Forum Médias Chine–RDC : le VPM Daniel Mukoko sait-il qu’il est ministre de l’Économie ? (Tribune économique de Jo M. Sekimonyo)

À l’occasion du premier Forum Médias Chine–RDC, tenu du 18 au 19 Mars 2026 à Kinshasa, se laisse entrevoir une inflexion plus profonde des rapports de puissance à l’échelle globale. Pékin y déploie une contre-offensive méthodique visant à consolider ses ancrages africains, au moment même où Washington s’efforce de réinvestir un espace partiellement délaissé. L’Afrique cesse d’être un simple objet de courtisation pour devenir un espace de confrontation stratégique. Dans cette configuration, la RDC occupe une position nodale, à l’intersection des ressources critiques et des chaînes de valeur industrielles contemporaines. Dans un tel contexte, la parole du Ministre de l’Économie nationale, de surcroit Vice-Premier Ministre, Daniel Mukoko Samba, devait être l’expression explicite de ce que le pays entend faire de sa position dans cette compétition.

Le discours prononcé, en apparence, ne souffre d’aucune faute. Diversification économique, développement des chaînes de valeur, promotion de l’agro-industrie, transformation locale des ressources naturelles, montée en gamme industrielle, coopération renforcée avec la Chine. Tout y est. Chaque terme s’inscrit dans le lexique désormais standard du développement. Rien n’est incorrect, rien n’est déplacé. Mais rien non plus ne dépasse ce cadre. Le propos reste fidèle aux fondamentaux d’un spectacle politique bien maîtrisé.

C’est précisément à ce niveau que s’installe le malaise. Ce type de discours relève moins d’une parole d’exécution que d’une mise en forme analytique des enjeux, telle qu’on pourrait l’attendre d’un activiste ou d’un représentant d’institution internationale. Il circonscrit le souhaitable sans engager le déterminé, il égrène des principes sans en arrêter les instruments ni en fixer les temporalités. Dans une économie marquée par l’une des concentrations les plus élevées de pauvreté extrême, la réitération des impératifs de diversification, en l’absence de plan en exécution, de priorités hiérarchisées et de mécanismes établis, ne produit aucune transformation. Elle substitue à l’action un squelette logique, et institue, sous une forme plus sophistiquée, une incapacité à agir.

La question devient alors inévitable. Le Vice-Premier Ministre s’exprimait-t-il en tant que détenteur du volant et des pédales économiques de la RDC, ou comme simple vecteur d’un langage du développement désormais standardisé. Sa parade n’indique-t-il pas une défaillance plus profonde, celle d’acteurs placés aux commandes sans se concevoir encore comme les véritables conducteurs de la trajectoire économique ?

Une économie sans trajectoire

Le ton du discours s’organise autour de verbes tels que « plaider », « appeler », « encourager ». Ce champ lexical, en apparence neutre, ne relève ni du commandement ni de l’arbitrage. Il s’inscrit dans le registre de l’interpellation. Ce langage est celui de ceux qui cherchent à influencer une décision, non de ceux qui la déterminent. Une incertitude s’installe alors. S’agit-il d’un responsable qui maîtrise les leviers et choisit de ne pas les activer, ou d’un acteur qui ne les identifie pas pleinement. Dans les deux cas, la conséquence est identique. L’économie est commentée, mais elle n’est pas dirigée.

Doit-on informer à monsieur Mukoko que la fonction d’un ministre de l’Économie ne consiste pas à désigner des évidences. Elle consiste à organiser leur réalisation. En plus, lorsqu’un diagnostic est avancé avec assurance, il doit immédiatement se traduire en cadre opératoire. Une hiérarchisation claire des secteurs s’impose, fondée sur des critères explicites de productivité, de potentiel d’exportation et d’effets d’entraînement. Des instruments doivent être arrêtés et rendus publics, qu’il s’agisse d’une fiscalité différenciée, de lignes de crédit ciblées, de mécanismes de protection temporaires ou d’investissements publics structurants. Un calendrier doit encadrer la montée en puissance, avec des étapes vérifiables. Des institutions doivent être désignées pour assurer la coordination et la mise en œuvre. Ces éléments ne relèvent pas du détail. Ils constituent la substance même de l’action économique.

Dans ce cadre, la coopération avec la Chine ne devrait pas être présentée comme une ouverture abstraite, mais comme l’intégration d’un partenaire dans une dynamique déjà engagée par l’État. L’expérience de l’Éthiopie en offre une illustration. À travers ses plans quinquennaux, le pays a défini en amont ses priorités industrielles, ses corridors logistiques, ses zones économiques spéciales, puis a mobilisé des partenaires extérieurs, notamment chinois, pour financer et accélérer des trajectoires déjà décidées. La relation ne repose pas sur l’attente, mais sur l’orientation. Ce sont les priorités nationales qui encadrent l’investissement.

Pour le cas de la RDC, le diagnostic ne fait pas défaut. Ce qui fait défaut, c’est un cadre stratégique écrit, un blueprint opérationnel capable de convertir ces constats en décisions, ces intentions en instruments, ces ambitions en trajectoires. L’écart entre l’énonciation et l’engagement effectif persiste. Dans cet interstice se maintient une économie sans trajectoire, où les directions sont formulées sans jamais être imposées, et où des opportunités pourtant tangibles demeurent sans structuration.

De cet écart émerge une interrogation plus fondamentale. Les conducteurs de notre économie saisissent-ils réellement les prescriptions qui découlent de ce diagnostic, ou se contentent-ils d’en mémoriser et d’en répéter les termes à chaque occasion pour donner l’illusion de maîtrise, sans jamais en porter la substance ni en assumer les implications ?

Prêcher l’Ancien Testament de l’économie politique

Le socle intellectuel implicite de ce type de discours, tel qu’il est porté par Mukoko et d’autres acteurs de même lignage idéologique, s’inscrit dans une tradition bien identifiée de l’économie du développement, incarnée notamment par le modèle d’Arthur Lewis, le seul économiste noir à avoir reçu le prix Nobel d’économie en 1979. Dans cette lecture, la transformation structurelle repose sur un transfert progressif de la main-d’œuvre excédentaire du secteur agricole vers l’industrie, moteur supposé de productivité et de croissance. Cette grille, élaborée dans le contexte des années 1950 et largement mobilisée jusqu’aux années 1980, a structuré des décennies de politiques économiques dans le Sud global. Elle s’est progressivement cristallisée en une prescription implicite mais tenace, selon laquelle les économies du Sud devraient engager l’essentiel de leurs ressources, de leur énergie politique et de leur trajectoire de développement dans le secteur agricole, comme si celui-ci constituait le passage obligé, voire exclusif, vers la transformation économique. Elle reposait sur une hypothèse centrale, celle d’un réservoir quasi illimité de travail agricole faiblement productif pouvant être absorbé par une industrialisation naissante.

Cette architecture intellectuelle ne se révèle pas seulement erronée, elle se heurte désormais à une réalité empirique que l’histoire économique a définitivement tranchée. La modernisation agricole n’absorbe pas la main-d’œuvre, elle la libère. Sans anticipation des effets de cette dynamique, et en l’absence de mécanismes de réallocation vers d’autres secteurs, elle peut même accentuer le chômage lorsque l’ensemble des efforts est concentré sur ce seul levier. Une contradiction structurelle s’impose alors. Peut-on sérieusement envisager de maintenir, voire d’accroître, la population active dans un secteur dont la trajectoire historique consiste précisément à réduire ses besoins en travail ? L’agriculture ne peut porter, à elle seule, une stratégie d’absorption massive et durable de la main-d’œuvre.

Donner une pioche à chacun peut constituer une image mobilisatrice, elle ne constitue pas une trajectoire de développement. Au début du XXe siècle, de fois au-delà de 80% des populations dans les pays aujourd’hui industrialisés travaillait dans l’agriculture. Aujourd’hui, ce secteur n’emploie plus qu’une fraction marginale de la population active, souvent inférieure à 5 %. Ce basculement procède des gains de productivité qui permettent de produire davantage avec moins de travailleurs. L’agriculture moderne est un secteur d’intensification du capital, non un réceptacle durable de l’emploi de masse.

L’expérience contemporaine des grandes économies industrielles en apporte une démonstration claire. La Chine, aujourd’hui premier exportateur mondial de machines et d’équipements électriques, domine les échanges de produits à haute intensité technologique tels que les ordinateurs, les équipements de télécommunication et les smartphones. Dans le même temps, elle figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de produits agricoles et alimentaires, avec des importations dépassant les 150 milliards de dollars en 2025. La puissance industrielle ne s’est pas construite par la rétention de la main-d’œuvre dans l’agriculture, mais par son dépassement.

À cette limite s’ajoute une contrainte plus immédiate, celle de la compétitivité. Sous l’effet de dispositifs de soutien massifs et pérennes mis en place par les économies du Nord global, les productions locales des pays du reste du monde se trouvent structurellement désavantagées. Elles se heurtent à des importations issues de systèmes agricoles hautement mécanisés, intensivement subventionnés et intégrés dans des politiques publiques offensives, rendant toute concurrence asymétrique dès l’origine. L’exemple des tomates ghanéennes face aux tomates italiens est révélateur. Des subventions substantielles ont permis à l’Italie d’exporter les tomates à un coût inférieur à celui de la production locale, provoquant l’effondrement d’une filière nationale. Dans un pays que l’on décrit comme concentrant l’une des plus fortes proportions de pauvreté extrême au monde, faut-il contraindre des populations déjà fragilisées à payer plus cher au nom d’une souveraineté productive non compétitive ? Derrière cette logique se profile une forme d’absurdité, où des principes généraux sont invoqués sans être ajustés aux structures réelles de l’économie contemporaine. Ce n’est pas le manuel qui est en cause. C’est son application hors contexte.

Ne sommes-nous pas aussi humains qu’eux ?

L’un des points les plus révélateurs de ce type de discours réside dans l’insistance sur la transformation locale et la « valeur ajoutée ». Présentée comme une évidence stratégique, cette orientation appelle pourtant une clarification. Elle repose sur une confusion conceptuelle entre valeur ajoutée et création de valeur. Transformer une matière première localement ne garantit pas la captation de la valeur économique. La valeur ajoutée décrit une étape dans un processus productif. La création de valeur renvoie à la capacité de concevoir, d’organiser, de contrôler et de capter les segments les plus rentables de la chaîne.

Cette distinction structure les hiérarchies de l’économie mondiale. Les économies dominantes ne se limitent pas à transformer. Elles conçoivent les produits, maîtrisent les technologies, imposent les standards, capturent les marges et organisent les marchés. À l’inverse, se cantonner à la transformation revient à occuper une position intermédiaire, dépendante, exposée à la compression des coûts et à la concurrence. La « valeur ajoutée » devient alors un horizon étroit, qui enferme dans une logique d’exécution plutôt que de puissance économique. La question n’est pas de transformer davantage. Elle porte sur l’exercice du pouvoir économique, sur la capacité à décider, à innover et à capter.

Derrière cette orientation se dessine une interrogation plus profonde, à la fois politique et morale. Pourquoi accepter comme horizon une insertion subalterne dans l’économie mondiale ? Pourquoi limiter l’ambition à un rattrapage encadré plutôt qu’à une projection souveraine ? Une hypothèse implicite persiste, celle selon laquelle certaines économies transformeraient pendant que d’autres concevraient. La formuler, c’est en mesurer la portée. Sommes-nous condamnés à rester à mi-chaîne, à produire pour d’autres, à exécuter sans jamais décider ? Sommes-nous incapables d’imaginer, de structurer et d’imposer une trajectoire où la création de valeur devient centrale ?

Prisonnier d’une époque révolue

La lecture d’économie politique qui transparaît dans ce type de discours, répété par Mukoko et repris au plus haut niveau de l’État, s’inscrit dans une généalogie académique bien identifiable. Elle renvoie aux paradigmes dominants des années 1980, façonnés par les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, dans le prolongement d’une rationalité économique héritée de l’ordre colonial. Cette période, marquée par les programmes d’ajustement structurel, a imposé une vision de l’économie fondée sur la libéralisation, la réduction du rôle de l’État et une intégration subordonnée aux marchés mondiaux. Elle a produit une génération de cadres formés à administrer des équilibres plutôt qu’à construire des trajectoires. Dans ce cadre, l’insistance répétée sur l’agriculture comme horizon prioritaire, martelée comme une évidence, s’inscrit dans une logique de subsistance plus que de transformation, une obsession de l’autosuffisance alimentaire qui se traduit, au fond, par une ambition réduite à remplir les ventres plutôt qu’à structurer les esprits et les capacités productives.

Avec le temps, ces cadres n’ont pas seulement appliqué ces modèles, ils en ont intériorisé les limites. Une carrière façonnée dans l’exécution de ces paradigmes tend à produire une rationalité contrainte, où les marges de pensée se resserrent autour des catégories héritées. L’imaginaire économique se trouve encadré, structuré, parfois verrouillé. Il ne s’agit plus d’adhérer à une doctrine, il s’agit d’évoluer dans un horizon où certaines questions ne se posent plus, où certaines ambitions ne se formulent plus. L’économie cesse alors d’être un champ de transformation pour devenir un espace de conformité.

La limite devient dès lors politique. Ce qui apparaît en creux, ce n’est pas uniquement une incapacité à produire des ruptures, c’est une difficulté à concevoir qu’elles soient possibles. Mukoko ne voit pas au-delà de ce cadre, il ne projette pas pour le pays une trajectoire qui excède ces références. Plus profondément, il ne semble pas envisager que nous soyons capables de porter une telle ambition. Dans cette perspective, le problème dépasse celui d’une politique économique insuffisante. Il touche à un horizon rétréci, où l’avenir se trouve déjà contenu dans les frontières d’un passé dépassé. Une telle limite constitue, en elle-même, une mauvaise nouvelle pour la nation.

La question n’est pas de diversifier, mais de décider

Le débat est mal posé. La RDC ne fait pas face à une incapacité abstraite à se diversifier. Elle est confrontée à une question plus fondamentale, celle de la volonté et de l’orientation. Un État dispose d’instruments puissants pour structurer son économie, au premier rang desquels figure sa capacité à mobiliser et orienter les ressources financières, y compris par la création monétaire endogène et la dépense publique. Les grandes transformations économiques procèdent toujours d’un choix assumé et soutenu dans le temps. Les États-Unis mobilisent leur système financier et budgétaire pour orienter le crédit vers la défense, la recherche et les technologies stratégiques, en s’appuyant sur une création monétaire intégrée à leur architecture institutionnelle. La Chine dirige le crédit bancaire, largement piloté, vers ses priorités industrielles, du logement aux véhicules électriques, en utilisant la création monétaire comme levier de structuration productive. Le Vietnam, à une autre échelle, articule politique monétaire, bancaire et industrielle pour financer son industrialisation exportatrice. Dans chaque cas, l’argent n’est pas attendu. Il est créé, orienté, discipliné. La diversification ne relève pas de l’incantation. Elle relève d’une décision financée, organisée, imposée.

L’exemple le plus éclairant se trouve déjà sous nos yeux. Lorsqu’une priorité est définie comme stratégique, les moyens suivent. La situation sécuritaire à l’Est du pays en fournit une illustration directe. Une part significative des ressources publiques, avoisinant un cinquième du budget national, est aujourd’hui orientée vers l’effort de guerre. Ce choix procède d’une décision. Il mobilise des ressources, reconfigure les priorités, structure l’action publique. Lorsqu’un enjeu est considéré comme central, l’État démontre sa capacité à concentrer ses moyens et à agir de manière cohérente.

Le contraste avec la diversification économique est saisissant. Les responsabilités se fragmentent entre une pluralité d’institutions sans qu’aucune direction unifiée ne s’impose, diluant la responsabilité et neutralisant toute cohérence stratégique. Ce morcellement relève moins d’une inefficacité que d’une logique d’équilibre politique, où la distribution des portefeuilles prévaut sur la concentration des leviers. Il en résulte un désordre désordonné, structuré mais sans orientation, qui empêche l’État de se constituer en véritable instance de pilotage économique. Dans ces conditions, parler de diversification sans comprendre l’économie congolaise revient à ignorer qu’elle est déjà diversifiée. Le problème, à l’instar de ce que certaines économies ont su reconnaître dès les années 1970, réside ailleurs, dans le caractère encore primitif de ses structures et de ses ambitions. Et sans affronter cette réalité, toute tentative de soi-disant diversification ne fait qu’entretenir le problème au lieu de le résoudre.

Une farce institutionnalisée

Les contraintes sont imparfaitement identifiées, les leviers mobilisés relèvent de schémas anciens, et les discours alignés sur des standards internationaux reproduisent des prescriptions pensées pour d’autres contextes. La faille se situe moins dans ce qui est dit que dans l’incapacité à en saisir les limites et à les reformuler à la lumière des dynamiques contemporaines. Une question plus dérangeante s’impose alors. Qui délivre le permis de conduire l’économie nationale, et selon quels critères de compétence souvent dépassés, parfois obsolètes ? Comment des profils comme Paluku ou Fwamba accèdent-ils à des fonctions aussi stratégiques ? La réponse renvoie à une architecture institutionnelle précise. La majorité parlementaire structure l’accès au pouvoir exécutif, le Président de la République entérine et arbitre les nominations. Ce dispositif ne sélectionne pas des stratèges économiques. Sous l’arbitrage de Félix Tshisekedi, davantage marqué par la gestion des équilibres politiques que par une logique de sélection stratégique, il produit avant tout des configurations de pouvoir plutôt que des capacités d’orientation économique. Mukoko et Wameso se retrouvent ainsi investis de responsabilités qui excèdent le cadre intellectuel dont ils sont issus, prisonniers de paradigmes qui ne permettent plus de lire le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui.

Une confusion plus profonde s’installe alors. Nous semblons rechercher des conducteurs tout en présumant qu’ils maîtrisent déjà la mécanique. Détenir un permis de conduire, même international, ne signifie ni comprendre la machine ni savoir en corriger les défaillances. Une personne titulaire d’un permis de conduire ne s’y connaît pas nécessairement ni en mécanique ni en ingénierie automobile. Une économie comme celle de la RDC ne se transforme pas sans ingénieurs concepteurs capables d’en redessiner l’architecture même.

À ce titre, la nation a besoin d’économistes capables d’agir comme des mécaniciens modernes, aptes à comprendre les rouages, à diagnostiquer les défaillances et à intervenir avec précision sur la structure même de l’économie.

À travers leurs actes et leurs discours, ce décalage devient visible, projetant à l’extérieur l’image d’une élite économique en déphasage avec son époque. À l’intérieur, cette dissonance ne fragilise pas les positions, elle les consolide. Elle est entretenue par des cercles qui n’ont ni les outils pour la contester ni l’intérêt à la remettre en cause, et qui participent à la reproduction d’une illusion de maîtrise. L’opulence s’y met en scène comme un dispositif, soutenue par des réseaux d’intérêts, pendant que le réel s’impose ailleurs, dans les coupures d’électricité répétées et dans ces scènes ordinaires où, à chaque arrêt sur le boulevard, la précarité encercle des SUV aux vitres teintées.

Aux Congolais, nous le peuple, il convient de rappeler une évidence trop souvent évacuée. Un pays ne se transforme pas lorsqu’il ignore ce qu’il doit faire. Même lorsqu’il parvient à le savoir et décide de le faire, cela ne suffit pas. Il se transforme lorsqu’il place aux commandes des acteurs capables de porter cette décision et de la rendre irréversible. Une telle exigence suppose la mise en place d’un système et de critères de sélection à la hauteur de cette responsabilité, capables d’identifier, de légitimer et de maintenir aux commandes des profils aptes à penser, concevoir et exécuter une véritable trajectoire économique.

Rire et pleure ?!

Jo M. Sekimonyo, PhD, Chancelier de l’Université Lumumba/ Économiste politique hétérodoxe

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