RDC : rentrée parlementaire contre rentrée populaire, le risque d’un bras de fer inquiète ( TRIBUNE de la rédaction)

La République Démocratique du Congo s’apprête à vivre, le Mardi 15 Septembre , une journée politiquement sensible avec la reprise des activités parlementaires, dans un contexte où une mobilisation populaire est également annoncée. Cette concomitance nourrit des interrogations sur la capacité des acteurs politiques et sécuritaires à prévenir une éventuelle montée de tension.
Cette préoccupation est notamment exprimée par Gaby Kuba, président honoraire de l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), dans une publication sur son compte X. Évoquant une « rentrée parlementaire contre rentrée populaire », il estime que cette situation constitue une évolution politique préoccupante dans un pays déjà confronté à de multiples fragilités.

Deux expressions de la démocratie

La rentrée parlementaire est un moment majeur de la vie institutionnelle. Elle permet aux élus de reprendre leurs travaux législatifs et leur mission de contrôle de l’action gouvernementale.
Parallèlement, la mobilisation populaire constitue, dans une démocratie, un moyen pour les citoyens d’exprimer leurs revendications et de faire entendre leur désaccord.

Ces deux expressions ne sont pas nécessairement incompatibles.
Le risque apparaît lorsque l’une cherche à s’imposer à l’autre par la confrontation plutôt que par le débat. Dans un contexte politique tendu, un rassemblement, un incident isolé ou une réaction disproportionnée peuvent rapidement provoquer une escalade difficile à maîtriser. C’est précisément cette éventualité que semble redouter Gaby Kuba lorsqu’il évoque le spectre d’affrontements violents.

La démocratie ne peut se passer de règles

Dans son message, l’ancien président de l’UNPC insiste sur une idée essentielle :

« La démocratie = ordre et discipline et non l’anarchie. »

Cette formule mérite d’être entendue dans toutes ses dimensions. Le droit de manifester ne signifie pas le droit de violer la loi, tout comme le maintien de l’ordre ne saurait justifier n’importe quelle méthode.
La démocratie suppose la liberté d’expression, mais également le respect des règles communes. Elle exige de la majorité qu’elle accepte la contradiction, de l’opposition qu’elle privilégie les moyens pacifiques de contestation et des institutions qu’elles demeurent ouvertes au dialogue.

Manifestants et forces de l’ordre : une responsabilité partagée

L’interpellation doit également s’adresser aux forces de l’ordre appelées à encadrer la manifestation. Dans une journée potentiellement tendue, leur professionnalisme, leur sang-froid et la proportionnalité de leurs interventions seront déterminants.
Les forces de sécurité doivent protéger les personnes et les biens, prévenir les débordements et permettre l’exercice pacifique des libertés publiques, sans se transformer en adversaires des manifestants.

De leur côté, les organisateurs et participants doivent préserver le caractère pacifique de leur mobilisation, respecter les consignes de sécurité et s’abstenir de toute provocation ou dégradation.
Aux manifestants, la responsabilité de rester pacifiques ; aux forces de l’ordre, celle de rester professionnelles et proportionnées. C’est cet équilibre qui peut empêcher une journée politique sensible de basculer dans l’affrontement.

Prévenir plutôt que réprimer

La responsabilité est donc collective. Autorités politiques, organisateurs, manifestants et forces de sécurité ont chacun un rôle à jouer pour éviter que les divergences politiques ne se transforment en crise de rue.
Le dialogue préalable, la communication, l’encadrement responsable des rassemblements et la retenue de tous peuvent contribuer à désamorcer les tensions.
Une manifestation pacifique peut renforcer une revendication. Un débordement, au contraire, risque de la discréditer. De même, une réponse sécuritaire disproportionnée peut transformer un incident mineur en crise majeure.

Une journée sous haute responsabilité

Le 15 Septembre ne devrait pas être perçu comme l’affrontement entre une République institutionnelle et une République de la rue. Il devrait plutôt démontrer que les institutions et l’expression populaire peuvent coexister dans le respect des règles démocratiques.
L’alerte lancée par Gaby Kuba invite ainsi les différents protagonistes à la responsabilité. Car, au-delà des clivages politiques, des rapports de force et des divergences, l’essentiel demeure la préservation de la paix civile.

La RDC n’a pas besoin d’une nouvelle épreuve de force. Elle a besoin de débat, de responsabilité, de discipline républicaine et de retenue. La démocratie ne se mesure pas à la capacité de chacun à imposer sa voix par la force, mais à celle de tous à faire vivre le désaccord sans mettre en péril la paix publique. Dans ce même ordre d’idée que disait le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo :

 » si la démocratie nous autorise à nous opposer ; la Patrie, elle, nous interdit de nous déchirer. »

La rédaction

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