Éclairage public à Kinshasa : entre dilution des responsabilités et obscurité organisée.(Par Jonas Tshiombela, Avocat du peuple.)

À Kinshasa, l’obscurité des rues révèle une autre nuit, plus profonde : celle d’un flou institutionnel où responsabilités et redevabilité se diluent. Dans ce 76e numéro de Résolution de la Conscience Récoltée, Jonas Tshiombela dénonce un système opaque autour de l’éclairage public, entre la SNEL et l’Hôtel de Ville, et interpelle sur la gestion des fonds prélevés aux citoyens. Une tribune incisive qui pose une question centrale : qui répond réellement de la lumière que paie le peuple sans la voir ? La rédaction de la unefm.cd la publie in extenso.

À force de vouloir se décharger de ses responsabilités, l’État congolais finit par plonger ses citoyens dans une obscurité à la fois physique et institutionnelle. La récente sortie de la SNEL, relayée par Africa News paru en debut de la semaine, n’est pas une clarification : c’est une tentative habile de dilution de responsabilité dans un système déjà miné par l’opacité.

Que nous dit-on ? Que la SNEL produit, transporte et distribue l’électricité, mais ne serait pas responsable de l’éclairage public.Très bien. Mais alors, qui perçoit chaque mois les frais d’éclairage public sur les factures des citoyens ? Qui collecte cet argent ? Qui le transfère ? Qui en garantit la traçabilité ? La vérité est simple : on ne peut pas encaisser sans rendre compte.

La SNEL ne peut pas, d’un côté, se présenter comme un simple opérateur technique, et de l’autre, agir comme un collecteur de fonds publics sans assumer les obligations de transparence qui en découlent. Cette posture est intenable. Elle est même dangereuse. Car elle ouvre la voie à une gouvernance de l’irresponsabilité, où chacun renvoie la balle pendant que la population reste dans le noir.

Et pendant ce temps, que devient Kinshasa ? Une capitale de plus de 15 millions d’habitants livrée à l’insécurité nocturne. Des quartiers entiers plongés dans l’obscurité. Des femmes exposées, des jeunes abandonnés, des activités économiques paralysées. L’absence d’éclairage public n’est pas un détail technique : c’est une faillite de l’État.

L’argument selon lequel l’éclairage public relèverait exclusivement de l’Hôtel de Ville est juridiquement discutable et politiquement insuffisant. Car dans toute chaîne de gestion publique, la responsabilité est partagée et cumulative. Celui qui perçoit, celui qui transfère et celui qui exécute sont tous comptables devant le peuple.

Ce que la Nouvelle Société Civile Congolaise exige n’a rien d’excessif :

  • La publication du mécanisme de perception des frais d’éclairage public ;
  • La clé de répartition entre les entités concernées ;
  • Les preuves de transfert effectif des fonds à l’Hôtel de Ville ;
  • Un audit indépendant sur la gestion de ces ressources.

Refuser ces exigences, c’est reconnaître implicitement qu’il y a quelque chose à cacher. Il est temps de mettre fin à cette culture de l’opacité. Il est temps que chaque institution assume pleinement sa part de responsabilité. Il est temps que la lumière soit faite au propre comme au figuré. Car un État qui ne peut pas éclairer sa capitale ne peut pas prétendre éclairer son peuple.

Trop, c’est trop. Le peuple congolais ne doit plus continuer de payer pour un service qu’il ne voit pas. Le peuple congolais ne tolérera plus que l’obscurité serve de couverture à l’irresponsabilité.L’heure n’est plus aux justifications. Elle est à la vérité, à la redevabilité et à l’action. Peuple, debout. Rien ne passera sans le peuple. Partager massivement cette tribune, ceci est votre contribution à cette campagne contre les abus de la Snel et l’hôtel de ville de Kinshasa.

Jonas Tshombela, avocat du peuple

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