Nkamba, symbole spirituel ou source de tensions ? Dans une réflexion ferme, Jonas Tshiombela appelle à la responsabilité des leaders religieux face aux discours de division, rappelant que la foi ne doit jamais devenir un instrument de rivalité. Entre tolérance, mémoire collective et unité nationale, il met en garde contre les dérives qui menacent l’équilibre fragile de la République. La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.
Dans une République aussi diverse que la nôtre, chaque parole publique a un poids. Et lorsque cette parole émane d’un leader religieux, elle devient encore plus lourde de sens, plus chargée de responsabilité. Voilà pourquoi les récentes déclarations d’un homme de Dieu, visiblement irrité par la reconnaissance de la cité de Nkamba comme ville sainte, interrogent, inquiètent… et appellent une mise au point ferme.
Nkamba n’est pas une invention récente, ni une construction politique opportuniste. Depuis des décennies, elle est reconnue par les fidèles de l’Église Kimbanguiste comme la “Nouvelle Jérusalem”, un lieu spirituel, historique et identitaire. Cette réalité précède les régimes, traverse les époques et s’inscrit dans la mémoire collective d’un peuple. La décision du Chef de l’État ne crée pas la foi ; elle constate une réalité vécue, enracinée, assumée.
Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas le débat car le débat est sain dans une démocratie mais le ton, l’intention et surtout la dérive. Lorsqu’un leader religieux s’érige en juge de la légitimité spirituelle d’une autre confession, il franchit une ligne dangereuse. Car en République Démocratique du Congo, la tolérance religieuse n’est pas une faveur : c’est un acquis fondamental, fruit d’une longue cohabitation entre croyances.
La sagesse africaine nous enseigne :
“Le fleuve ne boit pas son eau, l’arbre ne mange pas ses fruits.”
Autrement dit, chacun existe aussi pour les autres, dans le respect et l’équilibre. Vouloir imposer sa vision du sacré, c’est oublier que Dieu ne parle pas une seule langue, ne se révèle pas dans un seul temple, ne marche pas sur un seul chemin.
L’histoire biblique de Caïn et Abel nous offre une leçon intemporelle : lorsque la jalousie remplace la foi, lorsque la comparaison remplace la conviction, le frère devient ennemi. Caïn n’a pas été rejeté pour son offrande, mais pour son cœur. Et c’est ce cœur troublé qui a engendré la division, la violence, la rupture.
Aujourd’hui, certains discours ressemblent dangereusement à cette jalousie spirituelle. Pourquoi l’élévation de Nkamba dérange-t-elle ? Pourquoi la reconnaissance d’une foi devient-elle une menace pour une autre ? Depuis quand le sacré est-il une compétition ?
Il faut le dire clairement : personne n’a le monopole du sacré. Chaque Église, chaque religion, chaque communauté a sa doctrine, ses symboles, ses lieux de référence. La République, elle, n’impose pas une foi ; elle garantit à chacune le droit d’exister. Lier cette reconnaissance à la personne du Président Félix Tshisekedi est une erreur d’analyse, voire une tentative de politisation dangereuse. La foi ne doit jamais être instrumentalisée pour des règlements de comptes ou des frustrations personnelles.
À vous, chers croyants kimbanguistes, la réponse la plus forte reste la dignité. Ne tombez pas dans le piège de la provocation. Comme le dit un proverbe :
“Quand quelqu’un vous provoque, ce n’est pas en perdant votre sagesse que vous lui répondez.”
La grandeur d’une foi se mesure dans sa capacité à rester debout sans écraser l’autre.
Et à vous, leaders religieux, rappelons ceci : vous êtes des bâtisseurs de paix, pas des semeurs de discorde. Vos paroles doivent apaiser, rassembler, éclairer non diviser, opposer ou enflammer. La RDC est une mosaïque de croyances. Et c’est précisément cette diversité qui fait sa richesse. Toucher à cet équilibre, c’est jouer avec le feu.
Nkamba n’est pas le problème. Le vrai problème, c’est lorsque la foi devient jalousie, lorsque la parole devient poison, lorsque le religieux oublie sa mission première : unir les hommes autour de Dieu, et non les diviser au nom de Dieu. Que chacun garde sa foi, mais que tous gardent la paix.
Jonas Tshombela
( Serviteur des pauvres )
