8 mars en RDC : Fête ou moment de vérité pour les droits des femmes ? ( Par Jonas Tshiombela, Avocat du Peuple.)

Dans cette 73ᵉ tribune de la série Révolution de la Conscience Révoltée, le coordonnateur de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), Jonas Tshiombela, s’interroge sur le sens réel de la Journée internationale des droits des femmes en République démocratique du Congo. Entre défilés, pagnes et discours officiels, l’« Avocat du Peuple » estime que la commémoration du 8 mars risque de se vider de sa substance si elle ne débouche pas sur des réformes concrètes. Il appelle à transformer cette date symbolique en un véritable moment de redevabilité, d’évaluation des politiques publiques et d’engagements tangibles en faveur des droits et de l’autonomisation des femmes congolaises. Nous la publions in extenso

Chaque année, le monde célèbre la Journée internationale des droits des femmes, le 08 mars. À l’origine, cette journée n’était ni une fête folklorique ni un moment de divertissement. Elle est née d’un combat historique des femmes pour l’égalité, la justice sociale, la dignité et les droits fondamentaux. Pourtant, en République démocratique du Congo, cette date semble progressivement perdre sa substance politique et sociale. Elle est devenue, au fil des années, une routine institutionnelle et festive, marquée par des défilés dans les stades, des pagnes thématiques et des discours officiels répétitifs.La question mérite d’être posée sans détour : le 8 mars sert-il encore réellement la cause des femmes congolaises ?

  1. Une journée de lutte transformée en cérémonie protocolaire
    Dans de nombreuses villes de la RDC, le 08 mars se résume souvent à un défilé dans les stades o sur les grandes artères, sous le regard des autorités politiques. Des milliers de femmes, souvent issues de milieux modestes, y participent avec enthousiasme et bonne foi. Mais derrière ces images festives se cache une réalité plus préoccupante :

Peu de débats de fond sur les politiques publiques en faveur des femmes

Peu d’évaluations sérieuses des engagements pris les années précédentes

Peu de décisions structurelles pour améliorer concrètement la condition féminine
Ainsi, ce qui devait être un moment de mobilisation et de revendication est devenu un rituel protocolaire annuel.

  1. L’illusion des thèmes annuels sans évaluation
    Chaque année, un nouveau thème international et national est proclamé. Les autorités et les organisations organisent des conférences, produisent des déclarations et adoptent des slogans. Mais une question essentielle reste sans réponse : Quel bilan fait-on du thème de l’année précédente ? En réalité, très rarement :

Les engagements ne sont ni évalués ni mesurés

Les recommandations ne sont pas suivies

Les politiques publiques ne sont pas ajustées
Cette succession de thèmes donne parfois l’impression d’une politique de communication plutôt qu’une politique de transformation sociale.

  1. La réalité sociale des femmes congolaises
    Pendant que les cérémonies du 8 mars se multiplient, la réalité quotidienne des femmes congolaises demeure alarmante. Dans plusieurs domaines clés, les défis restent immenses :

Participation politique

Malgré les principes de parité inscrits dans la Constitution, les femmes restent largement sous-représentées dans les institutions politiques.

Justice et sécurité

Les violences basées sur le genre continuent d’être une réalité dramatique dans plusieurs provinces du pays.

Autonomie économique

Une grande majorité de femmes travaillent dans l’économie informelle, sans protection sociale ni accès réel au financement.

Accès aux ressources

Dans les zones rurales, les femmes ont souvent un accès limité à la terre, au crédit et aux opportunités économiques.
Face à ces réalités, le contraste avec les festivités du 8 mars apparaît parfois troublant.

  1. Le risque de banalisation d’une date historique
    À force de répétitions sans résultats tangibles, le 08 mars court un risque : la banalisation. Lorsque les populations ne voient aucun changement concret dans leur vie quotidienne, la célébration perd progressivement sa crédibilité. Pour certaines femmes, cette journée devient même une source de frustration, car elle rappelle chaque année des promesses qui restent souvent non tenues.
  2. Repenser profondément le 8 mars en RDC
    Il est peut-être temps pour la RDC de changer de paradigme dans la manière de commémorer cette journée. Plutôt que des défilés symboliques, le 08 mars pourrait devenir :
  3. Une journée nationale d redevabilité
    Chaque ministère devrait présenter un rapport public annuel sur les politiques en faveur des femmes.
  4. Un forum national des droits des femmes
    Un espace de dialogue réunissant :
    le gouvernement
    le parlement
    les organisations féminines
    la société civile
    les chercheurs
    afin d’évaluer les progrès et définir les priorités.
  5. Un moment d’adoption de politiques publiques concrètes
    Par exemple :
    programmes d’accès au crédit pour les femmes
    réforme des lois discriminatoires
    politiques de protection contre les violences basées sur le genre
    promotion de la participation politique des femmes.
  6. Un mécanisme de suivi annuel
    Chaque engagement pris devrait être mesuré et évalué l’année suivante.
  7. Redonner au 8 mars son esprit de lutte et de transformation
    La Journée internationale des droits des femmes n’a jamais été conçue comme une simple célébration. Elle est née de luttes sociales courageuses menées par des femmes qui réclamaient justice et égalité. La RDC gagnerait à redonner à cette journée son caractère revendicatif et stratégique. Car la dignité des femmes congolaises ne se mesure pas au nombre de pagnes distribués ni au nombre de défilés organisés, mais plutôt :

à leur accès réel aux responsabilités

à leur autonomie économique

à leur protection contre les violences

et à leur participation effective à la construction de la nation.
En résumé transformer le 8 mars en moteur de changement. Le moment est peut-être venu d’avoir le courage de dire les choses clairement : le 08 mars en RDC doit cesser d’être une routine et redevenir un instrument de transformation sociale. Les femmes congolaises ne demandent pas seulement d’être célébrées une fois par an. Elles demandent surtout des droits, des opportunités et une justice réelle. Et cela exige plus que des discours et des défilés : cela exige des réformes, de la volonté politique et une action durable.

En tant secrétaire de rédaction d’un média en ligne écrit juste un chapeau de cette 73e tribune de la Révolution de la Conscience révoltée du Coordonnateur de Nouvelle Societé Civile Congolaise NSCC Jonas Tshombela en format journalistique adapté aux médias en ligne avec un très bon français et un titre accrocheur original et concis

Lionel IPAKALA Y.

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