L’État doit «cesser avec la désinformation et la campagne politique nuisible à sa réputation». Propos signé Les Plantations et huileries du Congo (PHC) dirigée par Monique Gieskes. «Ni bradage, ni cession, encore moins une vente quelconque des actions de l’État», fonce le communiqué des PHC très vert à l’encontre du Gouvernement. La Direction Générale des PHC soutient n’avoir que tiré « les conséquences de l’inexistence juridique de l’État comme actionnaire». En clair, un défi à l’administration Tsshisekedi d’apporter «la moindre preuve de paiement» de ses près de 24% du capital.
En clair pour Monique Gieskes ou PHC, c’est selon, elles sont d’aucune utilité les investigations exigées par la première ministre, Judith Suminwa Tuluka au garde des sceaux Guillaume Ngefa ou encore la décision prochaine de la plénière de l’Assemblée Nationale à la suite de la question orale avec débat adressée au même ministre d’État, ministre de la justice.
L’État ne se désengage pas n’importe comment d’une entreprise dont il dispose des actions. Le processus doit s’effectuer en conformité avec les textes suivants, la loi n°08-008 du 7 Juillet 2008 portant dispositions générales relatives au désengagement de l’État, la loi n° 08-010 du 7 Juillet 2008 fixant les règles relatives à l’organisation et à la gestion du Portefeuille de l’Etat ainsi que le droit commun des sociétés commerciales (notamment les règles sur la cession de parts et la dissolution/liquidation le cas échéant de l’Ohada .
Mais, l’acte final, c’est l’approbation du Gouvernement en Conseil des ministres en vue éventuellement de la signature d’une convention (contrat de cession, contrat d’affermage, etc…) actant le retrait de l’État. Et pour ce faire, un décret du premier ministre présenté et débattu en Conseil des ministres met en place l’organe technique habilité à traiter notamment les aspects financiers et juridiques du désengagement de l’État. La seule fois, sous Tshisekedi , que le Conseil des ministres a parlé des huileries, remonte au Vendredi 21 Février 2025 quand la ministre déléguée en charge de la Francophonie et de la Coopération internationale, Bestine Kazadi -et non son collègue du Portefeuille- a annoncé l’adhésion de la RDC au Conseil des pays producteurs d’huile de palme (CPOPC), basé à Jakarta, en Indonésie.
Au cours de cette réunion, le vice-premier ministre, ministre du Plan, Guylain Nyembo, avait présenté le Système d’Information pour le Suivi des Actions Gouvernementales (SISAG). Ce système n’a pas manifestement fonctionné au regard des actes unilatéraux et extra- réglementaires posés par certains ministres. Rappelons que la loi n°08-008 du 7 Juillet 2008 portant dispositions générales relatives au désengagement de l’État, précise à son article 13, que “préalablement à toute opération de désengagement, le ministre ayant le portefeuille
de l’État dans ses attributions, publie un avis au Journal officiel et dans au moins trois organes de presse en vue d’en assurer une large publicité.
Cet avis indique, outre le nom, le capital, le siège social de l’entreprise concernée,
les résultats d’exploitation des trois dernières années, les éléments d’actif, le délai de soumission des offres ainsi que les conditions particulières de cession”. Toutes les fouilles menées dans les archives du Journal officiel ont été vaines. Et, l’incurie atteint un niveau paroxystique quand la première ministre, Judith Suminwa Tuluka , qui devrait donner des orientations sur le désengagement de l’État d’une société , en l’occurrence les PHC, s’en étonne et recommande à son ministre de Justice , le Garde des sceaux Guillaume Ngefa de dénicher l’escroc qui a tourné l’État en bourrique.
Dans sa correspondance n°CAB/PM/DIRCAB/OVR/2026/846 datée du 11 Avril 2026, Mme Suminwa recommande, en effet, à M. Ngefa de sécuriser la situation et prendre toutes mesures conservatoires pour geler les actions concernées; clarifier les faits via un audit judiciaire et financier pour identifier les responsabilités et agir en engageant les poursuites appropriées sur base des conclusions. Mais plus d’un mois et demi après, l’affaire rejaillit d’un tel un volcan en furie quand la lettre du Président de la commission nationale Agriculture et Forêt à la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) et actionnaire minoritaire dans PHC, Kalaa Mpinga, datée du début avril 2026 et qui a sans doute mis la puce à l’oreille de la première ministre, se retrouve sur les réseaux sociaux.
Le député Antoine Bushabu Bope en fait une question orale avec débat qu’il adresse au Guillaume Ngefa.
Pourquoi tergiverser tant pour exécuter un ordre de sa hiérarchie ? Et pourtant dans sa lettre, Monsieur Agriculture et Forêt de la FEC a tout mis sur la place publique. La dépossession de la RDC de ses parts, soit 66.733 actions équivalent à 23,83% du capital social, s’est déroulée à l’aide d’un document sans valeur signé par une personne n’ayant point qualité.
Moins de 24 heures avant la remise et reprise avec Julie Mbuyi shilu au Portefeuille, Jean-Lucien Bussa Tongba permuté à l’Aménagement du territoire depuis le 7 août 2025, délègue, le 11 Août, un influent membre de son cabinet et chargé de suivi des participations de l’Etat dans des sociétés d’économie mixte, Dr William Bolima Bolitshi, professeur à l’Université de Kinshasa et auteur, -l’on n’en croirait pas ! -de « De la criminalisation de l’Etat comme mode gestion des entreprises publiques en RDC », à l’Assemblée Générale Extraordinaire de PHC, pour perpétrer un véritable «Congocide » à coup d’une procuration spéciale référencée n°0870/MINPF/MTM/JLB/202ù5. La procuration porte, en effet, sur le désengagement de l’Etat dans les Palmeraies et Huileries du Congo. Le prof a réalisé le crime qu’il a pourtant condamné dans son ouvrage ! Mais il n’y a pas de crime parfait. Le député Antoine Bushabu Bope, auteur de la question orale adressée au ministre de la Justice, rappelle, en effet, que l’article 6 alinéa 4 de l’ordonnance n°24/88 du 11 novembre 2024 interdit tout acte de disposition pendant la période de transition gouvernementale. Pour autant, la direction générale des PHC estime que les dés sont déjà jetés, la messe est dite, l’actionnaire Etat congolais, c’est du passé d’autant plus qu’il n’a jamais existé.
Rétablir la vérité historique!
Monique Gieskes, ex-Dg de Vlisco-RDC, remerciée avec poursuites restées pendantes devant les cours et tribunaux, et le Nigérian naturalisé américain Wale Adeosun, président de Kuramo Capital Management, actionnaire majoritaire de PHC, ignorent visiblement tout de l’histoire des ex-Palmeraies et huileries du Congo-Belge. En 1960, l’actionnariat des PHC alors appelées Plantations Lever au Congo (PLC), créée le 19 mai 1911, était détenu à près de 100% par le géant britannico-néerlandais Unilever. Le groupe industriel en gardait le contrôle total via ses filiales, héritières des anciennes Huileries du Congo Belge (HCB). La structure de l’actionnariat s’est progressivement transformée pour intégrer des capitaux congolais et des investisseurs internationaux. En 1973, sonne la nationalisation mobutienne, appelée zaïrianisation, renforcée en cela par la loi Bakajika, selon laquelle le sol et le sous-sol appartiennent exclusivement à l’État. Et le gouvernement zaïrois prend part à l’actionnariat des PHC en transformant les vastes concessions héritées des HCB en parts. C’est un territoire de plus de 100.000 hectares, soit 1.000 km², répartis entre Boteka, Yaligimba et Lokutu dans les ex-provinces de l’Equateur et de la Province orientale. En clair, la RDC a apporté aux PHC u e concession plus vaste que plus de 24 pays dans le monde dont le Bahreïn, les Seychelles, Malte, Vatican et Liechtenstein réunis. Pour nombre d’experts, les 23,83 % des parts représentant 66 733 actions sont très insignifiants par rapport à l’apport en nature dans le capital des PHC. Mais le problème du Congo est qu’ «on se sert des moyens de l’Etat pour combattre l’Etat !», comme disait le député et ex-ministre du Budget, Baudouin Mayo Mambeke sur le domaine foncier. Voilà des mois et des mois que Kalaa Mpinga, au départ coactionnaire majoritaire dans PHC a entrepris d’alerter le gouvernement sur les supercheries dans cette société. Mais le fils de Mpinga Kasende, longtemps déclaré personna non grata du temps du régime Kabila car il a été proposé de succéder à Laurent-Désiré Kabila par Robert Mugabe, n’est écouté de personne. Patron de Mwana Africa, il avait racheté les 20% des parts de la société belge Sibeka dans Miba et comptait mener la Minière de Bakwanga à la bourse. Mais son initiative a été bloqué par Louise-Marie Munga Mesozi, alors ministre du Portefeuille en 2013, soutenant que « Kalaa Mpinga avait mis un couteau à la gorge de l’Etat ». L’homme se fera escroquer son entreprise par ses partenaires chinois qui ont disparu depuis.
La légèreté de l’Etat
Début juin 2024, le Nigérian Wale Adeosun, président de Kuramo Capital Management, actionnaire majoritaire de PHC oppose son veto à la nomination comme présidente de Julia Luhonga, désignée par le ministère du Portefeuille pour remplacer Georges Buse Falay qui a démissionné de ce poste. Ce qui irrite les autorités de Kinshasa et même l’autre actionnaire privé, Mafuta Investisment, propriété de Kalaa Mpinga., mais rien n’est fait . L’affaire est portée en justice. La désinvolture! L’État perd le procès devant le tribunal de commerce de Kinshasa/Gombe qui nomme un PCA intérimaire, prérogative pourtant réservée au président de la République. Fin juillet 2024, Julia Lihonga, la dame notifiée par Jean-Lucien Bussa comme P-ca tente au forceps d’entrer en fonction mais dans un communiqué, PHC dont la DG, nommée par l’actionnaire A, depuis 2022, Monique Gieskes, la récuse dans un virulent communiqué. Pas question qu’une autre femme vienne lui faire ombrage.
Puis en septembre 2024, l’État ayant capitulé, Tshisekedi nomme un homme, comme nouveau PCA, Jean Muntuabu Luabeya. Mais dans l’entre-temps, Kalaa Mpinga mène de procès en procès, le Nigérian Wale Adeosun, président de Kuramo Capital Management, actionnaire majoritaire de PHC, sans que l’État, malgré ses près de 24% des parts, ne pense à y voir clair. Kalaa Mpinga accuse Adeosun de « fraude transfrontalière » visant à escroquer PHC et ses actionnaires au profit de quelques privilégiés.
L’action en justice détaille la manière dont Adeosun aurait agi en tant qu’unique mandataire de leur consortium tout en écartant Mpinga. L’abus de pouvoir dont on l’accuse comprend la nomination, en novembre 2022, du Dr Mpoko Bokanga au poste de directeur des opérations de PHC. En 2021, le Dr. Bokanga a co-fondé Growth Alliance Partners (GAP), une société de conseil en marketing. Peu après la nomination du Dr Bokanga, GAP aurait reçu plus de 5,1 millions de dollars de PHC sous forme de « primes de rendement » pour des services fournis entre Avril et Octobre 2022 :
« Le paiement présumé de plus de 5 millions de dollars en primes à une société de conseil ayant des liens étroits avec le Dr Bokanga est une gifle pour les communautés qui continuent à vivre dans la pauvreté après avoir été dépossédées par la société. Cela soulève également de sérieuses questions pour les investisseurs concernant la gestion financière douteuse de PHC », a déclaré Jean-François Mombia Atuku du Réseau d’information et d’appui aux ONG (RIAO-RDC).
Il est également signalé des procès autour d’une bagatelle somme de 158 millions de dollars ! Le Nigérian Adeosun est soupçonné de vouloir profiter du potentiel de croissance de PHC pour lui-même, non sans la complicité de certaines banques. Il semble que la Direction Générale des PHC détient une lettre du Gouvernement qui avait unilatéralement renoncé à ses parts en Juin 2025. Et le 27 Juin 2025, le conseil d’administration des PHC prend acte. Une Assemblée Générale extraordinaire est convoquée le même jour ; l’État y est représenté et accepte « le principe de sortie ».
Le cabinet DACO est mandaté deux mois plus tard pour évaluer la participation publique. L’opération, selon la société, est conduite dans le strict respect du droit OHADA, des statuts sociaux et des règles de gouvernance, se vante aux PHC. L’entreprise a promis une conférence de presse pour mettre à nu l’Etat.
POLD LEVI
