la conduite des opérations dans la capitale.

La lutte contre l’insalubrité à Kinshasa produit des résultats visibles. Plusieurs artères ont été dégagées, des espaces publics libérés et des actions sont menées pour renforcer la discipline et le civisme dans la capitale.
Mais derrière ces avancées se dessine désormais une tension entre le Gouvernement provincial de Kinshasa et le Service National, dont les méthodes d’intervention suscitent des interrogations.
Au cœur de cette opposition : la question de savoir qui doit conduire et encadrer les opérations d’assainissement dans la capitale.

L’Hôtel de Ville rappelle ses prérogatives

La récente intervention dans un immeuble de la commune de la Gombe illustre cette divergence. Des occupants affirment avoir été contraints de rester dans le bâtiment pendant près de 48 heures dans le cadre d’une opération liée à l’insalubrité.

Face à cette situation, l’Hôtel de Ville est intervenu pour faire lever les scellés et permettre aux occupants de reprendre leurs activités.
Le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, a également rappelé aux responsables du Service National présents sur place que l’administration de la ville relève des autorités provinciales.
Cette intervention traduit une volonté de Kinshasa de reprendre la maîtrise des opérations menées sur son territoire.

Le Service National au cœur du débat

Le Service National intervient dans le cadre du Task Force mis en place pour accompagner les autorités dans l’assainissement de la capitale. Mais certaines de ses méthodes sont contestées, notamment lorsque des citoyens sont soumis à des sanctions jugées disproportionnées ou humiliantes pour des faits liés à l’insalubrité.

La question n’est pas de remettre en cause la nécessité de faire respecter les règles. Elle porte plutôt sur les limites des pouvoirs exercés sur le terrain et la compétence des différents services impliqués.
Le Service national doit-il agir directement comme une autorité de contrôle et de sanction ou accompagner les institutions provinciales dans l’exécution de leurs missions ?
C’est précisément sur cette ligne que semble se dessiner la divergence entre les deux structures.

Une clarification nécessaire

La situation pose donc la nécessité d’une clarification des responsabilités. L’Hôtel de Ville doit exercer ses compétences administratives sur la capitale, tandis que le Service National, engagé dans cette opération nationale, doit agir dans le cadre qui lui est assigné.

L’enjeu est d’éviter que deux autorités ou services ne donnent des instructions contradictoires sur le même terrain.
Car au-delà de cette confrontation institutionnelle, c’est le citoyen qui risque de se retrouver au centre d’une confusion des compétences.

Préserver les acquis de l’assainissement

La campagne de salubrité reste pourtant nécessaire. Kinshasa avait besoin d’une action vigoureuse contre les immondices, les occupations anarchiques et certaines formes d’incivisme.
Mais cette opération ne peut produire durablement ses effets que si les institutions travaillent de manière coordonnée.
L’Hôtel de Ville doit administrer la capitale, le Service National doit accompagner l’effort national d’assainissement et chaque ministère ou service doit assumer les responsabilités qui lui sont légalement dévolues.

La réussite de l’opération ne devrait donc pas se transformer en compétition entre institutions.
Kinshasa a besoin de propreté, mais aussi d’une chaîne de commandement claire. La lutte contre l’insalubrité doit unir les institutions plutôt que les opposer.

Zéphyr Kanyinda Consultant

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