Honorables députés et sénateurs, je vais droit au but : comment peut-on emprunter de l’argent à rembourser au double ! pour des projets dont les ressources internes de financement sont déjà acquises, sûres et certaines ?
Encore une rocade de 31 km pour désengorger Kinshasa de ses bouchons ?
L’annonce a été faite par le ministre des Finances, le 13 Avril 2026, à l’occasion d’un point de presse dans la capitale. La rocade compte, en effet, parmi les sept projets dits « prioritaires » devant être financés par les fonds mobilisés via l’Eurobond, en fait, le prêt de 1,2 milliard $US obtenu récemment et tant vanté par Doudou Fwamba. Le ministre des Finances a aussi en projet la réhabilitation de 300 km de la voirie de la capitale et l’extension de l’aéroport de N’djili avec un nouveau terminal de 49.000 m2 pouvant accueillir 5 millions des voyageurs l’an.
Cependant, aucun de ces trois projets évoqués par Doudou Fwamba ne figurent ni dans la loi des finances publiques 2026 ni dans le cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) triennal 2026-2028. En d’autres termes, c’est des projets imaginés à la va vite, à l’emporte-pièce pour les besoins de la cause: consommer le milliard de l’Eurobond.
Concernant, la rocade de Fwamba. Il convient de rappeler qu’en Janvier 2024, grâce à la perspicacité de l’ancien Chef de Service de l’IGF, Jules Alingete Key, l’Etat congolais a arraché un avenant au projet Sicomines. En numéraires, cet addendum apporte 7 milliards $US à la RDC, une somme exclusivement allouée aux infrastructures routières dont la phase pilote est les deux rocades en construction autour de Kinshasa.
Construites par la société Covec, partant de l’est de la capitale, de l’avenue Ndjoku, la première rocade enjambe le boulevard Lumumba, l’allée Buma, communément appelée Antoine Gizenga, et ouvre sur N’djili Brasserie puis poursuit sa trajectoire en longeant l’avenue de la Paix, atteint Kimwenza Gare, autour de laquelle des cités des agents publics sortent de terre. La rocade aboutit à Mitendi, en formant une bifurcation avec la Route Nationale n°1 au terme d’un tracé de 41,54 km.
La rocade Est reliera, en effet, le quartier Ndjili Kilambu à Mont-Ngafula, les Pk 16+800 comprenant la zone à exproprier et Pk 13+800 où est érigée la Base vie de Covec.
Sur le flanc occidental de Kinshasa, Crec 8 se charge de la construction de la rocade Sud-Ouest, qui va de Mitendi, sur la Route Nationale n°1, jusqu’à l’arrêt Mbudi, sur une longueur de 21,38 km.
Les premières rocades de Kinshasa s’étirent donc sur 73 km de part et d’autre de la banlieue kinoise. Le projet s’étend sur trois ans, de Juin 2024 à Juin 2027. En clair, chaque année, Sicomines qui assure le financement des travaux devrait verser près de 132 millions de dollars l’an, exactement 131 979 367,99 $US pour l’exécution des travaux. Fwamba ne dit pas où il va construire sa rocade et à quel prix. De toute manière, si Kinshasa nécessite une troisième rocade, les ressources supplémentaires obtenues de Sicomines sont disponibles.
Autant pour les 300 km des routes de la capitale que le tout puissant ministre des Finances veut construire avec l’emprunt d’Eurobond. Point n’est besoin de rappeler que ces projets ne figurent pas, expressis verbis, dans le canevas triennal du ministère en charge des infrastructures. Le CBMT planifie plutôt :
« la poursuite de la construction des routes et voiries retenues dans le cadre du contrat chinois (Sicomines)…construction de la rocade Nord-Est de Kinshasa. » ou encore «le bitumage et la modernisation du réseau routier d’intérêt général sur un linéaire de 12.730 Km à travers le territoire national, la réhabilitation du réseau routier en terre à travers le territoire national sur un linéaire
de 18.500 km, la construction des périphériques de 2×2, 3 ou 4 voies pour les grandes villes … le développement d’un système de drainage global compte tenu de la forte pression démographique et des constructions anarchiques au niveau des villes ».
Honorables députés et sénateurs,
Il y a des agglomérations dans nos provinces qui n’ont même pas 5 km des routes asphaltées. Je pense à Lumumba-ville, aux entités déconcentrées des Nord et Sud Ubangi, etc., Par ailleurs, le ministre des ITPR, John Banza, a établi la liste des artères prioritaires à réhabiliter dans la capitale. Il s’agit des avenues Tourisme, Laurent-Désiré Kabila, École, Mondjiba, Libération, UA ex-OUA, Amitié nippo-congolaise ex-Poids lourds, Etienne Tshisekedi ex-Huileries, et les deux boulevards Lumumba et du 30 Juin.
Visiblement, Doudou Fwamba n’a pas consulté les ministres sectoriels avant d’élaborer la liste de ses 7 projets.
Au sujet du nouveau terminal à l’aéroport de N’djili. Selon le CBMT, les principaux projets du secteur des Transports , dans le sous-secteur du transport aérien, sont plutôt :
« l’acquisition des aéronefs pour les sociétés CONGO AIRWAYS et AIR CONGO, la poursuite de la réhabilitation des aéroports de (Kenge, Kavumu deuxième phase, Luano, N’djili, Kisangani, Gemena, Isiro, Lisala, Kananga et Goma), la réhabilitation des chaussées aéronautiques des 11 aéroports nationaux, balisage lumineux (tarmac y compris), la clôture de deux aéroports nationaux ainsi que l’aménagement des routes de service selon le modèle de l’OACI, l’acquisition et installation de centrale solaire hybride de 50 KVA des aérodromes Inongo et Nioki, l’acquisition des radars primaires et secondaires, d’équipements radio navigation pour 14 aéroports, des 8 véhicules anti-incendie pour les aéroports de Boende, Mbandaka, Bandundu, Kikwit, Bukavu, Bunia, Isiro et de Beni, des équipements d’observation Hydrométéorologique et climatique, construction et équipements de nouvelles tours de contrôle des 11 aéroports selon OACI ».
En tout état de cause, les recettes de Go-Pass IDEF (environ 55 à 60 USD pour les vols internationaux et 15 USD pour les vols domestiques) collectées depuis mars 2009, sont destinées à la modernisation des infrastructures aéroportuaires. D’ailleurs, l’Etat a ajouté une nouvelle redevance de 30 $US pour la sécurisation des sites aéroportuaires. Doudou Fwamba a, en réalité, déterré un projet abandonné qui datait du temps où José Makila Sumanda était Vice- Premier ministre et ministre des Transports, en Avril 2018, dans le gouvernement Tshibala : la construction d’une aérogare dite définitive à l’aéroport de N’Djili car l’actuelle inaugurée le 25 Juin 2015 par Joseph Kabila devrait être démontée après 10 ans d’activités, selon la RVA SA, pour Luano, à Lubumbashi.
Devant le Président de la République, l’alors ministre des Transports, Justin Kalumba et le DG de la RVA SA, Abdallah Bilenge s’étaient contredit, l’un parlant du projet d’une « deuxième aérogare » et que le montage financier de la troisième a déjà été bouclé, et l’autre, le DG donc, soutenait que l’aérogare modulaire était une «infrastructure provisoire… » et répétant plus d’une fois «à titre transitoire». Trois ans après, le nouveau ministre sectoriel, José Makila soutient qu’un contrat a été signé, en date du 16 Septembre 2013, entre la RVA SA et Weihai International Economic and Technical Cooperative (WIETC), pour la construction et l’équipement d’une nouvelle aérogare de l’aéroport international de N’Djili.
Le projet comprend, outre la construction d’une nouvelle aérogare de 40 617m², la construction des tarmacs de 74 517 m², le prolongement du taxiway parallèle et des bretelles de 68 891m², la construction d’un parking véhicule de 1 200 places, ainsi qu’une fontaine et les travaux de déviation du boulevard Lumumba sur 5 km. Selon José Makila, le projet est cofinancé par Exim Bank of China et l’État congolais, signalant que le marché a été régulièrement attribué à WIETC pour un montant de 364,9 millions de dollars pour un délai contractuel de 36 mois à dater du premier paiement.
Ce projet n’a guère évolué. Mais un nouveau projet voit nébuleusement le jour, et le début travaux prévu pour Octobre 2025 en vue de la livraison en 2028. Coût du projet environ 570 millions $US. Rien n’a débuté.
Et les experts s’accordent à soutenir que ce projet n’est pas à ce jour une réelle priorité au regard du taux de fréquentation de l’aéroport de N’djili, moins de 600.000 passagers l’an. Donc un éléphant blanc. En 2025, le nombre exact des passagers était 524.118.
Honorables députés et sénateurs,
Je pouvais m’arrêter à ces trois projets dont j’ai vous ai démontré non seulement leur caractère non prioritaire, sinon redondant, mais surtout que des sources de financement, si jamais, l’Etat tenait à leur réalisation, sont distinctement connues, et nullement l’emprunt d’Eurobond.
S’agissant de quatre autres projets, à savoir une centrale de 64 MW, la ligne de 330 Kv Zambie-RDC (ceinture du cuivre), la RN 4 Kisangani-Beni et le développement des centres de formation professionnelle, Kinshasa, Kisangani, Mbuji-Mayi et Lubumbashi. Doudou Fwamba fait, en réalité du superflu. Et ce n’est pas un fait nouveau.
Entre 2012 et 2019, de nombreux projets totalement financés par des partenaires ont curieusement été repris comme réalisés par les ressources internes. Je citerai notamment la modernisation du port de Kalemie, la fibre optique CAB 5, etc.,
De ces projets, parlons-en. De un, la construction de la centrale hydroélectrique de 64 MW dans le Kasaï Central dont Doudou Fwamba a fait allusion, c’est en réalité, la centrale de Katende, en construction depuis plus de dix ans, simultanément avec Kakobola. Le projet longtemps à l’abandon a été relancé, à la suite d’une visite de Félix Tshisekedi sur le site.
Il est exécuté par trois entreprises, Angelique International Limited (AIL), Mining Engineering Services (MES), et Eco Énergie. Construite sur la rive droite de la Lulua, la centrale hydroélectrique de Katende, dit Grand Katende, devrait desservir quelques grands centres de l’espace Kasaï grâce à la construction d’au moins deux lignes de transport d’énergie électrique. La première ligne, longue de 130 km, devrait alimenter Kananga et Mbuji-Mayi en passant par Tshimbulu. La ligne devait permettre le renforcement du réseau ferroviaire dans l’espace kasaïen.
Longue de seulement 30 km, la seconde ligne reliera Kananga (Kasaï-central) à Bunkonde, en territoire de Dibaya.
Le projet est déjà avancé à près de 65%.
Au départ, le projet était au départ un partenariat public-privé ( PPP). Il y a près de sept ans, le ministre indien des Affaires extérieures, Chandra Prakash, avait effectué le déplacement de Kinshasa pour signifier aux autorités de la RDC que les travaux de construction devraient désormais être exécutés par une société du secteur public indien, LPCC. Et que Kinshasa devrait apporter sa contrepartie (10 millions $US) pour le redémarrage des travaux. Mais après neuf ans d’arrêt, les travaux ont repris en Mai 2025 sur financement propre du Gouvernement. La mise en opération d’une première phase de 16 MW est prévue mi-2027.
De deux, le projet Kalumbila-Kolwezi Interconnector Project (KKIP) est une initiative majeure visant à construire une ligne de transport d’électricité à haute tension de 330 kV, reliant la Zambie à la République Démocratique du Congo (RDC) pour sécuriser l’approvisionnement des opérateurs miniers .
La ligne s’étend sur environ 190 à 200 km, reliant la sous-station de ZESCO à Kalumbila (mine Sentinel de First Quantum en Zambie) à la ville de Kolwezi dans le Lualaba en RDC. En Mars 2025, les travaux ont été lancés par Enterprise Power Zambia Limited (Enpower) et son affilié Enterprise Power DRC.
Et Mai 2025, le régulateur zambien (ERB) a donné son feu vert définitif pour la construction, marquant une étape décisive pour le projet de 270 millions $US. La Société financière internationale (IFC), branche du Groupe Banque Mondiale dédiée au secteur privé, a apporté au projet un soutien de 250 millions $US.
De trois, la Route Nationale Kisangani-Beni (RN4). La réhabilitation et l’asphaltage de la RN4 dans son tronçon compris entre Kisangani- Bafwasende-Nia-Nia-Mambasa-Komanda-Luna et Beni, long de 748,5 km, a commencé en Février 2024. Le ministre de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, était à l’époque aux ITPR, il peut l’attester. Les travaux ont atteint, en Janvier 2026, un taux d’exécution dépassant 61% sur certains tronçons. Les travaux seront exécutés dans une durée initiale de 48 mois par l’entreprise China communications construction company (CCC). Le coût total du projet est évalué à 1.453.070.913 $US sur fonds propres de l’Etat. Ce projet devrait donc absorber tous les 1,2 milliards $US d’Eurobond. Donc Doudou Fwamba ne peut pas prétendre financer la totalité de ce projet.
De quatre, les centres de formation. Voilà un projet qui cadre avec le CBMT 2026-2028. Seulement, pour Kinshasa, le ministère de Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat (FPMA)
priorise la construction des centres de formation professionnelle (Hangar) au Centre de Rééducation à Luzumu dans le Kongo Central et au CPRK de Kinshasa/Makala ou encore la formation continue ou recyclage des formateurs, des inspecteurs aux TIC, formation
ambulatoire dans les sites des déplacés de guerres et Programme National d’Appuis aux
Dépendants Militaires et Policiers (PNADMP).
Par ailleurs, la coopération japonaise (JICA) a déjà déployé des antennes de l’INPP dans les villes ciblées par Doudou Fwamba. Alors que le ministère de FPMA cible des provinces comme Kasai-Central, Equateur, Kwilu, Tshuapa, Nord-Ubangi, Mongala, Haut-Katanga et Lualaba.
A la lumière de toutes ces informations, je vous prie,
chers députés et sénateurs,
que l’un de vous pose, au nom de la redevabilité, une question orale avec débat au ministre des Finances sur ses fameux projets, qui n’en sont pas un, devant être financés le 1,2 milliards $US d’Eurobond. Il y a une lourde présomption de paiements superflus à des fins de retro-commission. Salutations patriotiques.
Pold LEVI Maweja
[email protected]
journaliste professionnel.
